GOMMENT ON DOIT IMITER LA NATURE
Imiter la nature avec toute la force de la palette et ne se courber que devant l'impuissance matérielle vaut mieux, selon nous, que de chercher à l’affaiblir pour être harmonieux. La nature revêtue de sa robe brillante a pour nous plus de charmes que la nature enveloppée d’un crêpe noir. Nous aimons mieux voir la jeunesse oublier le raisonnement que la sincérité. Mille cris s’élèveront, jetés par de prétendus harmonistes, en voyant l’œuvre sincère passant par toutes les gammes les plus brillantes de la couleur; malgré ces cris, qui seront ceux des impuissants, l’avenir verra, pour base de la peinture et de l’aquarelle, adopter sans calcul, sans influence théorique, l’imitation de la nature, de l’cil'et, avec toute la puissance de couleur dont dispose le peintre.
Constable, Rousseau, Daubigny et quelques autres initiateurs d<- l’école moderne ont indiqué cette route; tous les efforts doivent tendre à la suivre et à aller plus loin que ces maîtres, si c’est possible.
L’AQUARELLE GOUACHÉE
h' aquarelle gouachée est un genre à part, qui ne peut être abordé avec quelque chance de succès que par les forts.
Il y a deux sortes d’aquarelle gouachée : 1° l’aquarelle faite dès le début avec un léger mélange de gouache, mélange si faible qu’il doit y avoir hésitation pour le spectateur à décider s’il est en présence d’une aquarelle gouachée ou d’une aquarelle pure ; Eugène Isabev a été ün maître inimitable dans ce genre d’aquarelle ; 2" l’aquarelle pure, terminée par des glacis légers de gouache et des empâtements pour rappeler des lumières ou des détails ; pour la figure, ces empâtements sont posés plus ou moins forts sur les parties claires des habits des personnages.
La grande difficulté de l’aquarelle gouachée ne réside pas, comme on pourrait le penser, dans le lavis, qui ici n’en présente réellement aucune, mais dans la juste application du ton des couleurs. Si l’on pose, par exemple, un ton que l’on peut croire très clair, on est quelquefois forcé, quand il a séché, de reconnaître qu’il est terne. Pour bien exécuter ce genre d’aquarelle, qui est admirable, lorsqu’il est réussi, il faut en faire presque constamment, afin d’étudier et de bien connaître toutes ces surprises, que l’expérience seule peut faire éviter.
L’aquarelle gouachée, pour avoir un caractère réellement artistique, doit être faite sur whatman blanc à grain fin. On peut aussi la faire sur papier de couleur; mais nous conseillons de préférence le papier blanc.