Enfin, pendant la paix pour les chargements de garnison
Les marches de route se divisent en trois classes, suivant la manière de les exécuter :
Marches ordinaires ;
Marches accélérées ;
Marches en poste.
Nous allons examiner successivement les détails de chacune de ces marches.
Des marches de route ordinaires. —Les marches ordinaires s’exécutent d’après les règles tracées par le service intérieur.
Un régiment qui doit exécuter une marche de cette espèce reçoit un ordre du mouvement et une feuille de route.
La feuille de route indique Pitinéraire.
Les mesures nécessaires sont prises pour rassembler les vivres et préparer les logements.
Le chef de corps détermine alors l’heure du départ.
Quelques heures à l’avance, un officier se met en route et va faire l’assiette du logement dans chaque étape. C’est ordinairement le quartier-maître.
Il s’assure aussi qu’on a préparé les denrées nécessaires à la con. sommation du régiment.
Un officier reconnaît les denrées et le lieu de distribution.
L’adjudant s’assure que le logement est conforme aux règles établies.
La troupe marche généralement de la manière suivante :
Toutes les heures on s’arrête dix minutes, pour laisser aux hommes le temps de se reposer. Et au milieu de la journée, on fait une grande halte d’une heure.
On peut partir de grand matin, surtout en été ; mais il ne faut
pas prendre sur le sommeil de l’homme. Celui de minuit à trois heures est le meilleur.
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Autant que possible on doit éviter les marches de nuit.
La longueur des marches ordinaires esten moyenne de 20 milles. Elle ne doit pas dépasser 30. Au-dessus de cette limite, les marches deviennent des marches forcées.
Les hommes n’ont pas le temps de préparer leur nourriture. Leur santé se ruine en même temps que leur équipement.
Quant aux choix des routes pour faire voyager les troupes, on choisit, autant que possible, de bonnes routes, traversant des contrées assez fertiles pour fournir des vivres aux hommes et aux chevaux. Ordinairement on donne les meilleurs routes à la cavalerie et à l’artillerie.
Le matériel et les bagages passent après les troupes, de manière que celles-ci n’aient pas à souffrir des dégradations qu’ils peuvent occasionner.
Pour éviter l’encombrement, on fait ordinairement marcher les corps par échelons. Quand il y a plusieurs routes, on place sur chacune d’elles les échelons d’un même corps, de manière que celui-ci ne soit pas trop disséminé et qu’il se concentre plus facilement à l’arrivée.
Les échelons peuvent être d’un régiment, d’une brigade et quelquefois même d’une division.
Des marches accélérées.—Les marches accélérées font parcourir des distances plus considérables que les distances d’étapes ordinaires. On les emploie surtout pour une concentration rapide destinée à surprendre l’ennemi.
On applique encore leurs principes aux marches stratégiques, quand il s’agit de poursuivre l’ennemi ou de lui échapper.
Afin de faciliter l'exécution de ces marches, on multiplie ordinairement les colonnes, en restant cependant dans certaines limites.
On suit une progression pour les distances parcourues, afin de ne pas arriver immédiatement à leur vitesse ordinaire, qui est généralement de quinze lieues par jour.
L’artillerie et la cavalerie suivent les routes les meilleures.
On utilise surtout pour le matériel les voies de communication par eau, si cela est possible.
On allège les troupes en leur enlevant tout ce qui ne leur est pas indispensable.
On règle les haltes de manière à tirer des forces de l’homme tout le parti possible et sans tenir compte du jour ni de la nuit. Onne fait de séjours que s’ils deviennent indispensables.
La durée de ces marches ne saurait excéder huit jours.
Pour ces marches, le soldat ne doit jamais porter avec lui plus que deux jours de vivres.
Les rations sont ordinairement plus fortes que d’habitude. On donne un surplément de vivres et particulièrement de viande.
L’infanterie est plus propre que les autres armes à ces sortes de marches. On a vu, dans la campagne de 1805, les troupes françaises suivre et fatiguer la cavalerie autrichienne.
La cavalerie et l’artillerie transportent une partie de leurs fourrages.
Des marches en poste.—Il y a deux manières de faire voyager les troupes en poste.
