TRIFORIUM
Le triforium, on le sait, est une galerie étroite, pratiquée dans l’épaisseur du mur sous les fenêtres hautes de la nef principale (pp. 84 et 126). Nos églises permettent d’en poursuivre l’intéressante évolution. Dans le style gothique primaire, la galerie est faite d’une série d’arcatures (fig. 138). Dans les styles rayonnant et flamboyant elle change complètement d’aspect. Ce n’est plus une succession de petites arcades mais une balustrade ou garde-corps ajouré, orné de trèfles, de quatre-feuilles, de « flammes » ou de « cœurs allongés ». Qu’on examine tout d’abord la fig. 253, qui est celle du triforium de l’église N.-D. de la Chapelle, de la première moitié du xv® siècle. La balustrade est placée devant la
LE STYLE GOTHIQUE TERTIAIRE
fenêtre haute de la nef centrale. Entre elle et la fenêtre il n'y a aucune relation. Les meneaux de la verrière passent derrière jle garde-corps. Celui-ci se compose d’une série d’arcs en accolade, mêlés à des arcs en plein cintre, serpentant en courbes gracieuses tout le long de la nef.
Fig. 253. Fenêtre supérieure et triforium de style flamboyant, de la grande nef de l’église N.-D. de la Chapelle (1434).
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
La fig. 254 nous fait connaître un type sensiblement différent. L’architecte a établi une relation entre le triforium et les fenêtres hautes, dont les meneaux se prolongent dans le triforium même. Au lieu de cacher une partie de la verrière, comme dans le type de la fig. 253, le triforium contribue désormais à la faire paraître plus élevée.
Le triforium de l’église du Sablon représente un type de transition. Il a l’allure à la fois d’une g^erie et d’une balustrade. Il se compose de deux parties : une partie supérieure trilobée, une partie inférieure sillonnée de flammes, qui rappelle la balustrade du triforium de l’église de N.-D. de la Chapelle.
Mais la relation avec la fenêtre haute de la nef est établie, en ce sens que les verticales du triforium correspondent aux meneaux.
Il y a plus. La fenêtre proprement dite est venue se placer dans le même plan que les arcatures du triforium. On voudra bien remarquer aussi que les nervures d’angle qui circonscrivent la fenêtre, entourent à la fois la fenêtre et le triforium. Ces nervures retombent sur des colonnettes qui sont placées au niveau de la partie-balustrade du triforium. (Suivre attentivement cette démonstration sur la fig. 254.)
Enfin, la fig. 255 nous fournit un troisième type
T i complètement évolué.
^ ^ -i- . J -KT J La fusion entre la fenêtre
Victoires au Sablon. tnfonum est
(Dernier quart du xv^ siècle.) définitive, mais dans
Fig. 255. Triforium de la~grande nef de l’église de Sainte-Gudule, avec coupe de la galerie. (Fin du xv® siècle.)
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
cette combinaison, le triforium apparaît comme un élément atrophié. Il n’est plus qu’un vague rappel de la superbe galerie, ajourée et ornée, de l’architecture ogivale.
i8. LA TOUR
A la fin du xv® et au commencement du xvi® siècle, on éleva à Bruxelles une série de tours remarquables qui témoignent d’une science accomplie et d’un sentiment profond de la ligne. Les tours jumelles de Sainte-Gudule, restées malheureusement inachevées, sont peut-être bien les plus belles de Belgique (fig. 256). On en jeta les bases vers 1400 et elles s'élevèrent lentement au cours du xv® siècle. En 1470, Jean Van Ruysbroeck fut chargé de les continuer sans doute avec mission de les couronner de deux flèches dignes d’elles. Malheureusement il mourut avant d’avoir pu exécuter son projet, et les travaux furent alors définitivement interrompus. On en était arrivé à la plateforme sur laquelle devait reposer la flèche. On construisit pourtant, vers 1490 croyons-nous, les superbes portails que nous avons fait connaître (p. 208).
Les tours de Sainte-Gudule appartiennent à la période flamboyante. Elles sont soutenues par de formidables contreforts qui vont en diminuant au fur et à mesure qu’ils s’élèvent, de sorte que leurs retraites successives ne détruisent pas seulement la monotonie de la ligne verticale, sans rien compromettre, mais conduisent graduellement l’œil du spectateur de la base au sommet.
Les tours du xv® et du xvi® siècle sont placées à l’occident, c’est-à-dire en tête du monument. Cependant elles ne sont pas construites en hors-d’œuvre, comme les premières tours romanes que nous avons appris à connaître (fig. 3 à 8) mais elles sont comprises dans l’édifice même (fig. 57 et 96). Elles se distinguent par leurs formes massives et leurs contreforts à grande saillie. Les tours jumelles sont propres aux édifices de premier ordre, telle l’église collégiale de Sainte-Gudule. La plupart du temps, il n’y a qu’une seule tour, comme à l’église de N.-D. de la Chapelle ou à l’église de Saint-Pierre à Anderlecht, mais quoique seule, elle n’en garde pas moins dés allures prestigieuses et son portail d’entrée est presque toujours admirablement travaillé (fig. 233).
Fig 256. Tours de l’église de Sainte-Gudule, de style gothique flamboyant (xv® siècle).
Fig. 257- La chapelle du Saint-Sacrement à l’église de Sainte-Gudule (1534-1539). Dessin d’après J. -B. Van Moer.