‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 92 sur 143 · C. La clef de voûte · texte numérisé non relu

C. La clef de voûte

Bien que la clef de voûte attire moins l’attention que les « flammes et les cœurs allongés » du remplage des fenêtres ou la forme surbaissée de l’arc en ogive, elle n’en constitue pas moins pour l’identification des styles un élément important dont il est temps de souligner ici l’exceptionnelle valeur.

On voudra bien se reporter un instant aux débuts de l’architecture du moyen âge et poursuivre celle-ci dans les grandes lignes de son évolution. La voûte d’arêtes de l’architecture romane du xi^-xii® siècle, toute primitive encore, ignore le système de la clef. Les arêtes des arcs s’entre-croisent en un point central, sans qu’aucune pierre vienne marquer leur point de jonction (fig. 33 et fig. 35). Dans la période de transition et dans la période gothique primaire, la voûte est plus savamment construite. Non seulement des arcs ogifs — nous disons couramment des nervures — couvrent les arêtes nues de la voûte, mais au point où ils se rencontrent est enchâssée une pierre cylindrique • — une clef — qui contribue à la consolidation de la construction. Cette clef est généralement ornée d’un feuillage et elle ne dépasse guère le plan des nervures (fig. ni). Dans la période gothique secondaire, elle acquiert plus d’importance, surtout au point de vue décoratif. Non seulement nous y trouvons des fleurs et des feuilles, mais des scènes historiées où l’on voit des personnages.

Dieu le Père, la Vierge avec l’Enfant

Fig. 205. Clef de voûte du porche du transept sud de l’église de Sainte- Gudule (vers 1480).

Fig. 204.Voûte en réseau de la chapelle de Saint-Guidon à l’église d’Anderlecht (vers 1520). Voir le plan fig. 168.

Jésus, le Christ bénissant [et tenant le globe terrestre, des anges, l’Agneau pascal, les symboles [des Evangélistes, et autres sujets du même genre. Enfin, dans la période ogivale tertiaire, la clef^de voûte atteint à la fois le maximum et le minimum de ]son épanouissement.

Fig. 206. Clef de voûte provenant de l’église N.-D. des Victoires au Sablon, conservée à la sacristie (xvi® siècle).

a) Dans la belle période du style flamboyant (xv® siècle), elle se distingue par la richesse de son décor. La voûte du porche du transept sud de l’église de Sainte-Gudule nous offre trois exemples intéressants de clef : un Saint-Michel pesant les âmes et terrassant le démon; une Sainte-Gudule absorbée dans la lecture de son missel, tandis que le diable essaie d’éteindre sa lanterne; une Vierge assise tenant l’Enfant Jésus (fig. 205).

Au début du xvi® siècle, quand le style ogival tertiaire entre dans la phase fleurie, la clef de voûte atteint son apogée.

L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

Une clef provenant d’une des voûtes de T église N.-D. des Victoires auSablon nous donne une idée de sa grande richesse. Dans un losange est figurée la scène du transport, d’Anvers à Bruxelles, de la statuette miraculeuse de la Vierge en 1348. Le vent souffle dans la voile que retiennent les cordages de l’esquif. Au centre, la Vierge avec l’Enfant Jésus; à sa gauche, Baet Soetkens qui enleva la statue à une église d’Anvers; à sa droite, le pilote. Le losange, auquel pendent trois arbalètes, en souvenir des

Fig. 207. Clef de voûte des dernières travées de l’église de N.-D. au Sablon (Première moitié du xvi® siècle).

arbalétriers qui fondèrent l’oratoire du Sablon, est entouré d’un rayonnement de trilobés flamboyants (fig. 206).

Au XV® siècle, on orna souvent les clefs de voûte des armoiries des donateurs, comme on peut le voir au transept et à la nef centrale de l’église de N.-D. au Sablon.

Dans les voûtes en réseau la clef a souvent la forme d’un pendentif. C’est là un ornement éminemment propre au style flamboyant de la dernière époque. Il imite le stalactite suspendu aux parois supérieures d’une grotte et s’attache aux points d’intersection des nervures qui se croisent en tous sens.

La clef pendante affecte l’allure d’un feuillage enchevêtré, d’un cul-de-lampe, d’un fleuron; souvent elle est d’un dessin

contourné, bizarre et indéfinissable. Cette exagération de la forme provoquera nécessairement une réaction.

Le pendentif ne remplit plus aucune fonction constructive ; c’est un pur ornement, rivé à une pierre circulaire qui est la vraie clef. Qu’on l’enlève ou qu'il tombe, et il ne reste plus que cette pierre. Aussi c’est

sous cet aspect rudimen- Clef de voûte de la cha- 2 VOÛte

Saint-Guidon, a 1 eglise , 1 ,1

d’Anderlecht. (Première moitié du apparaît dans le Style gOxvie siècle.) thique décadent.

Fig. 208.

pelle de

LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE

h) An xvi® siècle et surtout au xvii® siècle, quand on approche de la fin de l’architecture du moyen âge, la clef de voûte devient de plus en plus insignifiante. Un simple écusson sans armoiries est son unique parure, et même plus, elle n’est souvent figurée que par un simple rond. C’est ainsi que nous la trouvons dans les chapelles latérales et dans les collatéraux, dès la première moitié du xvi® siècle. Si les cinq premières travées de l’église de N.-D. au Sablon ont des clefs de voûte feuillues, les deux dernières travées ne connaissent délà plus que le simple écusson (fig. 207). A Anderlecht, dans la chapelle de Saint-Guidon, la clef de voûte est réduite à sa plus simple expression (fig. 208).

Page 1