LES BORDS DE RIVIÈRE
Les bords de rivière sont l’idéal du peintre ami de la nature souriante. Quel charme, en effet, présentent ces petites rivières bordées de hauts peupliers dont les cimes se rejoignent d’une rive à l’autre ou entourées de saules aux troncs rabougris, mais aux branches élégantes qui s’inclinent jusqu’à baigner dans le courant leur léger feuillage! Ailleurs, la rivière est couverte de joncs et de roseaux à travers lesquels l'eau court et jaillit en filets argentés.
Si, allant au delà de la partie classique, sérieuse, de l’étude des bords de rivière, l’artiste porte sa recherche vers l’étude pittoresque, voici le vieux pont aux arches à moitié démolies; puis, en arrière ou au premier plan, le petit village mirant coquettement dans l’eau ses humbles mais souriants toits de tuiles ou d’ardoises et présentant au choix du pinceau vingt motifs plus séduisants les uns que les autres.
Un peu plus loin, quelque vieux moulin vient accentuer le paysage d’une note grave et noire, par sa roue aux palettes moussues tournant sans trêve ni repos sous la cascade blanchissante. Les murs mêmes du moulin, couverts d’herbes parasites et par places tachés de quelques plaques de crépi blanchâtre, complètent 1 aspect austère du tableau et en agrandissent le caractère pictural. C’est un motif sévère, dont l’artiste peut pourtant égayer la note, s’il arrive à traduire sur le papier les folâtres ébats des habitants de 1 eau, oisons ou canards aux ailes argentées, qui jetteront sur l’aquarelle l’étincelle chère à l’impressionniste aussi bien qu’à l’artiste ami des fins détails.
COUP D’OEIL SUR LA NATURE
Il n'est pas jusqu’au meunier au costume enfariné qui ne puisse contribuer à l’heureux effet du motif, et c’est le cas de répéter ici que l'artiste peut et doit ne négliger aucun détail, pourvu que ce détail ne soit pas surabondant, qu’il soit habilement placé et interprété avec talent.
Nous ne pouvons nous empêcher d’insister sur le côté gracieux, jj joli, des bords de rivière, sur leur charme, qui est presque uni défaut pour les oléographes et qui leur fait trop souvent négliger.! ces sites ravissants. Que l’aquarelliste se réjouisse donc d’être! en leur présence seulement aquarelliste; car les bords de .rivière! semblent préparés à miracle pour son papier et ses pinceaux, et I il y a place à chefs-d’œuvre dans tous les genres.
Nous pensons que le xvhatman demi-force, par son grain ronc et peu accentué, est particulièrement bon à employer pour les bords de rivière, qui comportent toujours des parties de tons fins et] vaporeux.
L’aquarelliste est généralement bien reçu par cette nature élé-j! gante ; mais, que le débutant le sache bien, pour peindre les bords . de rivière, il faut procéder d’une manière sûre : d’abord, ne pas; prendre une ligne d’horizon trop élevée, faire un bon dessin, une! bonne et sage préparation; observer les rellets, en bien exprimer lai profondeur et surtout les toucher largement par teintes plates; car! le modelé des rellets ne ressemble en rien, comme exécution, auj modelé des objets qui les produisent; voir juste les lumières du> ciel se reflétant dans l’eau ; pour donner plus de transparence et de i douceur à l’eau, prendre le blaireau plat, lorsque l’aquarelle est à j moitié terminée, et laver légèrement; ce lavage fait, repasser, quelques légères teintes; puis, pour les brillants dans l’eau, se servir! de la peau de daim ou du grattoir.