La première méthode consiste à les faire voyager en voiture pendant toute la marche. On fait alors de 20 à 25 lieues par jour. Cette méthode fait éprouver aux troupes de grandes fatigues et détériore beaucoup l’habillement.
La deuxième méthode consiste à faire parcourir aux troupes deux étapes par jour, l’une à pied, l’autre en voiture. Elle est plus lente que la première, mais elle fatigue beaucoup moins les troupes. Elle a été employée plusieurs fois par Napoléon.
On emmène un certain nombre de voitures vides, pour remplacer celles qui viendraient à se briser.
Transport des troupes par chemin de fer.—Le transport des troupes par chemin de fer a pris aujourd’hui une grande extension. Il est probable que les marches accélérées et les marches en poste seront remplacées désormais par les transports en chemin de fer partout où cela sera possible.
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Les hommes arriveront beaucoup plus rapidement ; de plus leur santé n’en souffrira pas et leur équipement ne sera pas détérioré.
Dans l’offensive, on pourra organiser les divisions loin de la frontière, et les y concentrer rapidement. L’attaque prendra ainsi une rapidité foudroyante.
Dans la défensive, les chemins de fer iront chercher des troupes jusqu'aux ext:émités du territoire, les amèneront à lu capitale, et de là les verseront sur les points menacés, en les faisant suivre de grands approvisionnements. De plus on pourra tirer des arsenaux une masse de moyens matériels qui, sur une position et dans une bataille, pourront décider du succès.
Nous venons de voir les différents théâtres sur lesquels les arinées sont appelées à opérer et les différentes parties de l’art de la guerre.
Nous avons ensuite examiné le rôle que jouent dans les opérations le terrain et ses divers accidents.
Nous avons enfin examiné les marches de route et les moyens employés pour concentrer une armée sur sa base.
Lorsque la guerre éclate entre deux puissances, ces puissances étudient d’abord leurs frontières, reconnaissent les divers fronts par lesquels elles peuvent se mettre en contact, et par suite déterminent les divers théâtres sur lesquels auront lieu les opérations, Puis chaque puissance rassemble une armée sur chacun de ces théâtres ; elle lui assigne son rôle général, offensif ou défensif, suivant les circonstances.
C’est ainsi qu’eu 1805, lorsque la guerre éclate entre la France et l’Autriche, nous voyons deux théâtres pr'ncipaux ; le bassin du Danube et le bassin du Pô ; et l'Empereur rassemble par suite deux armées ; l’une, la grande armée, qui se concentre sur le Rhin et qui va prendre l’offensive, sous ses ordres directs ; l’autre l'armée d’Italie, qui se concentre sur l’Adige et qu‘ va garder la défensive, sous les ordres de Masséna.
Voilà le point où nous sommes parvenu dans l'étude d’une campagne.
Nous allons commencer maintenant l’examen des manœuvres qui ont lieu sur le théâtre d'opération, c’est-à-dire la stratégie.
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De la stratégie, son importance, ses difficultés,
Nous avons vu comment les armées se rassemblaient sur les frontières, au moyen de marches de route et de chemin de fer,
Les concentrations sont rarement simultanées.
Une déclaration de guerre est ordinairement précédée de négociations diplomatiques, et les préparatifs de guerre marchent de front avec les négociations.
On arme et on négotie simultanément, on active ou l’on ralentit les préparatifs, suivant le plus ou moins d’imminence des hostilités, mais toujours de manière à ne pas être surpris par les événements.
Au dernier moment on s’efforce soi-même de surprendre l’ennemi par une concentration rapide et inattendue.
A cet effet, tous les éléments de l’armée doivent être réunis et préparés dans les places de la base ou à portée, mais autant que possible à l’insu de l’adversaire.
Puis tout-a-coup ces éléments épars se rassemblent comme par enchantement et fondent sur le territoire ennemi,
C’est alors qu’apparaît la stratégie.
Dans le cas de l’offensive, le théâtre d’opérations est l’ensemble du terrain que l’armée cherche à envahir.
Dans le cas de la défensive, c’est l’ensemble du terrain que l’armée cherche à couvrir.
