TYPES D’ÉTUDE
Nos plus beaux monuments gothiques datent de la période ogivale flamboyante. Ce sont :
lo L’église de Saint-Pierre, à Anderlecht, dans laquelle nous devons distinguer deux parties bien distinctes :
A. L’ancienne chapelle de Saint- Guidon, construite vers 1400, précisément au moment où les formes flamboyantes font leur apparition et viennent se greffer sur les formes rayonnantes ;
B. L’église elle-même, et dans celle-ci :
a) le chœur, qui fut commencé en 1470 et placé au-dessus de la crypte romane existante et datant de la fin du xi® siècle. Le chapitre de Saint-Pierre choisit Henri de Mol dit Cooman comme architecte de la nouvelle église qui devait remplacer l’église romane du xii® siècle, mais cet artiste étant venu à mourir, il fut remplacé par Jean Van Ruysbroeck, et c’est à ce dernier artiste qu’on attribue, sans preuves toutefois, les plans du choeur.
h) la grande nef et les has-côtés, qui furent commencés presque en même temps. Bien qu’elle ne fût pas terminée, cette partie de l’église fut solennellement consacrée, le 7 juillet 1482. Les troubles civils, qui accompagnèrent la régence de Maximilien d’Autriche, amenèrent la suspension des travaux.
• cj Au début du xvi® siècle, on acheva, croyons-nous, la partie supérieure de la nef centrale, et on l’éclaira, non par des verrières, mais par de simples ouvertures triangulaires assez exceptionnelles dans notre architecture brabançonne.
Enfin,
d) En 1517, Mathieu Keldermans, assisté de Henri Cooman et de Jean Ooge, entreprit la construction de la tour, et quelque temps après éleva dans l’angle de la tour et du portail sud, dans un style gothique décadent, une nouvelle chapelle en l’honneur de Saint Guidon, également, assure-ton, d’après les plans de Mathieu Keldermans. Quant à la tour, elle resta sans couronnement (fig. 168).
I. Voir notre Notice sur le Musée communal dans le Guide illustré de Bruxelles, t. II : Les Musées, pp. 218 à 229, et aussi les Monuments civils et religieux, t. I®r (Publications du Touring Club de Belgique). Pour la sculpture en Brabant, J. Destrée, La sculpture brabançonne au moyen âge. Bruxelles 1894.
LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE
2® L’église de Sainte-Gudule, du moins certaines parties que nous devons spécifier :
A. Les tours, le collatéral gauche, le porche du transept sud, la partie supérieure de la nef centrale et du transept.
On voudra bien consulter le plan (fig. 96) et se rendre exactement compte, en guise de récapitulation, de ce qui existait au début du xv® siècle. Nous avions en ce moment : le chevet du chœur de style romano-ogival \ h) \q chœur et le mur du transept faisant équerre avec le chœur ainsi que le portail sud, de style gothique primaire; c) le collatéral droit, de style gothique rayonnant, sauf la partie attenante à la tour; d) Id. nef centrale jusqu'au triforium, également de style gothique rayonnant.
Au début du xv® siècle on reprit les travaux, et de 1400 à 1520 environ, on ajouta les parties suivantes :
a) les tours, qui furent 'commencées, paraît-il, peu après 1400. En tout cas on y travaillait en 1436, comme l’attestent certains documents d’archives. Nous savons aussi qu’en 1470, on fit appel au talent de Jean van Ruysbroeck, célèbre déjà par la construction de la tour de Sainte-Gertrude à Louvain et de la tour de l’hôtel de ville à Bruxelles, sa.ns doute avec mission spéciale de terminer les campaniles et de les surmonter d’une flèche pyramidale. Malheureusement Ruysbroeck ne put achever son œuvre. Ses facultés mentales s’altérèrent à la fin de sa vie et il mourut en 1485. Les tours restèrent sans couronnement (fig. 256).
b) le collatéral gauche, commencé vers 1440, fut terminé au cours du xv® siècle. La partie attenante à la tour ne semble pas avoir été achevée avant l’extrême fin du XV® siècle.
c) le porche du transept sud, terminé vers 1480, car il figure sur une miniature de la fin du xv® siècle, représentant Marguerite d’York, veuve du Téméraire (fig. 97).
d) Les travaux furent repris à la fin du xv® siècle et achevés au début du xvi® siècle, pendant les premières années du règne de Charles- Quint. De cette époque datent la partie supérieure de la nef centrale, avec toiture et balustrade, ainsi que les verrières éclairant le transept.
