LA VOUTE
Nous devons distinguer deux espèces de voûte : la voûte à croisée d’ogives et la voûte en réseau.
Nous traiterons donc successivement de l’une et de l’autre de ces voûtes et dans un troisième point nous parlerons plus particulièrement de la clef de voûte.
A. De la voûte à croisée d’ogives.
Au fur et à mesure que le style gothique évolue la voûte s’ahaisse, exactement comme l’arc en ogive lui-même. Au XVI® siècle, la voûte est déjà très surbaissée. De même que l’arc s’écarte toujours davantage, au point de se confondre avec l’arc en plein cintre, de même la voûte s’abaisse toujours davantage aussi et finit par céder la place à la voûte en plein cintre de la Renaissance.
L’aspect général d’une voûte ne permet pas toujours, même à un archéologue averti, de déterminer avec certitude le style auquel un édifice appartient. Seule la nervure peut nous guider dans notre jugement.
L’étude de la nervure n’est pas sans difficulté. Elle exige un certain esprit d’observation. Récapitulons ici les notions acquises et pénétrons-nous bien de la forme des moulures.
Dans le style romano-ogival, les moulures sont cylindriques, comme le montrent les fig. 72 et 73. Au stade suivant, et même déjà au stade romano-ogival, le tore cylindrique s’amincit ou s’aplatit, conformément aux modèles des fig. 74 et iio.
Pendant la période gothique rayonnante, et surtout pendant la période gothique flamboyante le galbe du tore aminci se transforme dans le sens qu’indique la fig. 199. La ligne
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
devient ondulée ou pour mieux dire prismatique. Elle est même fort élégante dans la fig. 201.
Chose curieuse, le profil de la moulure suivra en quelque sorte l’évolution de l’arc en ogive. Il redeviendra insensible-
FiG. 199. Nervures prismatiques (xv® siècle).
ment cylindrique et c’est cette forme qu’il affectera très souvent dans les édifices de la période gothique finissante (fig. 200).
La présence d’une forme prismatique nous permet de rattacher un monument à la période flamboyante. Il importe cependant d’user d’une certaine critique, surtout quand cette forme se rencontre dans les arêtes d’une voûte. On ne peut perdre de vue que la voûte est la partie qui a été construite en dernier lieu, et on sait avec quelle lenteur les monuments du moyen âge ont été achevés. On n’oubliera pas non plus que les voûtes peuvent avoir été refaites, et il n’est même pas rare de voir une voûte à nervures prismatiques recouvrir un édifice de style gothique primaire.
Ces notions étant établies, parlons de l’ordonnance générale de la voûte gothique flamboyante.
Les nervures, au nombre de trois, partent d’un point commun et s’épanouissent à la naissance de la voûte. L’une
Fig. 200. Nervure prismatique (xv^-xvie siècle) et nervure de la fin du style gothique évoluant de nouveau vers la forme cylindrique (xvi® et xvne siècles).
d’elles — celle du milieu — s’en va occuper la place de l’arcdoubleau ; les deux autres se dirigent vers les clefs de voûte des travées que cet arc-doubleau sépare.
Les nervures, à leur point de retombée, s’appuient sur les chapiteaux de trois colonnettes qui descendent le long des trumeaux jusqu’au chapiteau de la colonne principale.
Ce dispositif est visible sur la fig. 197 qui représente la vue intérieure de la grande nef de l’église de Sainte-Gudule. On y voit les trois colonnettes dont les socles prismatiques s’appuient sur le chapiteau de la colonne-maîtresse. Ces colonnettes sont engagées dans le mur et s’élèvent le long des trumeaux qui séparent les fenêtres hautes de la nef. Elles
Fig. 201. Voûte à nervures prismatiques des bas-côtés de l’église de N.-D. du Sablon. (Fin du xv® siècle.)
s’arrêtent un peu au-dessus du triforium et là chacune d’elles est couronnée d’un chapiteau. De ce point commun partent trois nervures. Celle du milieu s’en va former l’arc-doubleau, les deux autres s’en vont rejoindre la clef de voûte des travées situées de part et d’autre de l’arc-doubleau.
Dans le dernier stade du style gothique, les colonnettes sont très souvent privées de chapiteaux et, dans ce cas, les nervures fusionnent avec elles. C’est ce dispositif que nous rencontrons aux collatéraux de l’église de N.-D. des Victoires au Sablon (fig. 185).
Cette vue nous montre une succession de quatre travées. A droite s’élèvent les colonnes de la nef principale. A gauche les colonnettes en faisceau qui séparent le colla-
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
téral du bas-côté extrême.
Vers la nef centrale les nervures à formes prismatiques de la voûte s’appuient directement sur le chapiteau de la colonne cylindrique.
Elles sont au nombre de trois. L’une, celle du milieu, s’en va occuper la place de l’arc-doubleau, les deux autres se dirigent vers la clef de voûte des travées voisines. Du côté du bascôté extrême, au contraire, les nervures sont la continuation des nervures prismatiques de la colonne en faisceau. A la naissance des voûtes du collatéral et du bas-côté extrême, le faisceau s’épanouit en une courbe gracieuse. Trois branches se dirigent vers la voûte du collatéral et trois autres vers la voûte du bas-côté extrême.
On remarquera également la retombée des nervures de la voûte de la nef centrale dont deux fenêtres sont visibles ici. Dans le système de la voûte centrale de l’église de Sainte- Gudule, les nervures trouvent un soutien dans les chapiteaux des colonnettes qui longent les trumeaux des fenêtres (fig. 197), et il en est de même au colla-
Fig. 202. Nervures de voûte se confondant avec le dais.
Chœur de l'église de St-Pierre à Anderlecht (1470-1482).
LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE
téral gauche, où les colonnettes qui constituent la pile d’angle des chapelles latérales ont conservé partout leur chapiteau, sauf à la toute dernière travée attenante à la tour (fig. 196 et p. 178). A l’église de N.-D. au Sablon, au contraire, les nervures fusionnent avec les colonnettes mêmes ou plutôt elles glissent le long des trumeaux directement jusqu’au chapiteau principal (fig. 185).
Il arrive aussi que les nervures de la voûte du chœur s’arrêtent à la hauteur de la cimaise. Là, un socle historié ou feuillu leur sert de point d’appui, disposition heureuse qui produit un excellent effet décoratif. C’est le cas à l’église de Saint-Pierre à Anderlecht, où les nervures se perdent avec élégance dans un dais finement ouvragé (fig. 202).
B. De la voûte en réseau.
Dans la dernière période de développement du style ogival flamboyant apparaît la voûte en réseau qu’on appelle aussi voûte à compartiments prismatiques. Les nervures, au lieu de diviser la travée en une simple croix d’ogives avec, au centre, la clef de voûte, se ramifient et s’entre-coupent en tous sens, de manière à constituer une série de petits compartiments losangés, dont les points d’intersection sont ornés d’une clef sculptée.
Cette voûte est introduite à Bruxelles au
XVI® siècle. Mathieu Kel- ,,, , ;i.„,iTvi
dermansl applique, vers j 1 v,
'1 ^ n 203. Voûte en reseau de la cna-
1520, a la nouvelle cha- pelle du Saint- Sacrement, à l’église de
pelle de Saint-Guidon Sainte-Gudule (1534-1539).
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
à Anderlecht (fig. 204) et Pierre Van Wyenhove à la chapelle du Saint- Sacrement qu’il édifia, en 1534, à la gauche du chœur de l’église de Sainte-Gudule (fig. 203).