CHAPITRE YI
Conséquences du contraste entre le dieu égyptien à tète d'animal et le dieu grec à tète d'homme. — L'art grec renverse les éléments livrés par la donnée égyptienne. — Idéalisme de l'art grec : sensualisme de l'art égyptien. — Chnoum , Mendès et Pan. — Le Minotaure. — Mélange des mythes ariens et sémitiques en Grèce.
Les hommes modernes sont si loin de ces temps primitifs, nous arrivons dans le monde avec un tel bagage de préjugés, nous sommes si étrangers à ces conceptions naïves des Orientaux que c'est seulement après toutes les précautions, les explications et les détours qui précèdent que nous osons aborder une considération fort originale en apparence, mais simple et naturelle en réalité.
Lorsque le monde grec représente le dieu Pan avec un corps d'homme et des jambes de bouc, la partie idéale de cet ensemble, celle qui est la plus spirituelle, pour ainsi dire, celle qui tient le plus à l'esprit et le moms à la matière, c'est celle de l'homme. La croupe et les jambes de la bête sont là pour exprimer une force, divine aussi, mais bestiale et lascive. Quant aux sirènes, aux tritons, aux hippocampes, tous ces êtres qui peuplent la mer de la mythologie grecque, ils ont tous quelque chose de mélancolique, ils ont comme la nostalgie de la patrie perdue, la nuit on entend leurs plaintes douloureuses s'élever des tlots endormis, c'est qu'ils aspirent à s'unir avec les créatures terrestres. Chez les uns comme chez les autres, c'est l'animal qui tend avec toutes les forces de son être vers la forme plus divine de l'homme.
Au contraire, dans l'art égyptien, le dieu Clinoum a une tête de bélier, Thoth celle d'un ibis, Horus celle d'un épervier, Rannu celle d'un serpent, et chacune de ces têtes s'adapte plus ou moins bien sur un corps d'homme ou de femme. Mais dans tous ces êtres mixtes, la partie divine, celle qui tend vers le ciel, celle qui parle à l'esprit par le symbole, c'est, pour l'Egyptien, celle de l'oiseau ou de l'animal. Chose étrange pour nous, dans celte conception, c'est la forme humaine qui est dominée par l'animal ou plutôt par la divinité que représente l'animal fétiche.
C'est, en effet, la tête d'animal qui, dans les divinités égyptiennes.
I'i(l EGYPTE ET GKÈCE
(Idil t'\|)rinioi' toiilcs cos distinrtions, tnnio cotto liiôrarcliio (|m' les nrccs saiinml roiidro |tar lu fdriiR', 1 àL;t'. la laidciii' ou la hcaiiU'' de leurs ditnix. I/iniporlaiico do co conlrasU' ne nous ôcliap|)cra pas. H (ssl plus (pie toiil autre de iialun' à nous l'aire saisir rininiense aliîiue (pii sépare les coïK'epliuus des deux peuples, uial.uré leurs autres rapports liisloiiipu'sel matériels. L'artiste lirec est déjà Jiieii loin de cette inspiration na'ive. priiue-sautièro, des premiers Etiyptiens, il est plus ét/oÏNlc. ])lus subjectif, el il s'ahsorlie dès l'orittine dans la contemplation de l'Iionnue. Il ne cherche i»as ses dieux dans le monde extérieur, il crée ses divinités à son imai;e. C'est là un lU'^ plus violents conirastes (pii existent entre l'art i^rec et l'art éi^yplien.
Il dénote une transformation complète de la conception religieuse. Entre Clinoum('), le dieu égyptien à tête de bélier et le Pan à jambes de bouc de la mythologie grecque, il y a U)ul un monde (pie res|)rit humain n'a sans doute pu traverser ipiafirès une série dell'orts constants. Le Clinoum des Egyptiens est plus symboLKine, il s'adresse davantage à la pensée religieuse et moins aux yeux. .Mais il est, en mèuie temps, plus naïf. puis(iu'il se rattache an fétichisnu;, à la forme la plus enfantine du sentiment religieux. Le l'an des (îrecs est plus maléi'iel, jdus naturel, plus sensuel; mais il est aussi plus esthéti(iue, il Halle la vue, et c'est par les sens (|u'il parle à l'esprit. En elïet, il est à remanpier iprini torse ou une tête d'honnne terminés par un corps d'animal, comuÉe chez les Cenlaui'os des Crées, constitue une combinaison bien moins désagréable que le contraire, (ju'une tète de vache, par exem|)le, siniuontaid ini corps de femme, connue c'est le cas pour la déesse Hathor chez les Egyptiens.
