‹ Traité d'art et d'histoire militaires [microforme]Chapitre 78 sur 156 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Remarques.

Dans ce deuxième livre, nous allons voir toutes les opérations d’une campagne en suivant l’ordre dans lequel elles se présentent réellement.

Nous verrons d’abord les différents théâtres sur lesquels l’armée doit opérer et le rôle du terrain à la guerre. Puis nous rassemblerons l’armée prête à combattre.

Nous verrons ensuite l’armée pénétrer sur le théâtre d’opérations et accomplir une série de manœuvres stratégiques autour des positions de l’ennemi.

Puis nous amènerons enfin deux armées en présence, se dé-

| ployant, manœuvrant st se livrant bataille. Nous arriverons ainsi au dénouement de la campagne.

Cette marche que nous indiquons est calquée sur la réalité, elle permet d’exposer les principes dans le même ordre que présentent les faits.

C’est encore, comme nous l’avons dit précédemment, la marche à suivre dans l’étude historique d’une sampagne passée, ou dans la préparation d’une campagne future. Après avoir examiné les causes de guerre, les ressources et moyens des puissances belligérentes, l’organisation des armées qui vont entrer en campagne, il hut évidemment étudier le terrain qui va servir de théâtre aux opérations, puis les manœuvres stratégiques, et enfin terminer par l'examen des opérations tactiques.

Cette marche est toujours aussi en rapport avec l’objet de ce travail, qui a pour but principal de préparer à l’étude de l’histoire des principales campagnes, source de la véritable instruction.

Théatre de la guerre,

Le théâtre de la guerre embrasse l’ensemble des contrées sur lesquelles les deux puissances peuvent s'attaquer.

La politique de la guerre.—-L’art de repartir les armées sur ce théâtre, de déterminer le rôle de chacune d’elles, de les relier ensemble, s’appelle Za politique de la guerre et rentre dans les attributions du gouvernement.

Théatre d’opérations.—C’est une vaste surface géographique, bassin d’un grand fleuve ou versant maritime, surface limitée par de grands obstacles naturels ou par la frontière d’un pays neutre, et sur laquelle se passent toutes les opérations d’une campagne pour une armée.

La stratégie. —L’art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur le théâtre d’opérations, c’est-à-dire sur une vaste surface gégraphique, à porte de l’ennemi, mais hors de la vue, s’appelle stratégie. Elle appartient au général en chef.

Le champ de bataille, —On appelle champ de bataille une surface de terrain de quelques lieues carrées, comprenant les positions de deux armées en présence et sur le point d’en venir aux mains Chaque théâtre d’opérations présente un grand nombre de champs d: bataille. L'art d’y disposer et d’y faire mouvoir les troupes s’appelle grande tactique. Elle appartient à la fois au général en chel, et aux généraux de division et de brigade.

£n résumé nous trouvons trois théâtres sur lesquels les armées doivent opérer :

Le théâtre de la guerre.

Le théâtre d'opérations.

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Elle comprend ensuite la déclaration de guerre, la répartition des armées sur les diverses frontières, l’indication du rôle de chacune d’elles et du but qu’elle doit atteindre, enfin la manière de combiner et de relier leurs opérations. î di

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branche de l’art de la guerre, quand les pouvoirs nécessaires lui ont été délégués par son gouvernerient.

Introduction à la stratégie.

La stratégie est l’art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur le théâtre d’opérations.

Quand l’armée est en présence de l’armée ennemie, elle doit évidemment rester rassemblée pour combattre avec toutes ss; forces.

Mais quand elle n’est plus en présence, quand elle est par exemple à 15, 20 ou 30 lieues de l’enneai, elle s’étend alors pour vivre, pour marcher, pour occuper les points priricipaux du terrain.

C’est la stratégie qui préside à sa répartition sur le théâtre des opérations.

C’est elie qui règle les relations que l’on doit établir entre les différents éléments de l’armée, relations que l’on appelle rvlations stratégiques.

C’est elle qui indique les principes des combinaisons et des manœuvres à exécuter sur le théâtre d’opérations et que ln appelle combinaisons stratégiques et manœuvres stratégiques.

La stratégie opère sur de vastes surfaces géographiques. Elle prépare ses combinaisons d’après des curtes générales. Elle demande plusieurs jours pour leur exécution.

La tactique opère sur une surface de quelques lieues carrées. Elle prépare ses mouvements d’après des cartes particulières, où plutôt d’après des plans topographiques. Elles les accomplit en quelques heures.

Ainsi la stratégie amène, per de grands mouvements, les troupes sur les points décisifs du théâtre d’opérations.

La tactique les y engage.

La première est la science des généraux en chef.

La seconde est particuliérement l’art des généraux de division et de brigade.

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La stratégie et la tactique ont toutes deux pour but de disposer estroupes de meuière qu’ell:s se soutiennent mutuellement ; qu'elles couvrent leurs lignes de retraite ; qu’elles soient en plus grand nombre que celles de l’ennemi sur les poin's décisifs, soit du théâtre d’opérations soit du champ de bataille.

