ARCATURES ET ÉCOINÇONS
Les arcatures constituent un ornement propre au style gothique. Nous les avons rencontrées déjà à la période romane, mais à l’extérieur de l’édifice (fig. 52). A l’époque romano-ogivale et à l’époque gothique primaire, elles décorent les murs intérieurs, et se placent généralement en dessous
LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE
du glacis des fenêtres. Elles deviennent rapidement un ornement sur lequel l’artiste concentre toute son attention.
Jusqu’au début de la période ogivale flamboyante, l’arcature est réellement une construction. Elle sert de soubassement et est indépendante des fenêtres qui la surmontent. Elle se compose d’une série de compartiments verticaux trilobés.
Dans le style gothique primaire les retombées des arcs se font sur des colonnettes, mais déjà dans le style ogival secondaire ou rayonnant la colonnette disparaît et les arcatures reposent sur des modillons (fig. 157). D’autres fois, la colonnette est remplacée par une simple nervure moulurée.
Cette demièré disposition annonce l’approche d’un chan-
gement complet, tant dans la conception que dans la manière de construire l’arcature. Le jour où la colonnette n’existe plus, l’idée de construction disparaît rapidement et l’architecte est amené à ne voir dans la nervure séparative des différents compartiments qu’une continuation du meneau de la fenêtre. Il fait passer les meneaux à travers la tablette d’appui, les confond avec les montants de l’arcature et donne parfois à ceux-ci un moulurage identique.
Dans ce système, l’arcature a cessé d’être un soubassement indépendant et séparé de la fenêtre. Elle n’est plus que la partie inférieure de la fenêtre, une partie bouchée, si Ton veut, qui descend jusqu’au banc inférieur et s’arrête un peu au-dessus du dallage.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
Cependant l’arcature persiste entre les montants séparatifs. Elle continue à être trilobée pendant la première phase de développement du style ogival flamboyant (xv® siècle), mais dans la deuxième phase, elle s’abaisse et l’arc hémisphérique ou surbaissé se substitue à l'ogive (xvi® siècle). En même temps l’omementation des écoinçons se transforme, elle aussi.
On entend par écoinçons les parties triangulaires com-
Fig. 251. Arcatures des deux dernières travées de l’église de N.-D. du Sablon. (Premier quart du xvi® siècle.)
prises entre les extrados de deux arcs voisins se confondant par la base.
L’église de N.-D. des Victoires au Sablon nous permet de poursuivre l’évolution de l’arcature pendant la période gothique flamboyante. Dans le chœur et dans les cinq premières travées, ses lignes séparatives correspondent aux meneaux des fenêtres, mais on y retrouve toujours l’arc brisé dont l’intrados est orné d’un trilobé élégant à pointes ornées (fig 248).
Dans les écoinçons se trouvent des motifs finement ciselés. On y voit les sujets les plus variés. Voici la représentation d’une scène liturgique où des clercs officient (fig. 248), l’un chante dans un missel déposé sur un lutrin à forme d’aigle, tandis qu’un autre lance l’encensoir (compartiment à droite) ; un troisième tient une banderole où se lit une musique notée et chante en compagnie d’un autre clerc; un quatrième joue de l’orgue assisté du souffleur (compartiment à gauche).
Dans d’autres écoinçons du chœur, l’artiste a représenté la lutte du Bien et du Mal, les sept péchés capitaux, la vision d’Ezéchiel, le couronnement de la Vierge, l’Adoration des
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Fig. 252. Arcatures de la chapelle de Saint-Guidon, à l’église d’Anderlecht (vers 1525).
Rois Mages, les trois vifs et les trois morts ; dans les bas-côtés la légende de saint Christophe, la danse macabre, la légende de saint Georges, etc. ^ Au-dessus de la porte qui conduit à la sacristie, le Massacre des Innocents. On y voit le roi Hérode tenant le sceptre, placé sous une vigne (fig. 249). Deux bourreaux s’apprêtent à transpercer deux innocentes victimes; une mère désespérée implore leur pitié (fig. 250).
Dans les deux dernières travées de l'église — une ajoute de 1520 environ — l’aspect de l’arcature s’est profondément transformé. Nous n’avons plus devant nous qu’un pur décor, un simple placage (fig. 251). L’arc trilobé a disparu et est remplacé par un arc fortement surbaissé. Dans les écoinçons, des feuilles anguleuses, maigres et enchevêtrées, et dans
I. Voir la description de ces curieux emblèmes dans le Guide illustré de Bruxelles. Monuments civils et religieux, pp. 320, 325 et suivantes.
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l’intrados de l’arc, en guise de rappel de l’ancien trilobé, une sorte de diaprure dont les pointes sont munies d’un ornement qui fait songer au pendentif indéchiffrable de la voûte en réseau. La liaison directe entre la fenêtre et l’arcature a cessé d’exister. C’est la décadence qui s’annonce.
Les arcatures de la chapelle de Saint- Guidon à Anderlecht, de 1525 environ, appartiennent, elles aussi, à la dernière période du style ogival (fig. 252). On y constate le retour au plein cintre, et dans les écoinçons, non plus ces scènes délicieuses de la belle époque, mais un simple feuillage.
Non seulement il y a dans l’arcature un retour au plein cintre, mais la moulure du montant séparatif redevient hémisphérique. Qu’on se souvienne de la forme de la moulure à l’époque romane et ogivale primaire (xii® et xiii® siècle). Elle affectait la forme d’un tore ou boudin sur laquelle nous avons tant de fois insisté. Puis, à la fin du gothique primaire (vers 1300) et dans le gothique secondaire (xiv® siècle), ce tore s’amincissait vers le milieu et devenait elliptique. A la fin du rayonnant (vers 1400), il devenait prismatique et cette forme prismatique resta par excellence la forme du style gothique flamboyant pendant la première phase de son développement (xv® siècle). A partir de la fin du xv® siècle (vers 1500) et au xvi® siècle, cette forme fit place à la forme hémisphérique.
Cette théorie générale de l’évolution de la moulure s’applique à la moulure du montant séparatif de Tarcature, exactement comme elle s’applique au meneau de la fenêtre, avec lequel, comme nous l’avons dit, le montant de Tarcature se trouve généralement en corrélation directe.