LA VOUTE
C'est dans la transformation de la voûte que gît le secret des grands progrès réalisés par l’architecture du moyen âge. L’application à la voûte de l’arc en ogive permettra de construire en hauteur, et pour soutenir l’édifice on inventera le contrefort et V arc-houtant.
Le style roman avait réalisé déjà un sensible progrès en construisant la voûte d’arêtes. Le style romanoogival va plus loin. Il applique non plus le demi-cercle mais Tare brisé.
Deux arcs brisés vont désormais s’entrecroiser, d’où le nom de croisée d'ogives. Pour rendre celle-ci plus solide, on revêtira l’arête nue d’un arc saillant, Varc aiigif ou ogif, dont nous avons défini plus haut la signification (p. 6i).
La construction de la voûte d’ogives doit nous arrêter au même titre que celle de la voûte d’arêtes.
Des fig. 32 et 33, nous rapprochons les fig. 70 et 71.
La nervure qui recouvre l’arête de la voûte et renforce celle-ci, est moulurée. Elle a la forme d’un tore cylindrique simple (fig. 72) ou bien triple, (fig. 73) ou bien aplati ou aminci (fig. 74).
Le profil de la fig. 74 appartient à la voûte de la chapelle de la Trinité à l’église de la Chapelle.
Fig. 69. Faisceau de colonnettes romano-ogivales avec plan. — Chevet du chœur de l’église de Sainte- Gudule (première moitié du XIII® siècle).
Les nervures d’une voûte aboutissent à un point central. Là se trouve une pierre fermant les arcs qui se coupent en cet endroit; on la nomme clef de voûte. Insignifiante
LE STYLE ROMANO-OGIVAL
encore dans le style romano-ogival, la clef de voûte se développera dans la suite. Non seulement elle se couvrira d’une sculpture de plus en plus soignée, mais surtout elle deviendra
Fig. 70. Structure d’une voûte en croisée d'ogives.
de plus en plus saillante, jusqu’à ressembler à un véritable pendentif. Ses caractères seront d’un précieux secours pour l’identification des styles.
ou nervures renforçant les arêtes.
Parfois la nervure est annelée comme la colonnette et elle retombe sur une colonnette du type décrit (fig. 63) .
La fig. 75 nous présente la voûte qui recouvre la chapelle
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
Fig. 72. Fig. 73. Fig. 74.
Profils de nervures romano-ogivales.
romano-ogivale de la Sainte-Croix, aujourd hui de la Trinité, à l’église de N.-D. de la Chapelle. Cette chapelle qui se trouve adossée au transept sud ou droit de 1 église (littera A du plan terrier, fig. 57), fut érigée en Tan 1261, ou du moins consacrée en cette année, en l’honneur de la relique de la
LE STYLE ROMANO-OGIVAL
Sainte-Croix. Peut-être n’estelle que la transformation d’une chapelle plus ancienne, comme nous l’avons dit à la page 57.
On voudra bien donner à cette fig. 75 toute l’attention qu’elle mérite. On y voit clairement l’application de l’arc en ogive. L’arête de la voûte est renforcée par une nervure à tore aminci. Elle est annelée, aboutit à une clef centrale et retombe sur une colonnette placée dans l’angle. On remarquera aussi, en passant, la colonnette, dont le chapiteau est du type que nous avons appris à connaître (chapiteau à crochets, abaque carré, astragale faite d’un tore aminci) . Mais revenons à la théorie de la voûte.
On voudra bien se souvenir de V arc- doubleau, de sa signification et de ses fonctions (p. 37 et fig. 34). Les arcs qui séparent deux travées ou qui joignent deux supports, ne sont plus nus comme dans la crypte de Saint-Guidon à Anderlecht (fig. 35), mais moulurés. Deux tores en adou-
Fig. 76. Arc-doubleau romanoogival (église de Sainte-Gudule XIII® siècle). J
Fig. 77. Évolution du profil à épannelage carré.
cissent les angles. Ils sont de forme cylindrique comme au chœur de l’église de Sainte-Gudule (fig. 76), ou bien aplatis ou amincis, annonçant ainsi la moulure qui va prédominer dans le style gothique primaire.
La fig. 77 montre l’évolution du profil à épannelage carré.