LE MILIEU ARTISTIQUE
Les arts libéraux qui déjà, au xviU siècle, tendaient à se dégager de toute étreinte corporative, échappèrent complètement à la corporation des Quatre-Couronnés au cours du XVIII® siècle. L’architecture s’éleva à la hauteur d’un art indépendant. En 171.1, le Magistrat de Bruxelles institua à l’hôtel de ville une école de dessin, qui fut le point de départ de l’académie de peinture et de sculpture. En 1765, cette institution fut réorganisée, et d’après le désir manifesté par le duc Charles de Lorraine, on ajouta au programme un cours d’architecture civile. Le 20 mars 1773, Marie-Thérèse élabora une ordonnance pour favoriser les arts en Belgique et déclara « que les arts ne dérogeaient point à la noblesse et qu’un chacun pourrait librement les exercer et vendre ses ouvrages ». L’année précédente, elle avait institué l’académie impériale et royale des sciences et des belles lettres, et, en 1777, elle nomma une commission royale d’études et fonda le collège thérésien.
Toutes ces mesures contribuèrent au relèvement intellectuel et artistique. La sculpture fut brillamment représentée par Laurent Delvaux (1695-1778) et Gilles-Lambert Godecharle (1750-1835). L’architecture eut, elle aussi, des représentants remarquables.
Parmi les architectes les plus célèbres du xviii® siècle, il convient de signaler en première ligne Laurent-Benoît Dewez (1731-1812) qui donna à l’architecture néo-classique une forte impulsion. Il étudia à Naples à une époque où les découvertes d’Herculanum, de Pompéi et de Stables venaient
L'ARCHITECTURE NÉO-CLASSIQUE
précisément d'attirer à nouveau l'attention sur les beautés de l’architecture romaine. Il séjourna à Rome, visita la Grèce, la Syrie, l’Égypte, puis vint s’établir à Bruxelles en 1760. Il se montra enthousiaste du style antique; aussi, quand le style dit de Louis XVI pénétra dans les Pays-Bas, y vit-il un retour aux principes de l’art classique. Il se mit aussitôt en devoir de le propager. Toutefois, il s'attacha moins au côté décoratif qu’aux principes constructifs. Son action fut énorme. Il ouvrit la série de ses brillantes constructions par l’église abbatiale d’Orval (1759), éleva les églises collégiales d’Andenne (1762) et d’Harlebeke (1769), les bâtiments de l’abbaye de Florival, de Valduc (1767), d’Afflighem (1770), de Floreffe (1770), de Gembloux (1762-1773) et d’Heylissem, le palais abbatial de Saint-Martin à Tournai, les églises abbatiales de Bonne-Espérance et de Vlierbeek; il travailla aussi à l’abbaye de Forest dont le portique d’entrée est encore debout, collabora à la construction du palais de Charles de Lorraine à Bruxelles et rebâtit l’hôtel des Finances, rue des Sols
Autour de lui se groupèrent des architectes de talent, la plupart, cependant, étrangers d’origine. Faulte ou Folte, l’auteur de la chapelle royale, était viennois, Barnabé Guimard, qui créa la place Royale et le quartier du parc, était français, et Servandoni, qui transforma à Bruxelles différents hôtels seigneuriaux, était florentin d’origine. Claude Fisco, directeur des travaux publics à Bruxelles, était né à Louvain, mais il descendait d’une illustre famille de Gênes (1736-1825). Au début du xix® siècle, alors que le néo-classicisme était toujours à la mode, nous trouvons à Bruxelles Charles Van der Straeten (1771-1834), Antoine Payen (1749-1798) et Auguste Payen (1801-1877), Henri Partoes (1790-1873), Gineste (1769-1850), Tielman-François Suys (1783-1861) et d’autres, qui préparèrent cette génération d’architectes de la seconde moitié du xix® siècle, qui allait se charger de transformer Bruxelles en une magnifique capitale.