liien ne sain'ait mieux faire sentir la nature des relations (pii ont (h1 exister entre l'art grec et l'Orient. Il est très probable (pu' l'art grec a pris à l'Orient l'idée première de ces comi)osilions mixtes moitié humaines et moitié animales, mais l'art grec s'est nu)nlré |)uissannnent original en ce (piil a renversé les éléments (pii lui étaient livrés par la tradition orientale.
Il a su laiiv imuiédiatement le choix le plus avantageux en les combinant (le la façon la plus gracieuse. C'cst-à-d ire ipiil s'est joint à la conception religieu.se, chez les (Irecs, une autre préoccupation purement eslhéti(pu!.
Dans l'art égyptien, ces c.om|)ositions ont ipiehpie chose de mon.slrueu.x. Les deux éléments restent en (piel(|ue sorte séparés, la tête d'un
(') Voyez la représentation de co dieu d'après une ligurino du Musée Fol sur notre planche: X. D. Clmouni est le dieu de la ratanicte, c'e.st aussi le potier ijui, sur sa roue, a faronné l'œuf du monde.
côté, le corps de l'homme de l'autre; chacun d'eux a sa signification mystique et symbolique. Ces têtes d'ibis, de vautour ou de serpent qui se balancent sur de longs cous grêles, ces têtes de vache ou de crocodile dont la nuque est trop massive, s'accrochent mal à ces corps d'homme ou de femme. Elles ont l'air de travers. L'Egyptien ne songera pas à rapprocher les deux natures, la brute et l'homme, à les combiner harmonieusement dans un seul être et cela non pas par incapacité, mais parce que cette conception est étrangère à tout son génie, parce que la tradition du fétichisme lui tient aucœur et parce que c'est avant tout le dieu-animal qu'il veut faire vivre dans ses œuvres.
Au contraire, le Grec voudra fondre les deux natures dans un seul organisme. Il voudra donner à cette unité une vie réelle dans laquelle chaque élément cesse d'être symbolique, tandis que l'ensemble seul exprime la bestialité de ces êtres fabuleux.
Dans la combinaison grecque, dans le dieu Pan, dans les Centaures, les Géants à jambes de serpent, les Satyres, les deux natures tendent à s'unir au point que la bête tient de l'homme et que l'homme tient de la bête. Leurs lignes s'enlacent si harmonieusement qu'il serait difïicile de dire où Unit l'homme et où la brûle commence.
L'homme et la croupe du cheval, le Géant et le corps sinueux des serpents, s'amalgament si étroitement que la combinaison paraît naturelle et qu'on se demande si de tels êtres n'ont pas réellement existé. C'est qu'en effet l'artiste et le poète grec ont comme une soif de naturalisme, ces êtres ne sont pas pour eux de simples symboles mystiques, leur imagination veut qu'ils vivent d'une vie naturelle et réelle et ils aiment à en peupler leurs légendes et leurs paysages.
Si donc on ne peut pas nier au point de vue historique les ra|iports constants qui ont existé entre la Grèce et l'Orient: s'il est intéressant de constater des points de contact entre ces civilisations antiques et ce développement, cette évolution constante que notre siècle veut trouver dans toute science; si l'on serait mal venu de nos jours à nier certains emprunts faits par les Grecs au monde oriental; j'ai cependant voulu faire sentir par un exemple frappant combien l'art grec était original dans sa manière de traiter ces inventions étrangères. Il est possible qu'Hérodote ait eu comme une intuition de la vérité, lorsqu'il reconnaissait dans le Mendès des Egyptiens l'ancêtre du Pan des Grecs, mais dès l'origine ces derniers ont senti le parti qu'ils pourraient tirer de ces êtres hybrides. Ils y ont travaillé avec la foi du génie et la transformation qu'ils ont fait subir à l'idée que leur avait léguée le passé est si biillante ciu'on peut la considérer comme une véritable création originale de l'esprit grec.
