LE PLAN
Le plan général des églises du xv® siècle est le même que celui des églises gothiques primaires et secondaires. La croix latine reste la forme exclusivement adoptée et le chevet du chœur est, comme précédemment, polygonal.
Les chapelles latérales, elles aussi, sont de règle, bien entendu dans les édifices d’une certaine importance. A Sainte-Gudule (fig. 96), on retrouve au collatéral gauche la disposition adoptée au xiv® siècle pour le collatéral droit. Il en est de même à l’église de N.-D. de la Chapelle, sauf qu’ici la déclivité du terrain, ou une autre raison, a obligé l’architecte à donner aux chapelles du collatéral gauche une largeur moindre qu’à celles du collatéral droit (fig. 57). Dans l’une et dans l’autre de ces deux églises, les murs séparatifs des chapelles servent de contreforts, conformément à la théorie que nous avons exposée ci-dessus (p. 140).
Le plan de l’église de N.-D. au Sahlon diffère sensiblement du plan de la collégiale de Sainte-Gudule et de celui de l’église de N.-D. de la Chapelle (fig. 160). Les murs pleins des chapelles latérales sont évidés et surmontés d’une ogive, de sorte qu’il est possible de passer librement d’une travée à Tautre. Il y a un bas-côté extrême et l’église compte par conséquent cinq divisions : la nef centrale, les collatéraux et les bas-côtés extrêmes.
L’église de N.-D. au Sablon qui n’était à l’origine qu’une chapelle, édifiée par la gilde de la grande Arbalète ou de Notre-Dame et par les différents Serments de la ville, décrit une croix parfaite. Il faut évidemment faire abstraction des chapelles qui sont venues se placer, au xvii® siècle, dans les angles formés par le chœur et le transept. On remarquera également la forme allongée, trop allongée même, du plan des nefs.
C’est qu’au début du xvi® siècle, au moment d’entreprendre la construction de la façade principale, on ajouta aux cinq travées existantes deux nouvelles travées. Celles-ci
I. Il s’agit de l’église de N.-D. de Brou près de Bourg-en-Bresse, qui fut édifiée, sur l’ordre de Marguerite d’Autriche, par Louis Van Bodeghem, architecte bruxellois (c. 1470-1540), le même qui travailla également à la Maison du Roi. Voir Nodet, L’église de Brou.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
sont séparées des autres par des arcs-doubleaux et devant Centrée principale s’étend un vaste carré, destiné, du moins certains archéologues le supposent, à servir de soutien à une tour. Cette hypothèse semble peu fondée, car l’oratoire de N.-D. au Sablon était une simple chapelle, et non une église paroissiale, ce qui exclut la nécessité d’une tour.
Le système des chapelles latérales, de règle dans le style gothique flamboyant, ne se retrouve cependant pas partout.
C’est ainsi qu’il ne fut pas appliqué à l’église de Saint-Pierre, à Anderlecht, édifiée pourtant pendant la belle époque du style gothique tertiaire (fig. i68).
Les chapelles qui déforment la ligne du collatéral droit n’appartiennent pas en réalité au plan. L’une d’elles, l’ancienne chapelle de Saint-Guidon, attenante au bras droit du transept, fut élevée vers 1400, alors que l’église romane existait encore; l’autre, la nouvelle chapelle de Saint- Guidon, à droite de la tour, fut projetée après la construction de la tour, dans la première moitié du xvi® siècle. Entre ces deux chapelles, s’étend le portail sud (voir le plan fig. 168). Lorsqu’ en 1470, on construisit l’église actuelle, on mit la chapelle existante de Saint- Guidon communication directe avec le collatéral droit par
deux larges baies. La nou- Fig^iôo. Plan de l’église de N.-D. ^
au Sablon, releve par 1 architecte ^ ^ -, L a,
M. Van Ysendyck (xve et début ''«e tout de Suite. On arrêta du xvie siècle). les travaux au moment où
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Fig. i6i. Vue de l’église de Sainte-Gudule, du côté sud, d’après une gravure du xvii^ siècle.
