‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 95 sur 143 · LA PORTE · texte numérisé non relu

LA PORTE

Nous avons à étudier ici non seulement la porte proprement dite, mais aussi le porche qui se place devant l’entrée et qui, dans la période gothique flamboyante, acquiert une splendeur exceptionnelle.

La Porte. Trois entrées donnent régulièrement accès à l’église. Ventrée principale, placée dans la façade du côté de l’occident, et les entrées latérales, percées dans les bras du transept. Les portes du xv® siècle sont de véritables portails. Elles présentent des embrasures très larges, s’évasant de l’intérieur vers l’extérieur et généralement divisées en deux parties par un trumeau central. Elles sont d’une richesse sculpturale extraordinaire. Dans le tympan, des statues placées sur des socles à personnages et abritées sous des dais finement ouvragés; au trumeau central, la Vierge avec l’Enfant ou des saints particulièrement vénérés dans l’église; dans les voussures, des dais, des socles et des statues; dans le tympan du gâble triangulaire, des personnages ou bien un épannelage trilobé, plein ou ajouré; enfin, aux rampants de ce même gâble, des feuilles de chou frisé et au sommet, un gros fleuron. Tel est l’aspect général des portes du xv® siècle, de la porte de l’entrée principale de l’église de la Chapelle, par exemple, ou de l’église du Sablon (fig. 186).

Souvent les églises de premier ordre comptent à la façade principale trois entrées, une entrée centrale et deux entrées latérales plus étroites. Les portes de l’église de Sainte-

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Gudule sont à cet égard des exemples remarquables. La vue générale de la façade (fig. 256) permet de se rendre compte de leur situation respective. La fig. 230 nous présente de plus près l’entrée centrale. Elle est construite entre les contreforts de la tour. La baie est divisée en deux parties par un trumeau central qu'on appelle le bâton royal et chacune de ces parties est recouverte d’un arc en anse de panier. Le bâton royal est orné des statues des trois Rois mages dont le culte, importe de Cologne, était particulièrement en honneur à Bruxelles. Dans le tympan, six statues d’apôtres avec socles et dais ; dans les angles, des anges adorateurs et au centre, les dais-pinacles, finement sculptés, qui abritent les trois Rois. Dans la partie supérieure, au-dessus des statues, des arcatures trilobées, dont l’arc n’est pas brisé mais hémisphérique. Les ogives qui recouvrent ce décor sont largement écartées, types de l’ogive, redevenue obtuse, du style gothique flamboyant de la seconde moitié du xv® siècle. Ces ogives retombent directement sur des socles à moulures prismatiques, divisés en deux parties par des moulures horizontales également prismatiques (fig. 226). La partie inférieure du socle est plutôt élevée, or nous savons que le socle élevé est une des caractéristiques du style ogival flarnboyant (p. 176).

Le gâble qui surmonte la porte, est triangulaire. Sa décoration est tout aussi riche que celle de la porte elle-même. Dans le tympan. Dieu le Père tenant le Christ en croix, placé sous un dais et accompagné de deux anges adorateurs. Les feuilles de chou frisé qui s’échelonnent tout le long des rampants, sont puissamment modelées, de même aussi le fleuron terminal.

Les trumeaux latéraux achèvent de donner à cette entrée un aspect vraiment monumental. Chaque trumeau est divisé en deux zones. La zone inférieure compte trois statues et celles-ci complètent la série des Apôtres placés dans le tympan même de la porte. La zone supérieure est décorée d’ arcatures et terminée par une frise à losanges quadrilobés et ajourés, surmontés d’une crête. L’entrée ainsi comprise ressemble à un vaste retable, dont la porte et le gâble constituent la partie centrale, les trumeaux les volets.

Cette superbe entrée, que nous datons du dernier quart du XV® siècle (vers 1490) trouve dans les portes latérales deux pendants dignes d’elle. Elles sont également construites entre les contreforts et d’après les mêmes principes. Seule l’ornementation diffère. La baie est recouverte d’un arc en anse de panier, le tympan est illustré de personnages : à

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à droite, la Vierge et saint Joseph; à gauche, sainte Anne et saint Joachim. Le gâble est ajouré et sur ses rampants sont accoudés des trilobés renversés, comme l’indique la fig. 227. Enfin, le tout se détache sur un fond ajouré dont la balustrade simule un fenestrage.

Il va sans dire que toutes les portes n’ont pas la même richesse. Il existe un type très simple qu’on retrouve dans le chœur, comme porte de sacristie, ou à l’extérieur comme porte latérale ou comme entrée d’une chapelle particulière. Nous désirons le faire connaître ici, car on le retrouve souvent à Bruxelles et dans les environs. La projection de Tare est en anse de panier et les socles sur lesquels retombent ses moulures sont souvent fort élevés. Cette porte appartient généralement au xvi® siècle et sa présence nous aide à dater un monument. La fig.

228 représente la porte d’une dépendance de l’église de Forest, et nous savons que la construction dont elle fait partie, fut élevée en 1550.

Enfin, au xvi® siècle, le goût' exagéré du décor amena l’architecte à garnir de festons ou redents l’intrados de la porte. Nous trouvons cette ornementation à la porte d’entrée principale de l’église du Sablon (fig. 186).

2° Le Porche. La plupart des grandes églises ogivales du moyen âge, celles du xv^ siècle surtout, sont précédées à l’occident ou au transept de superbes porches. Celui de l’église de Sainte - Gudule, placé au transept sud, est un modèle du genre. Comme

Fig. 226. Socle de la porte d’entrée de la façade principale de l’église de Ste-Gudule (vers 1490)-

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à l’entrée principale, on y voit trois entrées. Des] contreforts, garnis de niches et de pinacles, occupent les trumeaux. Ils sont réunis par une élégante balustrade surmontée d’une crête. Au centre, la statue de l’archange protecteur.

Fig. 227. Gâble de la porte latérale de la façade principale de l’église de Sainte-Gudule (vers 1490).

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Le porche est voûté et compte trois travées avec nervures prismatiques retombant sur des culots placés dans les angles et aboutissant à une clef de voûte historiée dont nous avons fait connaître déjà les motifs (p. 189 et fig. 205). Ce porche fut achevé, dit-on, en 1499. H l’était certainement avant, car nous le trouvons déjà sur la jolie miniature qui représente en prière Marguerite d’York, la veuve de Charles le Téméraire (fig. 97).

Fig. 228. Type de porte simple, xvi® siècle. (Église de Forest, 1550.)

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Ventrée du transept sud de T église du S ablon -peut être considérée également comme un véritable porche (fig. 232 et 232' ‘®). Elle se distingue par la finesse de ses profils et par sa décoration délicate, digne d’un retable. Les voussures sont profondes et richement décorées de dais et de socles. Le tympan triangulaire est découpé en fines arcatures avec quatre niches ornées de dais. Les rampants sont garnis de feuilles de chou frisé vigoureusement modelées. De part et d’autre s’élève un élégant contrefort, flanqué de légers clochetons ou pinacles, reliés au clocheton principal par un petit arcboutant. A la partie inférieure, trois niches avec dais et culs-de-lampe historiés. Enfin, une gracieuse balustrade, placée en arrière du tympan. Dans la façade du transept apparaît la superbe rose que nous avons signalée déjà (fig. 221).

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