Il en sera de même pour la plupart de ces emprunts faits par la Grèce
à roricul. Il iiii()(iilr doue dans iiiio [lareillc ivcIrtcIic. non [)as soulcinenl de trouver en iiuoi le monde ij;rec ressemble au inonde éi^yptien, mais aussi en quoi il en dilTère, en (juoi il est réellement oriij;inal.
Ce procédé fera sentir loule la valeur du i^énie grec. C'est aussi celte méthode (pie nous avons suivie en cliercliant à mettre en relief Toriginalilé avec laiiuelle les (irecs ont traité ces êtres à comiiosilions mixtes.
Il y a cependant une exception à cette loi générale de lart grec qui tend à remplacer très rapidement dans les divinités mixtes la tète de la brute |iar celle tle l'homme: il y a un démon qui a conservé jusque dans les frises grecques de la belle époiiue une lèle de taureau sur des épaules humaines, c'est le Minotaure ('). Il mérite donc une recherche spéciale dans l'étude de l'art grec. Nous voulons l'entreprendre ici, en avertissant nos lecteurs de l'aridité de la route que nous allons poin-suivre. Lorsipi'on veut remonter aux causes premières des formes de l'art, comme aux sources d'un grand lleuve, il ne faut pas craindre les voyages pénibles ou dangereux. Cha(jue elîort, même s'il n'est pas couronné de succès, est un pas en avant vers le but qu'il s'agit d'atteindre.
A ce que je crois, les combinaisons monstrueuses du corps humain et de celui de l'animal correspondent dans l'art grec à l'une des périodes de transformation du langage que Max Millier a appelée : • La période mythique. »
A cette éitoipie, l'homme, après avoir vaincu les premières diflicultés (pie dût lui donner la création du langage, après avoir trouvé les mots concrets qui servaient à son usage ([uotidien, voulut aller plus loin et désigner des phénomènes ou un ensemble de sensations qu'il ne pouvait exprimer, parce (pi'il lui manquait le mot abstrait (pii les résume toutes. Mais lors(pie le cerveau (h; l'homme n'avait pas encore con(;u l'abstraction, comment pouvait-il i)arler de ces merveilles de la nature qui le frappaient tous les jours, de l'aurore qui se lève, du soleil suivant sa marche solitaire à travers le ciel, du crépuscule, de la nuit étoilée ? Il ne pouvait le faire à cette épo(|ue du langage (pi'en identiliant tous les phénomènes à une action, tous les êtres à l'individu humain ou à (piehpie animal. C'est ainsi que l'Aurore était, pour l'homme de celte |)ériode, la jeune épouse (|ui rougit de pudeur et s'enfuit lors(|ue son époux le Soleil surgit devaid elh; dépouillé de ses vêtemenis, les ténèbres de la Nuit. Le Soleil lui-même est personnilié dans un jeune héros (|ui abaiulonne sa liancée l'Aurore ou (|ui est trahi par elle, tout le jour il lutte solitaire contre des monstres (jui représentent les Nuages ou les Ténèbres de la Nuit; mais,
(') Il ta.nl y joindre la Ilarpye et la DennHer A tète de cheval dont nous avons parlé daus rintrodiicliou de ce livre.
le soir, il retrouve sa chère Aurore, c'est-à-dire le crépuscule qui, pour les hommes de cette époque, constituait un phénomène analogue à celui de l'Aurore.
Ou bien le Soleil est représenté comme un Taureau qui dirige les étoiles, c'est-à-dire le troupeau des vaches célestes, dont la principale, la Lune, devient son épouse. Presque toutes ces liancées abandonnées qui figurent dans les récits mythitiues de l'Inde ou de la Grèce, sont des personnifications de l'Aurore. Dans la légende védique, elle s'appelle Urvasî; dans le monde grec, elle a pris une foule de noms : Europe, Euryph;vssa, Eurydice, Eurymède, Pasiphaë (l'Aurore du soir, le crépuscule), Ariadne, etc.
Dans le brâhmana du Yagur-Vêda, le Soleil est personnifié dans le dieu ou le héros Purûravas.
