COIN DE BOIS A U BORD D'UNE RIVIÈRE
Dessin à la plume et à l’encre de Chine (fîg. 120).
Le terrain sur lequel se trouve ce coin de bois est légèrement incliné et s’avance jusqu’au bord d’une rivière au courant tranquille.
Trois plans parfaitement définis de lignes, de caractère et d'exécution permettent, s’ils sont bien compris et bien traduits, de faire de ce petit tableau, de composition très simple, une œuvre particulièrement artistique.
Le motif est traité dans son ensemble à la plume et à l’encre de Chine.
Le terrain, sur lequel est placé un hêtre aux branches largement étendues, forme le premier plan. Le corps du hêtre est fortement dessiné et coloré; les groupes de feuillage, frappés ferme, indiquent les silhouettes dans la demi-teinte. Quelques herbes et quelques plantes s’enlèvent sur le terrain. Le travail reste ferme en se maintenant dans une gamme sourde.
La rivière forme seule le second plan. Sa surface plane se traduit par un travail large, simple et presque horizontal.
Le troisième plan est formé par le coteau, qui fait le fond du tableau. Ce coteau est enlevé sur le ciel par une demi-teinte adoucie, qui en estompe vaguement les contours et les détails.
L’accent lumineux ou note brillante est sur la rivière; le point le plus coloré, sur le tronc de l’arbre.
LES FABRIQUES
Le peintre entend par fabrique toute construction placée dans le paysage.
L’église gothique au clocher élancé, le château féodal du moyen âge, l'humble chaumière au toit moussu sont des fabriques.
La fabrique n’est la plupart du temps qu’un meuble accessoire du paysage; mais elle contribue, par l'opposition des lignes et desvaleurs, à l’harmo-
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Fig. 12).
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LES FABRIQUES
nie de l’ensemble, auquel elle donne du charme en lui imprimant surtout le caractère de la vie.
Dans les verdoyantes vallées, sur les coteaux brûlants, partout où l’homme s’est arrêté, il a dû se bâtir un abri. La construction est restreinte ou développée, humble ou fière, selon l’infériorité sociale ou la puissance du maître; mais, quel qu’il ait pu être, il a marqué le sol d’une empreinte ineffaçable, il a arrangé la nature à son usage, il a rompu par quelques pans de mur les lignes sévères des grands horizons; enfin, en modifiant l’aspect général, s’il l’a presque toujours rapetissé, il l’a souvent embelli.
Artistes voyageurs, touristes, amis des vieux souvenirs, c’est à vous surtout que s’adresse l’étude des fabriques. Sans aller loin, combien de merveilleux sujets d’étude, quelle variété de formes, de groupes et décolorations s’offriront à votre pinceau! Si vous savez évoquer le passé de nos vieilles cités et qu’à l’émotion du souvenir vous puissiez joindre l’émotion artistique, si enfin vous savez voir en peintre les fantastiques effets que vous rencontrerez, ils dépasseront souvent les rêves les plus merveilleux de l’imagination.
Bonington et bien d’autres ont montré, dans des œuvres étincelantes d’esprit et de lumière, tout le parti qu’on peut tirer des fabriques, toute la force et le charme poétique dont l’aquarelle surtout, par scs tons ensoleillés, peut revêtir les vieux toits presque effondrés et les murailles chancelantes.
Quelles merveilles l’aquarelliste ne trouvera-t-il pas dans ces chaumières normandes aux colorations étranges et entourées de bouquets d’arbres séculaires, dont la puissante végétation les enveloppe si bien de son riche manteau qu’elle se lie en quelque sorte avec les constructions et paraît ne faire avec elles qu’un tout indéfinissable. Ces pommiers au branchage fantastique qui entourent la maison du fermier et semblent, aux reflets du soleil couchant, danser une de ces rondes légendaires dont on parle encore aux veillées; la ferme elle-même, en plâtre ou en argile bariolée de chevrons noircis, avec le vulgaire mais pittoresque tas de fumier, la flaque d’eau noire et bourbeuse où se désaltèrent les habitants de la basse-cour et qui reflète encore un coin bleu du ciel, et mille
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autres détails d’un réalisme coloré ne semblent-ils pas dire au peintre : Arrête-toi? Avant de quitter la Normandie, passerons-nous sous silence l’intérieur de ces vieilles villes, Rouen, Caudebec et bien d’autres, avec leurs clochetons dentelés se perdant dans le ciel et se voilant de bleu gris, avec leurs vieux pignons aux lucarnes béantes, qui semblent se parler à l’oreille, tant ils sont rapprochés?
Les anciennes cités de la Bretagne, Dinan, Vitré, etc., et bien d’autres riches écrins dont nous ne pourrions énumérer les nombreux joyaux présentent aussi dans ce genre mille merveilles.
Signalons pourtant encore l’Auvergne et ses curieux balcons, ses grands escaliers, ses maisons basses aux toits plats, auxquelles la pierre noire employée dans la construction vient donner des tons d’une finesse sévère.
Nous avons surtout parlé des contrées remarquables par de vieilles constructions pittoresques et délabrées; c’est que, en fait de fabriques, le neuf, aux lignes froides, aux tons aigus, est l’ennemi du peintre. Si donc vous rencontrez sur votre route un paysan auquel vous demandiez quelques renseignements sur le bourg ou le village où vous allez et qu’il vous dise : « Ah! monsieur, vous allez trouver un bien vilain pays, je vous engage à ne pas vous y arrêter », réjouissez-vous, pressez le pas, là est infailliblement un monde nouveau où des merveilles vous attendent. Il y aurait des volumes à écrire sur le voyage du peintre de village en village, et nous espérons qu’un jour quelque artiste nous le retracera à la fois avec la plume et le pinceau.
Nous donnons ici (fig. 123) le spécimen d’un croquis exclusivement composé de fabriques groupées telles qu’a pu les présenter un de ces villages primitifs aux rues boueuses et défoncées, de constructions aux toits à demi effondrés, que le paysan voudrait pouvoir troquer contre des neuves, sans bourse délier, et dont le paysagiste va chercher au loin et à grands frais une interprétation pittoresque et fidèle, regrettant même parfois, pour le charme de son tableau, de ne pas trouver ces constructions encore plus délabrées.
Notre dessin représente la grande place et la tour de l’église de
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Royat. Tout y est, ce qui a obligé le dessinateur à se contenter de masser rapidement les groupes, et seulement à la plume ; mais si dans un pareil ensemble on a le loisir de fouiller, de chercher, combien de motifs à trouver, fragments, détails sans doule, mais détails dont avec peu de coups de pinceau on composera de charmantes aquarelles! On verra, par exemple, dans l’étude qui suit, ce qu’a pu donner l’escalier de l'une de ces vieilles fabriques.
LES FABRIQUES