‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 105 sur 143 · MILIEU ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

MILIEU ARTISTIQUE

L’école d’art qui s’était formée à Bruxelles au xv® siècle, brillante encore sous le règne de Charles-Quint, sombra pendant les troubles civils et religieux de la seconde moitié du XVI® siècle. Quand le calme revint avec les Archiducs, le centre artistique se trouva déplacé. Ce fut d’Anvers, et non plus de Bruxelles, que les arts rayonnèrent à travers les Pays- Bas. Il serait injuste, pourtant, de méconnaître le talent des artistes qui travaillèrent dans nos murs pendant tout le XVII® siècle, Jérôme Duquesnoy père et fils, Jacques Francquart, Marc de Vos, David Teniers, Jean Breughel, Denis Van Alsloot, Antoine Sallaert, Jean Cosyn, Jean Van Delen, Pierre Van Dievoet, les frères Van Heil, Antoine Pastorana, Pierre-Denis Plumier, Pierre Herbosch, Jean Cortvrindt, Guillaume De Bruyn, Corneille Van N erven qui produisirent des œuvres dignes de fixer notre attention. A côté d’eux travaillèrent des artistes originaires des viUes voisines : Luc Fayd’herbe et Jean Voorspoel de Malines; Mathieu Van Beveren et Wenceslas Coebergher d’Anvers.

C’est dans les rangs des peintres, des sculpteurs, des tailleurs de pierre et des ébénistes que nous devons chercher les architectes du xvii® siècle. C’est qu’à cette époque l’architecture ne constitue pas encore un art indépendant. J acques Francquart, par exemple, était peintre, de même Wenceslas Coebergher. Luc Fayd’herbe était sculpteur et Antoine Pastorana maître-ébéniste. Cependant, déjà au xvii® siècle, se manifestent les premiers symptômes de la séparation de l’architecture d’avec les autres arts. Le titre à' architecte, très rare encore au xvi® siècle, devient d’un emploi de plus en plus fréquent. Les qualificatifs du moyen âge: maître des maçonneries, maître es œuvres, en flamand meester wercman, meester van der wercken, tombent dans l’oubli. Des lettres patentes reconnaissent même aux plus méritants de nos constructeurs le titre à! architecte et ingéniaire du Roi.

C’est en Italie même que les plus grands de nos architectes sont allés puiser leurs connaissances architecturales. J acques Francquart séjourna à Rome et Wenceslas Coebergher à Naples. Ils importèrent dans les Pays-Bas, dès le début du XVII® siècle, les principes du style baroque italien et les propagèrent autour d’eux. Beaucoup de nos artistes cependant apprirent leur métier sur place, dans l’atelier d’un maître, ou directement dans les livres, car avec la Renaissance la science architecturale a cessé d’être une science occulte,

mystérieusement transmise dans les loges des tailleurs de pierre. Elle s’étale tout au long dans des manuels savamment commentés et magnifiquement illustrés. De plus, l’apprenti a à sa disposition des modèles en plâtre, des maquettes en bois, des épures en grandeur d’exécution. Tout autour de lui, dans l’atelier même, pendent, en image ou en stuc, les types les plus parfaits de l’architecture classique.

Parmi les manuels dont se servait de préférence l’architecte du xvii^ siècle, figurait en ordre principal la traduction française et flamande que Pierre Coecke d’Alost avait faite, en 1539 et en 1546, du IV® et du III® livre du traité de Sébastien Serlio. Cet ouvrage était tellement important qu’il fut réédité à deux reprises, en 1606 et en 1616. A ce manuel venaient s’ajouter l’édition, faite en 1546, des dix livres du De Architectura de Vitruve, un architecte romain du i®r siècle avant notre ère; le livre d’architecture de Vredeman de Vries, véritable grammaire de l’architecture, imprimé en 1581; le traité âxs cinq ordres de Vignole, architecte italien du XVI® siècle, traduit en 1617; enfin, le traité d’architecture italo-fîamande du Bruxellois Jacques Francquart qui parut en 1616 et qui eut sur l’éducation professionnelle des architectes de la deuxième Renaissance une profonde influence.

Grâce à ces manuels, une même conception domine l’architecture dans tous les pays. Dès lors, il ne peut plus y avoir d’écoles locales dans le sens étroit du moyen âge. Il y a des types de monuments que les architectes reproduisent avec des variantes dans toutes les villes des Pays-Bas. Les J ésuites surtout contribuent à cette uniformité de style. Ils appliquent un peu partout les mêmes clichés, d’autant plus que leurs plans doivent être approuvés par le général de l’ordre, résidant à Rome. Il en résulte forcément une impulsion dans le sens de l’homogénéité.

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