Chez les Grecs, le héros ou le dieu solaire par excellence est Héraclès ou Hercule, mais sa légende présente dans les traits essentiels que nous avons signalés une grande ressemblance avec celles de Thésée, Persée, Minos, Orphée qui tous, à l'origine, ont dû être des héros solaires.
Pour expliquer l'apparition de certains monstres dans le monde grec, nous devons faire un pas de plus dans la voie indiquée par Max MUller. Il faut admettre une nouvelle hypothèse : c'est qu'il y a eu un mélange, une confusion des mythes qui personnifiaient le Soleil dans un héros à forme humaine et de ceux qui le représentaient comme le Taureau céleste.
De là vient que dans la légende grecque l'Aurore est tantôt la fiancée d'un être humain, d'un prince ou d'un héros, tantôt elle s'éprend d'une passion folle pour un taureau et comme la conception naïve des hommes d'alors admettait le mélange des espèces, cet accouplement hybride de l'Aurore et du Taureau céleste donne naissance à un monstre demihomme et demi-taureau, au Minotaure, fils de l'Aurore crépusculaire et du Taureau solaire, une personnification des ténèbres de la Nuit.
Sur ce noyau primitif de la légende, né d'une manière de parler qu'ils ne comprenaient plus, les poètes grecs tissèrent une foule de récits mythiques d'autant plus brillants que l'imagination qu'ils avaient héritée de leurs ancêtres ariens était plus puissante.
En décomposant le mythe du Minotaure dans ses éléments, nous arriverons peut-être à démontrer l'origine arienne non seulement du mythe, mais de la forme même du monstre. La légende, sous sa forme la plus simple, se réduit au récit suivant : « Europe, femme de Zeus (Jupiter), donne naissance à Minos, roi de Crête, héros et dieu-solaire. Minos épouse à son tour Pasiphaë. Mais cette reine s'éprend d'un fol amour pour un taureau et donne naissance selon les uns à un taureau, selon d'autres au
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Miiiiiliiiiiv. rlic iiKiiisliviix ;i lèlf do laiircaii sur un cuiiis d'IiuiiiiiK'i'l ijui se rt'iiail de cliair liiiniaiiic. •
Ici la léiiondi' se divise en deux Iradilioiis dont la soconde n'est sans doiile qu'une ré|tétili(in de la prcinièie. Kn ciïel, selon les uns. Mincis. elTiayé des excès du taureau, fait venir Héraclès, (jui esl cliarij;é de le prendre et de le Iransporter à Mycènes. Selon d'autres, Minos enferme le Minolaure dansun labyiiiilhr nùil se irpaîl de iliair liuuiaine. Clia(|ue année Minos lui jelle en pàlure sept jeunes lilles et sept jeunes i^ens (■nvovésd'Alliènes. Tliésée se rend en Crèli; el avec l'aide d'Ariadne. tille lie Minos. il tue h' Miuotaure: mais, à son départ, il enlève Ariadne, <iu'il abandonne ensuite.
Nous ne devons nous occuper ici que de cette dernière légende, où il est éviderd cpu' Thésée joue ini rôle analogue à celui d'Héraclès et ipi'il est idenliliéau héros solaire.
Ces phrases si simples dans nos langues modernes : « L'Aurore se retire. » — • Le Soleil se lève. » — • Le Soleil solitaire parcourt le ciel. • — • Le Crépuscule est une nouvelle Aurore. • — » La Nuit succède au Crépuscule, à l'Auroi'e du soir: couinie le .lour à l'Aurore du matin. » — traduites dans le langage mytliologicpie de nos ancêtres grecs équivalent au mythe suivant :
Europe (l'Aurore du matin) en éjtousant Zeus (l'éclat du jour) donne naissance à Minos (le .Jour). Aiuès que Minos (leJ(un-) sous la forme du Taureau solaire a voyagé dans le ciel à la recherche de sa liieu-ainu'e au moment où il arrive au seuil de la mort et va terminer sa vie solitaire, elle lui apparaît enfin sous la forme de Pasiphaë, l'Aurore du soir, le crépuscule et de leur union naît le Minolaïue (la Nuit) un monstre qui se repaît de cliair humaine.
