‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 97 sur 143 · PIGNON OU GABLE, CROCHETS ET FLEURONS · texte numérisé non relu

PIGNON OU GABLE, CROCHETS ET FLEURONS

Les caractéristiques du gâble s’accusent davantage. Les crochets des rampants sont plus tourmentés et plus fouillés, le fleuron plus volumineux que dans la période précédente. Il suffit de comparer entre elles les fig. 89, 135,156, 241 et 242 pour avoir un aperçu complet de l’évolution du pignon dans les monuments bruxellois.

Au premier stade (fig. 89) les rampants sont nus et une croix termine le gâble; au deuxième stade (fig. 135) des feuilles en forme de crochets se montrent le long des rampants et un fleuron couronne, timidement encore, le faîte du pignon; au troisième stade (fig. 156) les feuilles-crochets prennent de l’extension et le fleuron devient plus gros; au

Fig. 241. Gâble du collatéral droit de l’église de N.-D. de la Chapelle. (Milieu du xv® siècle.)

LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE

Fig. 242. Gâble du collatéral sud de l’église de N.-D. des Victoires au Sablon. (Fin du xv® siècle.)

quatrième stade, crochets et fleurons deviennent plus importants encore et ils évoluent dans le sens d'une plus grande richesse, au furet à mesure que le style gothique flamboyant devient plus fleuri. Au premier stade de ce style (xv® siècle), les crochets et le fleuron, sont sensiblement plus puissants déjà qu’au stade rayonnant (xiv® siècle) ; mais au second et dernier âge de la période flamboyante (xvi® siècle), ils sont extrêmement tourmentés et fouillés, comme le démontre clairement lafig. 242 comparée à la fig. 241.

L’ornementation du tympan suit la même évolution. Au lieu d’y voir des trilobés ou des trèfles, comme à l’époque

L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

rayonnante (fig. 156), nous y voyons des divisions verticales trilobées qui rappellent la structure d’une fenêtre ou qui affectent la forme de fausses niches.

Le gâble de la fig. 24 1 est caractéristique à cet égard. Au centre s’élève jusqu’au faîte un enfoncement, terminé par un cintre et subdivisé en trois parties :

une fausse niche trilobée au milieu, en dessous une arcature, au-dessus un trilobé ou trèfle inscrit dans un cercle. A droite et à gauche de ce décor central, deux fausses niches trilobées à colonnettes retombant sur des socles.

Le tympan du gâble de l’église du Sablon est subdivisé dans toute sa hauteur par des arcatures ,(fig. 242). Les arcatures géminées du centre sont abritées sous une ogive; jointes à la rosace avec trèfle du tympan, elles donnent l’illusion d’une fenêtre simulée. Remarquons que les arêtes des arcatures retombent, non plus sur des socles, comme à la fig. 241, mais directement sur le glacis du pignon.

Le tympan du gâble de la

Fig. 244. Détail de l’ornementation du gâble de la façade principale de l’église de N.-D. au Sablon (type du xvie s.).

Fig. 243. Feuilles de chou frisé en forme de crochet, ornant les rampants des gâbles de l’église N.-D. au Sablon (xv^ siècle).

façade principale de cette même église est d’une grande richesse (fig. i86). Il s’élève en arrière de la balustrade flamboyante et est divisé en trois baies ajourées. La baie cen- '

Fig. 245. Crochets de rampant de gâble, de l’époque flamboyant® (fin du XV® et xvi® siècle), d’après Reusens, II, 36. Ces types se rencontrent au grand portail de N.-D. au Sablon.

traie occupe toute la hauteur. Elle se divise en deux parties. La partie supérieure est à plein cintre avec rosace ajourée flamboyante. La partie inférieure, au contraire, est surmontée d’un arc en accolade avec rampants ornés de feuilles de chou enroulées, couronné d’un puissant fleuron qui s’avance jusque dans la partie supérieure.

Nous en donnons un détail à la fig. 244.

La fig. 245 nous présente différents types de feuilles de FiG.246.Type chou frisé, échelonnées le long de fleuron des rampants des gâbles. Au ^ mesure que nous Sablon ) approchons de la fin de

l’architecture gothique, la feuille de chou devient plus tourmentée, plus déchiquetée. Les types de la fig. 245 sont tout à fait caractéristiques à cet égard.

On comprend qu’une sculpture aussi déli-

Fig. 247. Type de fleuron flamboyant de 1 ’église N.-D. au Sablon.

(Fin XV® siècle.)

L'ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

Fig. 248. Arcatures trilobées, aux écoinçons historiés, du chœur de l’église de N.-D. au Sablon. (Début du xv® siècle.)

cate devait difficilement résister à notre climat et de fait, les monuments de la période flamboyante sont, dans leur partie sculpturale, plus dégradés que les édifices de la période gothique primaire.

Tout comme le crochet, le fleuron a Timportance que nous avons signalée. Ses dimensions plus ou moins grandes, son modelé plus ou moins délicat, aident à dater un édifice.

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