‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 32 sur 143 · LA COLONNE · texte numérisé non relu

LA COLONNE

Dans le style roman pur nous avons rencontré deux espèces de supports : le pilier dont l’emploi est général, et la colonne dont l’usage est plutôt exceptionnel.

Dans le style roman-ogival, au contraire, le pilier n’apparaît plus qu’accidentellement; c’est la colonne qui devient le support-type.

Toutefois il convient de remarquer que l’église romano-ogivale de N.-D. de la Chapelle perdit ses nefs dans l’incendie de 1^05, de sorte que nous ignorons si elles étaient séparées l’une de l’autre par des piliers ou par des colonnes.

Les quatre puissants piliers qui délimitent le carré du transept et qui appartiennent manifestement à la construction romano-ogivale, nous obligent à croire plutôt que l’architecte préféra le pilier à la colonne. Sans doute ces piliers ont été modifiés au xv® siècle, lors-

Fig. 63. Colonnette romano-ogivale annelée. Église de N.-D. de la Chapelle (début du xiiie siècle).

• LE STYLE ROMANO-OGIVAT

qu’on reconstruisit les nefs dans le style gothique secondaire et tertiaire, mais malgré ces transformations, on y retrouve le type du pilier carré avec l’imposte et la base moulurées traditionnelles. Le massif à l’entrée du chœur est particulièrement démonstratif (fig. 64). Le massif opposé, vers la nef, ne l’est pas moins (fig. 65).

Ce dernier massif devait être composé à l’origine de quatre piliers engagés l’un dans l’autre, en forme de croix grecque, avec, dans chaque angle, une colonnette dont nous décrirons tantôt le type. La fig. 66 donne une coupe du massif vers la grande nef. Des lettres indiquent les parties anciennes, ainsi que les parties modifiées et renforcées au xv® siècle. On la comparera à la fig. 65 qui est celle du massif même.

Nous n’avons aucun exemple de colonne romano-ogivale servant de support principal. La colonne que nous possédons n’est en réalité qu’une colonnette d’ornementation (fig. 63). Nous y retrouvons cependant les trois parties constitutives de la colonne : le fût (B), le chapiteau (A) et la hase (C).

A. Le fût. Le fût est toujours cylindrique. Il est entouré d’un ou de plusieurs anneaux suivant sa hauteur. Dans ce cas on dit que la colonnette est anneUe. Cet anneau (littera d de la fig. 63) n’est pas un simple ornement. Il a aussi un but constructif. Il est rattaché au mur par un de ses côtés et, empêche que la colonnette, dont la masse est fluette et souvent fort élancée, ne se rompe. L’anneau est mouluré. Tantôt il a la forme d’un tore simplement cylindrique, tantôt d’un tore aminci, comme c’est le cas à l’église de N.-D. de la Chapelle et à l’église de Sainte-Gudule (fig. 69). Nous retrouverons cette colonnette annelée dans le style gothique primaire.

B. Le chapiteau. La corbeille est garnie de crochets, c’està-dire de feuilles stylisées, enroulées à leur extrémité (fig. 63, A littera h). Cette forme de chapiteau dérive du style roman tel qu’il apparaît dans la dernière période de son évolution, au moment où il se rapproche de très près du style romano-ogival et même se confond déjà avec lui (voir ci-dessus p. 32 et 46).

La corbeille est surmontée du tailloir ou de l’abaque généralement de forme carrée (fig. 63, A littera a).

Enfin, un tore cylindrique, ou le plus souvent déjà un tore aminci ou aplati, relie le chapiteau au fût et sert d’astragale (A littera c).

Fig. 64. Église de N.-D. do la Chapelle. Massif de piliers et de colonnettes soutenant le carré du transept, à l’entrée du chœur (début du xiii® siècle).

Fig. 65. Église de N.-D. de la Chapelle. Gros support soutenant le carré du transept, vers la grande nef (début du xiii® siècle).

L'ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

La fig. 67 est un exemple de chapiteau emprunté au pourtour ou déambulatoire romano-ogival du chœur de Téglise de Sainte-Gudule. La partie enroulée, en forme de volute, de

Fig. 66. Coupe du gros pilier de la fig. 66. A. Colonnette d’angle romano-ogivale du début du xiii® siècle. — B. Piliers romans engagés de la même époque. — C. Massif ajouté au xv« siècle. — D. Colonne du XV® siècle.

LE STYLE ROMANO-OGIVAL

la feuille stylisée est déjà très fouillée. L'astragale se compose, dans l'espèce, d'un tore aminci ou aplati.

La fig. 68 montre un groupe de chapiteaux appartenant à l'église deN.-D. de la Chapelle.

C. La hase. Nous retrouvons ici les tores qui caractérisent la base romane (fig. 63, C littera e). Ils reposent sur un socle carré (littera /).

Le fût, long et mince de la colonnette, est ou bien isolé du mur ou bien engagé dans le mur sur toute sa hauteur. Quand les colonnettes sont accouplées, on dit qu'elles sont en faisceau.

La fig. 69 est instructive à cet égard. Nous y retrouvons le fût annelé, avec l'anneau formé d'un tore aplati pris entre deux moulures; — la corbeille à crochets, surmontée d'un abaque mouluré; — la base faite de deux tores; — un socle assez élevé, à pans coupés, et non

Fig. 68. Chapiteaux de style romano-ogival. Église de la Chapelle (entre 1210 et 1240).

Fig. 67. Chapiteau romanoogival du chevet du chœur de Sainte- Gudule (début du xiii® siècle) .

L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

plus carré ou circulaire ; ce socle deviendra dans la suite le socle-type du style gothique. Le plan qui accompagne ce faisceau indique la place occupée par chacune des colonnettes et on remarquera que cellesci sont engagées dans le mur sur toute leur hauteur.

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