‹ Traité d'aquarelleChapitre 179 sur 215 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

Le moyen âge ne nous a transmis que de bien rares spécimens

de fleurs traduites à l’aquarelle, assez pourtant pour nous montrer que ce genre de peinture était dès lors connu et pratiqué; mais il semble que le quasi-dédain que nous avons signalé plus haut est déjà départi à l'étude de la fleur; elle est abandonnée à la main des moines, et, dans l’ombre des cloîtres, ils appliquent et dét vcloppent dans ce travail la pa-

tience mystique qui a produit tant de chefs-d’œuvre en tous genres. Pour ces pieux artistes, la fleur devait sans doute, en conservant la fraîcheur inaltérable dont la revêtait leur pinceau, continuer d'exhaler ses suaves parfums aux chants de l’hosannah, dont son image entourait les paroles sacrées.

Parmi ces ignorés de l’art beaucoup eurent un véritable talent, et ce n'était certainement pas eux qui auraient négligé l'étude de la botanique; mais, il faut bien le reconnaître, sous leur pinceau la fleur resta réellement petite, d’abord pour s’harmoniser avec le

LES FLEURS

Fig. 143.

cadre qui devait la renfermer; puis, par choix, par goût ou peut-être par ignorance de types plus amples et plus brillants, leur talent, parfois très pur et qui eût pu s’élever, s’arrêta à la traduction des très petites, des humbles fleurs. Enfin, ils ignorèrent ou du moins ne pratiquèrent pas l’art du groupe; ils se contentèrent de légers semis de fleurettes, au plus de quelques rinceaux ou guirlandes légères que bien peu d’initiés devaient un jour connaître et admirer; car leur plus haute ambition était que leur œuvre s’élevât jusqu’au lutrin de la cathédrale ou jusqu’à l’oratoire de quelque noble châtelaine.

Une main royale et pieuse se signala jadis parmi les plus habiles. René d’Anjou, réfugié en Provence à la fin du xv° siècle, consacra les loisirs que lui faisait l’exil à la culture des lettres et des arts, et nous possédons encore, sous le nom de Bréviaire du roi René, un des plus admirables spécimens du genre dont les maîtres furent bien réellement nos premiers ancêtres dans la peinture de fleurs à l’aquarelle.

LES FLEURS ET LES FRUITS

Toutefois le nom d’aquarelle, que nous donnons ici à ce genre de peinture, est pris dans un sens extensif; car, presque toujours, dans l'œuvre des bénédictins, la couleur opaque mêlée aux tons transparents en fait bien réellement de la gouache.

Qu’on nous pardonne d’avoir évoqué aussi longuement le souvenir de ces microscopiques chefs-d’œuvre des siècles oubliés, d’un art charmant que nous avons cultivé nous-même au temps déjà lointain des rêves d’or et dans la pratique duquel nous fûmes, bêlas, bien loin d’égaler nos vieux maîtres.

Nous verrons plus loin que la gouache, après avoir dans ces temps lointains été jugée favorable au fini précieux du travail, fut longtemps complètement abandonnée, et qu’on y revient maintenant à un point de vue tout à fait opposé; car le mélange de la gouache est aujourd’hui considéré comme se prêtant à une ampleur de louche et d’etfet à laquelle l’aquarelle pure ne permet pas d’atteindre.

Il nous faut maintenant laisser de longues années s’écouler sans que nous retrouvions de traces de la peinture de Heurs à l'aquarelle.

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