La construction de la collégiale des SS. Michel-et-Gudule avait duré exactement trois siècles. Aussi, y retrouve-t-on toute révolution de l’architecture ogivale, depuis le style romano-ogival du commencement du xiii® siècle jusqu’à l’ultime floraison de l’art gothique au xvi® siècle.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
Les architectes qui s’occupèrent des travaux d’achèvement de l’église de Sainte-Gudule nous sont connus. Ce sont Gilles Van den Bossche dit Joes (mort en 1460) ; Henri de Mol dit Cooman (mort en 1470), le même qui fut bourgihestre des Nations en 1468; Jean Van Ruyshroeck dit Van den Berghe, le célèbre architecte de la tour de l’hôtel de ville, qui remplaça Henri de Mol, en 1470, et mourut en 1485; Jean Van der Eycken, qui travailla au collatéral gauche en 1491 et années suivantes. Tous sont qualifiés de « maîtres de la maçonnerie de Sainte-Gudule» — meesters van der wercken — et leur loge était établie près de la chapelle de Saint-Michel, à l’angle de la place de Sainte-Gudule et de la rue Treurenberg, à droite quand on gravit cette dernière rue. Une maison, sise à côté de la loge, leur servait d’habitation.
B. La chapelle du Saint-Sacrement. Cette construction en hors d’oeuvre brisa le plan primitif du chœur dont le déambulatoire était entouré de huit chapelles (p. 95). Quatre de ces chapelles disparurent : elles étaient dédiées à saint Pierre, au saint Sacrement, à sainte Catherine et à saint Nicolas. Commencée en 1534 et terminée en 1539, la chapelle du Saint-Sacrement appartient à la dernière période du style gothique flamboyant. Elle fut l’œuvre de plusieurs artistes. Le tailleur de pierre, Pierre Van Wyenhove dressa les plans ; le peintre Bernard Van Orley les copia sur deux feuilles de parchemin; Henri Van Pede sculpta les sept tabernacles adossés aux trumeaux ; Corneille Schermier dora la voûte et les tabernacles ; enfin, Bernard Van Orley, et après lui Michel Coxie, composèrent les patrons des verrières.
C. La chapelle de la Vierge. La chapelle du Saint-Sacrement appelait un pendant. De 1649 à 1653 on éleva, à droite du déambulatoire, la grande chapelle de la Vierge, horsd’œuvre architectural qui acheva de détruire ce qui restait du plan du xiii® siècle et fit disparaître les chapelles de Sainte- Anne, de la Trinité et de Saint-Luc. La construction fut exécutée dans le style gothique de la décadence. Toutefois, l’architecte n’appliqua pas jusqu’au bout un style tombé déjà en désuétude et il construisit la voûte dans le style de la Renaissance flamande du xvii® siècle.
30 L’église de N.-D. de la Chapelle (vue d’ensemble, fig. 92 et plan, fig. 57).
A. Les nefs et la tour.
En 1405, le terrible incendie qui ravagea le quartier des tisserands détruisit la grande nef et les collatéraux de l’église
romano-ogivale, telle qu’elle avait été édifiée dans la première moitié du xiii® siècle. On résolut de reconstruire l’église sur un plan plus vaste et dans le style de l’époque, mais les travaux marchèrent lentement. Commencée en 1421, la grande nef ne fut consacrée qu’en 1434. Quant aux collatéraux, ils ne furent entièrement achevés qu’en 1483. La tour fut commencée bien plus tard encore. On n’en jeta les fondations qu’en 1504. Elle n’était que partiellement terminée en 1508, lorsqu’on arrêta les travaux, si bien qu’elle resta sans flèche. On la surmonta d’un clocher Renaissance qui brûla lors du bombardement de 1695. Après la catastrophe, en 1708, on chargea Antoine Pastorana, maîtreébéniste et architecte, de la construction d’un nouveau clocher. C’est celui que nous y voyons aujourd’hui.
