DANS LA BUE {AUVERGNE
Aquarelle (fig. 127).
En Auvergne, où l’on pourrait croire que, dès les temps préhistoriques, les montagnes furent amoncelées, les vallées creusées, les maisons groupées et les habitants mis au jour en prévision des peintres de l’avenir et pour leur plus grande joie, tout est motif à tableau ou .à étude, tout est intéressant. Voici, par exemple, une construction élevée sur la rue, non loin de la vieille maison dont nous venons d’étudier un coin dans une cour. Ici la cour et la rue présentent à première vue plus d’une analogie; cet escalier, bien qu’il soit à l’extérieur, le mur blanc qui le soutient et le balcon qui les surmonte sont presque aussi délabrés que les précédents. A terre, au pied du mur, le fumier que les poules picorent sans inquiétude, instruites de génération en génération qu'un balai importun ne viendra pas les troubler; un peu plus loin, au milieu du terrain, le fdet d’eau noirâtre où elles se désaltèrent à l’aise, tout comme dans leur cour natale.
Mais ici l’œil du peintre s’élève jusqu’aux faîtes, auxquels l’ardoise et la pierre bleue d’Auvergne donnent un aspect différent; en plus, un second plan, détaché franchement, en distance, et dans l'arrière-fond un bout de montagne, qui élargit l'horizon et complète le motif, indiquent clairement que la vieille fabrique a son pignon sur rue.
Nous croyons inutile de présenter cette aquarelle à l’état de préparation; disons cependant comment le peintre doit procéder.
Sur le dessin exact et serré de trait, ainsi qu’il doit toujours être fait, on commencera l’aquarelle parle ciel, en ne craignant pas d’en faire passer le ton sur la partie colorée des fabriques. Le ciel terminé, on attaquera franchement la montagne du fond. Ces deux parties faites, on commencera la fabrique en haut vers la gauche
COUP D'OEIL SUR LA NATURE
en modelant les pierres, les croisées, les cheminées, puis le balcon, l’escalier et les portes; on passera à la seconde et à la troisième maison, puis enfin au terrain et à la figure.
Le dessin, le relief et les profondeurs ainsi exprimés, il reste le ton local, qu’il faut passer avec la plus grande souplesse en effleurant seulement le papier et évitant de repasser deux fois à la place où le pinceau a déjà passé. Il faut profiter de l’humidité de cette teinte pour glisser des tons et même modeler de nouveau. L’aquarelle ainsi terminée et sèche, placer les fermetés, les accents, etc.
Observer la gradation des valeurs : l’escalier et les parties qui l’entourentforment le premier plan intéressant ; le mur blanc forme bien la note dominante claire; la figure en rouge donne la note dominante brune.