Fig. 162. Vue l’église de Sainte-Gudule, du côté nord, d’après une gravure du xvii^ siècle.
Fig. 163. Vue du chœur de l’église de N.-D. des Victoires au Sablon. (Début du XV® siècle, avant 1435.)
Fig. 164. Façade principale de l’église du Sablon (vers 15 15-1525), telle qu’elle était en 1878. (Voir fig. 186.)
Fig. 165. Transept nord de l’église du Sablon (vers 1450).
Fig. i66. L’église de N.-D. au Sablon, avant sa restauration (1878),
Fig. 167. Même vue, après la restauration (1907 .
les quatre premières travées du collatéral nord étaient seules terminées. Quand on commença la tour, en 1517, on compléta ce collatéral par l’adjonction de deux travées, de sorte que, de ce côté, la construction fut rendue absolument régulière. De l’autre côté, par contre, il n’en fut pas de même et on fut amené, assez naturellement, à élever une chapelle en hors-d’œuvre sur le terrain qui séparait la tour du portail latéral, attenant à la chapelle de Saint- Guidon (voirie planfig. 168).
Nous avons dit déjà (p. 96), que le plan de l’église de Saint e- Gudule,tel qu’il fut exécuté au XIII® siècle, fut brisé par la construction en hors-d’œuvre des deux grandes chapelles du St-Sacrement et de la Vierge (fig. 141 et fig. 96). Il en fut de même du plan de l’église de N.-D. delà Chapelle, lorsqu’on construisit la grande chapelle de N.-D. sur l’emplacement des chapelles existantes de la Madeleine et du Saint- Sacrement (fig. 57).
' Les églises gothiques tertiaires, comme les églises de la période rayonnante, comptent trois entrées. L’entrée principale se trouve en tête du monument, sous la tour; les deux autres sont latérales et pratiquées dans les bras du transept. Les églises de Saint e-Gudule, de la Chapelle et du Sablon ont trois entrées. Exceptionnellement l’église d’An-
Fig. 168. Plan-terrier de l’église Saint-Pierre à Anderlecht, relevé par l’architecte M. Van Ysendyck.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
derlecht en compte quatre, mais nous connaissons l’origine de cette exception. Le portail sud, qui communique directement avec le collatéral droit, entre l’ancienne chapelle de
Fig. 169. Tracé théorique Fig. 170. Arc en ogive à grand
d’un arc en ogive à grand écartement dans son application
écartement. pratique (xv® siècle).
Saint-Guidon et la nouvelle chapelle dédiée à ce saint, existait probablement déjà au moment où on entreprit la reconstruction de l’église, en 1470.
Uentrêe principale n’était utilisée que dans les grandes solennités. L’entrée régulière des fidèles était l’entrée latérale, pratiquée dans le bras droit du transept, comme c’est aujourd’hui encore le cas à l’église de Sainte-Gudule. Cette entrée était souvent précédée d’un porche magnifiquement travaillé, dans le genre de ceux de la collégiale de Sainte- Gudule et de l’église de N.-D. des Victoires au Sablon.
Les églises qui étaient collégiales, c’est-à-dire sièges d’un collège de chanoines, et celles qui étaient abbatiales avaient le chœur allongé, trop allongé même par rapport au restant de l’édifice. Cette disposition était nécessaire parce que le chœur devait être suffisamment grand pour pouvoir conte-
Fig. 171. Arc en anse de panier Fig. 172. Arc en anse de panier tracé théoriquement. dans son application pratique
(xvi® siècle).
LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE
nir la communauté religieuse tout entière. C’est surtout à l'église d’Anderlecht que nous remarquons cette disproportion entre le chœur et la nef (fig. i68).
Enfin, la tour s’élève en tête de l’édifice, dans l’axe de la nef principale, comme nous le dirons plus amplement ci-après, au § i8.