LA FENÊTRE
C’est ici qu’apparaît la caractéristique prédominante du style de transition ou romano-ogival, V emploi simultané de Varc en plein cintre et de Varc en ogive.
Déjà dans le style roman pur, arrivé au dernier stade de son évolution (fin du xii® et début du xiii® siècle) la fenêtre, étroite à l’origine, s’est sensiblement élargie. De plus, ses angles ont été ornés de colonnettes et les archivoltes qui la recouvrent, ont reçu des moulures (fig. 46). La baie de la fenêtre, devenue assez large, est généralement subdivisée en deux parties, chacune recouverte d’un petit arc en plein cintre (voir la fig. 81 littera A), de manière à former àes arcades, qui sont dites géminées parce qu’elles sont deux. Les retombées de ces petits arcs intérieurs se font d’un côté sur une colonnette centrale, de l’autre côté sur des colonnettes engagées dans la paroi du mur, ou pour mieux dire, dans le piédroit de la fenêtre (B). Un grand arc en plein cintre (E) recouvre la fenêtre tout entière et par conséquent les arcades
LE STYLE ROMANO-OGIVAL
géminées, c’est V archivolte. Entre celle-ci et les arcades géminées il y a un espace qu’on éclaire à l’aide d’une baie ronde qu’on nomme oculus ou œil-de-hœuf (C). Cet espace s’appelle intrados ou extrados, suivant le point de vue auquel on se place : si l’on envisage l’archivolte, c’est V intrados, c’est-à-dire ce qui se trouve à l’intérieur de l’arc; si l’on a en vue les arcades géminées, c’est Vextrados, c’està-dire ce qui se trouve en dehors et au-dessus de celles-ci. Cette notion d’ailleurs nous est connue (p. 23 et fig. 14).
Telle est la structure de la fenêtre romane à arcades. Quel changement subira-t-elle dans la période romano-ogivale? Le nom seul donné à cette période — lorndiXio-oghale — nous avertit déjà qu’une ogive viendra s’y ajouter. Et de fait, les deux petits arcs intérieurs en plein cintre font place à deux petites ogives (fig. 82). D’autres modifications, mais d’intérêt secondaire, interviennent encore. Par exemple, l’intérieur de l’oculus est garni de lohes, c’est-à-dire de cercles qui se touchent. L’oculus C de la fig. 82 est à six lobes, voilà pourquoi on dira qu’il est polylobé. S’il n’y avait que quatre lobes, on dirait quadrilobe; trilobé s’il n’y avait que trois lobes.
Les églises de N.-D. de la Chapelle et de Sainte-Gudule nous fournissent deux magnifiques exemples de fenêtres romano-ogivales (fig. 79 et 80). A première vue on les confondrait, tant elles sont étroitement apparentées, presque pareilles. Toutes deux datent de la même époque, de la première moitié du xiii® siècle, après 1210 et avant 1240 environ. Il ne serait pas téméraire de conclure qu’un même architecte s’est occupé à la fois de l’édification de ces deux églises.
La fenêtre romano-ogivale de l’église de la Chapelle est plus riche que celle de Sainte-Gudule. L’arc principal est un arc surhaussé (fig. 79). Toute une série d’arcs se succèdent en retraite l’un sur l’autre. Trois d’entre eux sont figurés par des tores et retombent, les deux premiers sur des colonnettes, le troisième — celui du fond — sur un pilastre, qui rappelle le pilastre roman engagé. Les piédroits de l’arc surhaussé sont ornés de colonnettes sans base, dont le fût s’appuie directement sur une deuxième série de colonnettes décorant les piédroits de la fenêtre. Les chapiteaux des colonnettes sont du type connu. L’imposte du pilastre engagé qui occupe le fond, est rehaussée d’un feuillage stylisé. — L’intérieur de la baie est divisé en deux parties par une colonnette cen-
Fig. 79. Fenêtre romano-ogivale du chœur de l’église N.-D. de la Chapelle (première moitié du xiii® siècle).
Fig. 8o. Fenêtre romano-ogivale du chevet du chœur de l’église de Sainte-Gudule (première moitié du xiii® siècle).
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
traie. Sur celle-ci et sur une des colonnettes engagées dans le piédroit de la fenêtre retombent deux petites ogives, circonscrites par des boudins ou tores. Dans le tympan, un oculus à six contrelobes dont la pointe est légèrement ornée.
Les colonnettes engagées, au nombre de trois, sont aussi du type connu. On remarquera toutefois que la base repose sur un socle circulaire, et non pas carré ou à pans coupés ; c'est une disposition plutôt exceptionnelle. La pente du seuil ou glacis de la fenêtre est fortement accentuée.
La fenêtre du chevet du choeur de l'église de Sainte-Gudule est d'une structure identique.
Tout au plus y relèvet-on quelques petites différences. Les arcs couvrant la baie sont moins nombreux. Pas de pilastre au fond de l'arc surhaussé ; par contre, des anneaux aux colonnettes et des socles carrés et non circulaires sur lesquels s'appuient les colonnettes d'angle.
Fig. 8i. Schéma d’une fenêtre romane de la dernière période. A, A. Arcades géminées à plein cintre. — B, B, B, colonnette centrale et colonnette d’angle. — C. Oculus éclairant l’extrados ou l’intrados, D. — E. Archivolte ou arc principal.
Nous n'insistons pas sur la grande fenêtre qui éclaire le transept sud de l'église de la Chapelle et que nous voyons en partie sur la fig. 92. C'est une reconstruction, faite vers 1860, par l’architecte Jamaer qui a pris pour modèle la fenêtre du chœur.
La figure 93 nous donne une vue d’ensemble de la partie supérieure des fenêtres du chœur de Notre-Dame de la Chapelle,
LE STYLE ROxMANO-OGIVAL