Dans son ensemble l’église appartient au style gothique tertiaire ou flamboyant. On y retrouve, toutefois, certaines réminiscences du style gothique secondaire ou rayonnant.
Les architectes de cette église ne nous sont pas connus. Ils appartenaient certainement à l’école bruxelloise et étaient probablement les mêmes que ceux qui travaillèrent à la même époque, à l’église de Saint-Pierre à Anderlecht et à l’église de Sainte-Gudule.
B. La chapelle du Saint-Sacrement, construite en horsd’œuvre, en 1654, sur l’emplacement de deux petites chapelles, dans le style gothique décadent, avec voûte Renaissance.
La chapelle de la Vierge à l’église de Sainte-Gudule (1649- 1653) et la chapelle de la Vierge à l’église de la Chapelle (1654) furent les toutes dernières constructions érigées à Bruxelles dans le style gothique.
40 L’église de N.-D. des Victoires, au Sablon. On
retrouve dans cette église toute l’évolution du style flamboyant depuis le début du xv® siècle (1400 environ) jusqu’au premier quart du xvi® (1525 environ).
Distinguons les différentes parties de cet édifice suivant l’époque de leur construction :
A. Le chœur (fig. 163). Le chœur représente la partie la plus ancienne du monument. Il fut commencé au début du XV® siècle, peut-être dans les dernières années du xiv® siècle h II était terminé en 1435, car une inscription, trouvée
I. Voir Guide illustré de Bruxelles. Monuments civils et religieux, p. 322.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
dans le chœur, atteste qu’en cette année-là, les peintures murales étaient achevées.
B. Le transept, qui était en partie achevé vers 1450; on travaillait aussi à la grande nef vers cette même époque.
C. Les travaux furent suspendus dans la seconde moitié du XV® siècle, probablement à la suite des troubles qui éclatèrent après la mort de Charles le Téméraire, en 1477, et qui durèrent jusqu’à l’avènement de Philippe le Beau, en 1494. Ils furent repris dans les dernières années du xv® siècle, et c’est à cette époque qu’il faut ramener la construction des cinq premières travées des has-côtés extrêmes (fig. 166 et 167), ainsi que le portail du transept sud, vers la rue de la Régence (fig. 232).
Toute cette partie de l’édifice — chœur, transept, bascôtés extrêmes — ■ appartient au style gothique flamboyant, tel qu’il se développa à Bruxelles à partir de 1400 jusque vers 1500.
jSeul, le transept nord (fig. 165) fut entièrement terminé. Le transept sud, au contraire, ainsi que les bas-côtés restèrent sans achèvement (fig. 166 et fig. 167).
D. La façade principale et le sacrarium, qui relèvent du style gothique flamboyant, tel qu’il se manifesta dans la toute dernière période de son développement (xvi® siècle). Le style est devenu beaucoup plus fleuri, les feuilles de chou sont extrêmement tourmentées et très fouillées, l’arc en anse de panier et l’arc en forme d’accent circonflexe sont non seulement û’un emploi fréquent, mais même de règle; de plus, on remarque déjà dans les arcatures un retour au plein cintre.
La façade principale et les deux dernières travées des hascôtés furent élevées dans la première moitié du xvi® siècle, vers 1515. Toutefois, ces parties restèrent privées de gâble et se trouvaient dans l’état que nous montrent les fig. 166 et 164 lorsqu’on les compléta à l’époque de la restauration de l'église h
Le sacrarium date de 1549, comme l’indique une inscription de la frise. Il est conçu dans un style extrêmement fleuri (fig. 234).
On ne connaît pas le nom des architectes qui ont travaillé à l’église de N.-D. du Sablon. Peut-être pouvons-nous attribuer la façade principale à Louis Van Bodeghem, à cause de sa
. Voir Monuments civils et religieux, pp. 315 et 316.
LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE
ressemblance avec l’église de Brou, mais c’est là une question qu’il est momentanément impossible de trancher, faute de documents