La stratégie, qui préside aux mouvements des troupes sur le théâtre d’opérations, est la partie la plus importante et la plus difficile de l’art de la guerre.
Ses principes ont existé de tout temps, mais ils ont été posés récemment et ils datent des dernières campagnes.
On peut dire qu’Alexandre, Annibal et César les avaient devinés; que Gustave-Adolphe, le prince Eugène, Turenne et Frédéric, en avaient fait de belles applications ; mais ce n’est qu’en 1796 que
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les opérations de Bonaparte, en Italie, et celles de l’archiduc Charles, en Allemagne, dévoilèrent tout à coup les grandes vérités de l’art et servirent à en poser les règles.
Aujourd’hui, dit l’archiduc Charles, c’est par elle qu’un chef qui dirige une campagne embrasse, par la pensée, le théâtre des opérations, traverse les lignes de son adversaire, découvre les côtés faibles de sa base ou de ses points d’appui, lui enlève ses communications et ses ressources, enchaîne ses volontés et anéantit souvent jusqu’à ses derniers moyens dans une seule bataille qu’il sait amener d’après les règles de la stratégie et livrer selon les règles de la tactique.
Il arrive parfois que, pour une même opération, les considérations stratégiques ne sont pas d’accord avec les considérations tactiques.
Ce sont alors les premières qui l’emportent, auxquelles l’on donne le pas et qui décident la combinaison, à cause de leur importance d’abord, et aussi parce que les considérations stratégiques dépendant de la configuration de l’échiquier sont absolues et ne peuvent être modifiées ; mais il n’en est pas de même des considérations tactiques.
Une bataille gagnée ne produit de grands résultats que quand ceux-ci sont préparés par les combinaisons primitives du plan général d’opérations.
La stratégie est donc la partie la plus importante de la guerre. Mais elle en est en même temps la plus difficile.
En tactique, les combinaisons s’établissent sur des données à peu près certaines et à la vue des positions de l’ennemi.
En stratégie, les combinaisons s’établissent loin de l’ennemi et au milieu d’une incertitude complète.
On est entouré d’obscurité.
On marche comme au milieu d’un brouillard.
On n’a que des données incertaines souvent contradictoires. On connait à peine les positions et les forces de l’ennemi.
Il faut donc savoir tout deviner. Il faut embrasser l’ensemble du théâtre d’opérations, planer pour ainsi dire au-dessus et savoir percer le nuage qui le couvre.
De plus, il faut encore tout prévoir, car les événements se succedent avec rapidité, le temps presse, et il y a une foule d’accidents imprévus.
Voilà ce qui rend la stratégie si difficile.
Je ne crains l’ennemi que quand je ne le vois pas, disait le maréchal Ney.
A la lecture cependant, les opérations stratégiques paraissent simples et faciles ; mais c’est parce que nous jugeons après coup; parce que nous connaissons toutes les données du problème ; parce que nous voyons dans les deux jeux.
Les combinaisons stratégiques reposent sur deux espèces de données :
10. Les données positives sont la connaissance de l’emplacement des différents corps ; celle de la force et de l’organisation de chacun d’eux ; celle de leurs points d’appui et de leurs lignes stratégiques ; celle de leurs approvisionnements et de leurs moyens matériels, etc.
On arrive à cunnaître, d’une manière plus ou moins certaine, plus ou moins comp'ète, ces diverses circonstances, par les reconnaïssances, les prisonniers, :es déserteurs, les espions, les cartes, etc.
Et ces données servent de première base au calcul de temps, de vitesse et de distance, d’après lequel on établit une combinaison stratégique.
20. Ensuite viennent les données hypothétiques, comme l’appréciation des manœuvres probables de l’ennemi, comme celle de la situation morale des deux armées, comme celle enfin du caractère de leurs généraux.
Comme par exemple en 1815, Napoléon apprécie la différence qui existe entre le maréchal Blücher et Wellington, entre l’impétuosité du premier, et la lenteur réfléchie du second.
Les combinaisons stratégiques s’établissent ainsi d’après des considérations positives et d’après des considérations morales qui sont les unes et les autres fort difficiles à bien connaître et à bien apprécier.
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