Plus tard, la légende a fait d(î .Minos et du Taureau deux êtres dilTérenls. Mais à l'origine Minos étant un dieu solaiic. il aurait reçu l'épithèle de vrislidii ([ui se trouve ap|tliquée au Soleil dans les Védas. Vrislian veut dire tantôt homme, tantôt étalon, taidôt taureau. De là vint (pie le .Minotaure, le lils du Minos rris/mii et de la l'asi(iliaë, l'ut représenté tantôt comme un tauicau. tantôt comme un démon à corps d'homme et à tête de taureau el laiili'il ((iiuiiii' un nnmstre à corps d'homme et à tôtc de cheval.
En elïet, .M. Milchhoefer a signalé des monuments grecs m'i le .Minotaure a une tète de taureau, mais une crinière de cheval, ce t|ui serait un vestige ih' l'époque où il avait encore une tête de cheval commcle Yatmlhana des Indiens. (Connue ce dernier, le .Minotaure se nourrit aussi de chair humaine; cai' ces monstres sont une personnilicatiou de la Nuit el il faut songer à tout ce (juece mot avait d'ellrayant [lour les honnnes de
ces époques reculées. Pour eux, la Nuit n'étcait pas pas encore « la bonne conseillère » du vieil Homère, c'était la bête féroce qui fait disparaître ceux qui manquent à l'appel du matin.
Dans notre mythe, le crépuscule est comme dans les récits védiques identifié à l'Aurore, de même que dans Homère Eos, l'Aurore, commence et finit le Jour. C'est qu'il n'y a pour les hommes de cette époque aucune différence entre le crépuscule et l'aurore en ce sens que les deux phénomènes leur paraissent analogues et méritent les mêmes images. Cependant notre mythe grec contient déjcà une nuance, Europe est l'Aurore du matin, la vraie aurore, mère du jour, apportée à travers la mer parle Taureau solaire; Pasiphaë est l'Aurore du soir, l'Aurore crépusculaire qui s'éprend du Taureau solaire et donne naissance à la Nuit. D'ailleurs, le nom d'Europe signifie, comme le mot sanscrit, Urvasî, celle qui va au loin et il semble dériver d'Urvasî. Europe enlevée par le taureau blanc (vrishan, étalon, taureau, homme épithète du Soleil dans le Véda et sveta, blanc, autre épithète du Soleil) et emportée sur son dos (le Soleil étant souvent représenté comme marchant derrière ou sous l'Aurore), puis transportée dans une caverne éloignée (l'assombrissement du soir) et mère d'Apollon, le dieu de la lumière du jour ou de Minos (Manu, un Zeus mortel, le Jour) concorde bien avec la déesse de l'Aurore (').
Pasiphaë signifie aussi « celle qui resplendit partout. » C'est une épithète de l'Aurore comme Euryphaessa, Eurydice, Eurynome, etc.
Ce n'est pas tout, Thésée, autre dieu solaire, tue le Minotaurc (la Nuit) et délivre ainsi Ariadne (l'Aurore du jour suivant). Thésée l'abandonne à son tour, comme Héraclès abandonne Déjanire, comme Orphée quitte Eurydice; et Urvasî abandonne Purûravas, comme Pasiphaë délaisse Minos.
Dans Thésée tuant le Taureau ou le Minotaure, il faut voir un mythe analogue à celui d'Héraclès enlevant le Taureau de Crête, ou à celui d'Héraclès tuant Diomède qui n'est déjcà plus comme le Yatudhana de l'Inde un démon à tête de cheval, mais un être humain nourrissant ses chevaux de chair humaine. Une autre légende, due à la même origine arienne, est celle dePersée décapitant la Gorgogne-Méduse, un démon qui primitivement avait une tête de cheval, et d'oi!i naît le cheval ailé Pégase ou l'Aurore. Dans les Vêdas, la tête du cheval symbohse l'Aurore (^). Tous ces démons, le Minotaure, le Yatudhana de l'Inde, le Diomède des Grecs, la Gorgone-Méduse, représentent tous la Nuit. Mais comme le Soleil n'a
(0 D'après Max Millier, la seule difficulté étymologique serait l'o loDg du mot Europe en grec.
