LA VOUTE
Dans le style romano-ogival, la voûte à croisée d’ogives était encore fort surbaissée. Mais bientôt, appliquant l’arc aigu, les architectes réalisent des progrès considérables et parviennent à donner à la voûte de l’élévation et de la légèreté. La voûte n’appuie plus lourdement sur toute l’étendue du mur, mais sa poussée est ramenée à certains
Fig. iio. Profils de nervures de voûte gothique primaire du chœur de l’église de Sainte-Gudule (seconde moitié du xiii® siècle).
points déterminés où elle se heurte à une résistance qui la neutralise. Ce point de résistance sera, nous le verrons tantôt, le contrefort et l’arc-boutant.
La voûte du chœur gothique primaire de l’église de Sainte-
LE STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE
Gudule est à cet égard un spécimen remarquable. On en aperçoit les grandes lignes dans la fig. 123.
Les nervures qui recouvrent les arêtes, ont des moulures plus compliquées. Elles ne sont plus faites d'un tore cylindrique ou aplati (fig. 72-74) mais elles acquièrent la forme elliptique, mêlée à une combinaison de tores ou moulures cylindriques plus petites. Les nervures de la voûte du chœur de Sainte-Gudule nous fournissent un exemple de ce genre (fig. iio).
La nervure à simple tore n’est cependant pas exclue de l’architecture gothique primaire, mais elle se rencontre plutôt dans des églises d’importance secondaire.
Les nervures se rejoignent, nous l’avons dit déjà, à un point central, à la clef de voûte. Celle-ci est plus ornée que dans la période précédente. Elle devient saillante, sans toutefois qu’elle dépasse le plan des nervures. L’ornement consiste en feuillage ou se compose d’une rosace, d’une figure ou d’un écusson.
Fig. III. Clef de voûte du déambulatoire ogival primaire de l’église de Sainte-Gudule (sec. moitié du xiii® s.).
Fig. 112. Arc-doubleau renforcé, à moulures cylindriques, appartenant au chœur de l’église de Sainte-Gudule (seconde moitié du xiii® s.).
Fig. 113. Intérieur du chœur de l’église de Laeken, de style gothique primaire non encore entièrement dégagé du style romano-ogival (seconde moitié du xiii® siècle).
LE STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE 109
Une voûte peut comporter une série de travées (voir pour le sens p. 37 et fig. 34). Dans ce cas chaque travée est séparée de sa voisine par un arc en forme de large bande dont nous connaissons le nom : c’est V arc- doubleau. Le moulurage de cet arc est celui de la nervure, mais de par sa nature même, il doit rester essentiellement une bande plate. Les angles seuls sont moulurés en forme de tore cylindrique ou de tore aminci. Parfois deux arcs plats se superposent, en ce sens qu’un arcdoubleau plus étroit vient s’appliquer au centre d’un arc-doubleau plus large. Nous trouvons au chœur de l’église de Sainte-Gudule un exemple intéressant d’un arc-doubleau renforcé (fig. Il 2).
Nervures et arcs- doubleaux retombent sur des colonnettes à chapiteau, élancées et engagées dans le mur. A leur tour, ces colonnettes s’appuient sur le chapiteau de la colonne principale. Ainsi tout se tient et tout s’enchaîne.
La voûte du chœur de l’ancienne église de N. -D. de Laeken est un autre exemple de voûte gothique primaire, très différente de la voûte de l’église de Sainte-Gudule (voir fig. 113). Par ses arcs obtus, elle est très voisine encore de la voûte romanoogivale mais par la complication de ses segments, qui correspondent aux différents pans de Tabside, elle se rattache aux premiers commencements de l’architecture ogivale primaire. Il s’agit ici d’une église rurale, et non urbaine, et nous ne devons pas nous étonner de voir les formes romanes persister dans les campagnes jusque bien avant dans le xiii® siècle.
Les nervures se composent de trois tores cylindriques (fig. 113), et rejoignent une clef ouvragée, représentant l’Agneau Pascal, un pélican et un ange, autour de laquelle elles rayonnent. Elles retombent sur des colonnettes engagées qui sont étonnamment apparentées aux colonnettes annelées romano-ogivales de l’église de N.-D. de la Chapelle ou du chevet du chœur de l’église de Sainte-Gudule. Le chapiteau à crochets est surmonté d’un tailloir carré mouluré (fig. 114).
Fig. 114. Chapiteau de la colonnette du chœur de l'église de Laeken.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
Le rayonnement des nervures autour de la clef marque un progrès sensible dans la construction de la voûte. La poussée est reportée sur certains points déterminés, ce qui permet à l’architecte de percer les murs entre deux points et d’y ouvrir des fenêtres (fig. 113 et^ii5). Ces voûtes sont très solides.
Fig. 115. Rayonnement des nervures d’une voûte autour d’une clef commune. A, B, C, nervures délimitant les quartiers de la voûte et entre lesquelles on a pratiqué des ouvertures. D’après Enlart, I, 37.