Elles reposent donc sur les mêmes principes.

La différence entre l’une et l’autre provient de la différeiice détendue des théâtres sur lesquels elles opèrent.

Cette différence d’étendue äunne lieu, par exemple, aux observations suivantes :

lo. Une position centrale est avantageuse en stratégie, parce qu’elle permet daccabler successivement les divers corps de l'ennemi: tandis qu’en tactique, l'ennemi, ouverte à plusieurs chemins, surtout à ceux qui tombent sur les flancs, est extrêmement dangereuse ;

20. En stratégie, une ligne d’opérations qui en sépare deux de l'adversaire, prépare les résultats les plus heureux ; tandis qu’en

une position entourée par

tactique, une colonne qui s’avance entre deux colonnes ennemies s'expose à être écrasée ;

30. Enfin en stratégie, quand on est maitre de la plaine, on l'est aussi de la montagne ; tandis qu’en tactique, le terrain dominant procure un avan‘age décisif.

Les deux premières observations t‘ennent à la différence d’étendue, d'espace, du rayon pour manœuvrer, dont on dispose dans ces deux cas ; la troisième tient à ia fertilité des plaines et à la sténlité des montagnes.

En résumé, la stratégie consiste à savoir répartir convenablement

h ses troupes sur le théâtre l’opérations, quand il ne s’agit que de

marcher à l’aise, de vivre facilement, d’occuper les principaux points de l’échiquier ; puis elle consiste à les concentrer rapidement et à propos, quand il s’agit de combattre.

La tactique consiste à savoir disposer habilement ses troupes sur le champ de bataille, et à les y envoyer de manière à porter des

D coups décisifs.

Ce sont là les deux traits les plus saillants du génie militaire.

Du théatre d'opérations.

Le théâtre d'opérations est une partie du théâtre de la guerre, Il appartient à une armée distincte et indépendante, ou plutôt à deux armées : l’armée offensive et l’armée défensive.

Pour la première, le théâtre d’opérations est le pays qu’elle veut envahir.

Pour la seconde, c’est le pays qu’elle veut couvrir.

Le théâtre d'opérations d’une armée s’appelle aussi son échiquier. “ L’échiquier est bien embrouillé, dit Napoléon au maréchal “ Mormont, quelques jours après Leipzig. Il n’y a que moi qu ‘ puisse s’y reconnaître.”

Un théâtre d’opérations est généralement limité de deux côtés opposés, au nord et au sud, par exemple, par de grands accidents naturels, ou par la frontière d’un pays neutre.

Du troisième côté, le théâtre d’opérations sera limité par la base d’opérations de l’armée qui prend l’offensive.

Et du quatrième, par la dernière ligne de défense de l’armée défensive.

Voilà les limites ordinaires d’un théâtre d’orérations. Pénétrons dans son intérieur.

Le théâtre d’opérations étant une vaste surface géographique, nous allons y trouver un grand norabre d’accidents naturels qu joueront un rôle dans les opérations.

Ces accidents seront de deux espèces :

lo. Ce seront des points importants qui formeront des points stratégiques ;

20. Ce seront des lignes importantes qui formeront des lignes stratégiques.

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Ils aident, ils assurent ou ils affirment les opérations des armées. Celles-ci les occuperont donc ou chercheront à s’en emparer, et les points stratégiques du théâtre d'opérations serviront d’appui ou de hut aux opérations.

Dans le premier cas, on les appelle, pivots d’opérations.

Dans le deuxième cas, o/jectifs.

Après les points stratégiques, nous trouvons sur l’échiquier les lignes stratégiques, qui sont formées par les chaînes de montagnes, les cours d’eau et les routes,

Les chaînes de montagnes et les cours d’eau forment les bases l'opérations et les lignes de défenses.

On appelle base d’opérations une surfice de terrain couverte par un accident naturel, et sur laquelle une armée rassemble tous les approvisionnements et toutes les ressources qui lui sont nécessaires pour l’accomplissement d’une série d’opérations.

Il y a, sur un théâtre d’opérations, une base principale qui sert de point de départ à l’armée offensive, et qui est ordinairement sur la frontière.

Puis il ya un certain nombre de bases secondaires qui servent de repos successifs, d’échelons, de points de séjour et d’appui, pour l'armée offensive se rendant de sa base à son objectif.

Dans le cas de la défen:-ive, ces bases secondaires deviennent des lignes de défenses, et couvrent successivement les mouvements de retraite de l’armée défensive.

Les routes que l’on trouve ensuite en grand nombre sur le théâtre d'opérations, serviront de lignes d’opérations ou de lignes de commumication.

On appelle lignes d’opérations un faisceau de débouchés, conduisant une armée de sa base à son objectif.

Ces lignes sont généralement perpendiculaires à la frontière.

Les lignes de communications lui sont, au contraire, parallèles et font communiquer entre elle plusieurs lignes d’opérations ou les diverses parties d’une même ligne.

Nous croyons en avoir suffisamment dit pour faire comprendre

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