(-) C'est aussi avec les têtes des chevaux d'Apollon sortant de l'onde que PhitUas a indiqué l'Aurore dans le t)'mpan du fronton du Partliénon. Il y a là un écho lointain de la poésie védique.
pas seuloineiil à liillor avec la Niiil, mais avec les Nuages i|iii I oliscurcissent, CCS démons peisoiiiiilièrcnl aussi les Nuages cl se nièièirnl à il'au- Ires mythes, ceux des Ciaiiilliaivas, des Centauies, des Harpyies, d'Eiinys, qui représentent les nuages.
Tous ces niyllies cl par conscipiciit aussi celui du Miiiolaure son! tlurigiiic ariciuie.
Ouaiil à la fdniie ilniiiicc au Minotaure, elle s'expli(pie li' plus nalurellemenl par ré|)illièle vOdii|ue de vrislian, taureau. Inniiiiie, élalou. appliipiéc au soleil.
Le laliyrinllie dans leL|uel le Minulaure (la Nuit) est enfermé syndiolise le Ciel étoile avec les routes compliquées (piy tracent les conslellatiiiiis cl iiù Thésée, le Sdieil cl le Taureau selaire. peuvent seuls se reconnaître. .Mais la Crète où régnaient ces mythes était voisine delà l'hénicic: il en résidta que le Minotaure, mangeur d'homnics. fut idenlilié au IJaal Moloch, un maître du ciel, un dieu des Phéniciens aucjuel on sacritiait des victimes humaines.
La légende des jeunes gens qu'on envoyait dWthénes à Knosos où régnait ce. culte est sans doute un souvenir des sacrilices humains qu'exigeait le .Minotaure devenu le Haal .Moloch des l'héniciens.
D'antres ont vu dans Pasiphaë un synd)ole de la Lune, pareille à le, la vache céleste. Je n'entrerai pas dans une di.scussion à ce sujet; cette hypothèse me paraissant aussi vraiscmlilahle. Il est possihlc (jue Pasiphai', a|)rès avoir signilié l'Aurore crépusculaire, symholisa ensuite la Lune par une confusion avec la vache céleste, lo. Mais l'interprétation ipu' jai donnée es! la seule (pii expliipie la naissance du .Minotaure, personnification de la Nuit. Kn elïel, on conq)rcnd que le Soleil (Minos), en épou.sanl l'Aunuc du soir, le crépuscule (l'asiphaë), dcuuie naissance à la Nuit (le Minotaure), tandis qu'il est moins facile d'expliipier (jue la Nuit soit la progéniture du Soleil et de la Lune.
Comme le Minotaure fid idenlilié au Haal .Moloeh de même lo. la vache céleste, ne tarda |tas à se confondre avec llsis des Kgyptiens, mais pour une raison absolument extérieure, indi(pu''e par Hérodote, c'est ipie l'idole de llsis égypli(;nne est cmn'onnée d'une coiffin-e ipii se termine par deux cornes de vaches. De là vieid aussi ipie le (ils de lo, Epaphos, fut confondu avec l'Apis des Kgyi)liens. Nous retrouvons le même mélange des mythes sémiti(iues assiuulés à d'autres doid la source est arienne, dans la légende d'KuropcC). L'Iliade connaît déjà Euroi)e, la lille du célè-
Cj Co inùlange des iiiyUies ariens et sriniliqurs s'explique d'aulanl jilus facilement que les religions primitives des Sémites avaient aussi des diviiiil(''s solaires revêtant la la forme du Im.uf ou de la vache, comme les bœufs Apis, Mnévis, Ouimefer, et les vaches Isis et Ilathor.
bre Phoénix, l'épouse de Zeus, celle que nous avons comparée avec Max Millier à l'Urvasî des Védas.
Mais les poètes lyriques grecs et les logographes ont fait de cette Europe d'origine arienne une fille d'Agénor un représentant mythique de la puissance de Sidon, la métropole des Phéniciens. Cette confusion provient uniquement de l'analogie que l'on crut reconnaître entre l'Astarté des Phéniciens et l'Europe des Grecs, assise sur le taureau. On voyait, en effet, dans les cornes du taureau une allusion au croissant de la lune et à la déesse phénicienne.
Nous ne serons donc pas surpris de retrouver le môme phénomène, le même mélange dans le mythe de Pasiphaë qui, après avoir désigné l'Aurore dans le monde arien, se confondit aussi avec le symbole de la Lune par l'influence des croyances sémitiques (').
Ainsi les deux vaches célestes Europe et Pasiphaë, d'origine arienne, devinrent, par une confusion avec lo et par certaines analogies avec les cultes de l'Orient sémitique, des symboles de la Lune des déesses semblables à l'Astarté des Phéniciens.
Ce qui est important pour la philosophie de l'art, c'est que dans tous ces mythes du Minotaure, d'Europe, de Pasipliaë, de lo, l'idée primitive et essentielle est arienne. La forme sémitique qui l'a recouverte n'a pu le faire que grâce à ces analogies, à ces ressemblances fortuites que nous avons signalées et qui sont les traits d'union entre le monde arien et le monde sémitique. Si le Minotaure, le Yatudhana de l'Inde a été identifié au Baal Moloch, c'est qu'il était comme lui un mangeur de chair humaine, et sans l'allusion au croissant de la lune que l'on croyait reconnaître dans les cornes des vaches célestes d'Europe, de Pasiphaë et de lo jamais ces déesses n'auraient été confondues avec l'Isis des Egyptiens ou avec l'Astarté des Phéniciens (-).
(') A Babylone, on racontait la légende d'une passion de Sémiramis pour un cheval (Plin. 8, 155, Hj'gin, f. 243). Cette analogie avec Pasiphaë et le mythe du Minotaure est d'autant plus frappante que dans la légende arienne et dans les Védas le taureau solaire est aussi remplacé quelquefois par un étalon. Ce point de contact eutre le mythe de Sémiramis et celui de Pasiphaë, que je crois signaler pour la première fois, viendrait confirmer l'hypothèse de Fr. Lenormant d'après laquelle Sémiramis ne serait point un personnage humain, mais une divinité. Seulement notre mythe la rattacherait aux divinités solaires. (Cfr. Fr. Lenormant. La légende de Sémiramis. Mémoire présenté à la classe des Lettres de l'Académie de Belgique, le 8 Janvier 1872.3
(*) Une analogie pareille et purement extérieure est celle qu'Hérodote signale entre le Mendés des Egyptiens et le Pan des Grecs. Mendès était un dieu que les Egyptiens adoraient sous la forme d'un bouc. Cela suffit à Hérodote et aux Grecs pour déclarer que Mendés était le même dieu que Pan. Ils n'auraient pas fait cette
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Parlnut sons rôpidorniP de la forme sémiti(iiio on sent paliiiler la cliair de raiiti(|iie idée aiieime i|ni devait à son lour iiiélamiir|iliuser celle forme syiidioruiiie el la ra|i|iroclier du bcaii idéal.
Le Miiiolaure, après avoir élé loiiiileinps re[irésenlé avec une lêtc de laiireati on penl-èire même de elieval. linil par n(> pins conserver qne les cornes de l'animal. C'esl ce (jn'on peut voir snr nne genune très curieuse du .Musée Fol, où Thésée esl représenté terrassant un être enlii'remenl humain, à l'exception des deux cornes que le héros a saisies dans ses mains puissantes, il est possihie que les Silènes, les Satyres, etc., à oreilles de cheval soient au.ssi des modilications du type indien du Yatudliana, du dénuin à tète de cheval.
confusion s'ils avaient remarqué que dans le dieu Pan ce sont les jambes qui sont d'uu bouc, la tête et le buste d'un homme; tandis que si les Egyptiens avaient voulu représenter Mendés, ils l'auraient fait sans doute sous la forme d'un honmie à tête de bouc. Cette dernière forme a sans doute existé; car, Hérodote explique que d'après la légende Mendés était fils d'une femme et d'un bouc; ce qui est la manière liabituelle des Grecs d'interpréter ces formes complexes. On eu trouvera de nombreux exemples dans Plutarque. Ces ressemblances extérieures sont les points d'attache où certains mythes sémitiques vinrent se greffer sur de vieilles légendes ariennes et qui permirent aux artistes grecs d'emprunter quelques formes d'origiue orientale.