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Comme nous l’avons déjà dit, une armée maîtresse de ces points, se transporte à son gré, d’une rive à l’autre du cours d’eau ; elle peut changer de zône suivant les circonstances.
Lorsque les points de passage, au lieu d’être seulement à cheval sur une rivière, se trouvent au confluent de deux cours d’eau, son influence augmente, parce que l’armée qui le possède, peut opérer à son gré sur trois zônes différentes.
30. Les points stratégiques de la 3e classe sont formés par les cols dans les montagnes, dont la possession présente des avantages analogues à ceux que présente la possession des ponts sur les cours d’eau.
to. La 4e classe de points stratégiques est formée par les nœuds de communication, c’est-à-dire par les points de rencontre de plusieurs routes ou chemins.
50, Viennent les positions militaires.
Ce sont des espaces de terrain préparés par la nature, de telle manière que les armées qui s’y établissent y trouvent des avantages pour se défendre.
On les rencontre en grand nombre sur les théâtres d’opérations.
6o. Enfin viennent les places fortes qui forment des points stratégiques très importants.
Elles mettent un petit nombre de troupes en état de résister à un nombre beaucoup plus considérable, et en même temps elles servent à couvrir les magasins, les hôpitaux, les dépôts d’une armée,
De plus, elles joignent ordinairement à ces propriétés spéciales d'autres avantages stratégiques, tels que de couvrir des ponts sur les cours d’eau, des nœuds de routes importants, une population riche et nombreuse, etc.
Il y a aussi lieu de considérer les points stratégiques sous le rapport des manœuvres et du rôle qu’ils peuvent jouer par suite de la position des armées.
Considérés de cette manière, ils prennent le nom de points stratégiques de manœuvres, et ils ont alors une importance momentanée due à la position des différents corps belligérants.
Telles sont les diverses espèces de points stratégiques.
Nous examinerons maintenant leur rôle dans les opérations. Ce rôle est double.
Les points stratégiques peuvent servir aux opérations d’appui ou de but.
Dans le premier cas, on les appelle points d’appui, pivots d’opé. rations.
Ils servent à couvrir les hôpitaux, les magasins, les approvisionnements de toute espèce des troupes qui s’appuien sur eux.
Ils assurent leur ligne de retraite et ils facilitent leurs mouvements sur le théâtre d’opérations.
Enfin, en cas d’échec, ils présentent des refuges où une armée battue peut arrêter l’ennemi, lui résister et s’y refaire.
Telle est la première partie du rôle des points stratégiques. Et une armée ne saurait se passer d’eux.
Elle ne saurait manœuvrer sans danger dans un pays où elle n’aurait aucun appui.
Les points stratégiques peuvent ensuite servir de but aux opérations. C’est la deuxième partie de leur rôle ; on les appelle alors des objectifs, et le même point qui sert d'appui à une armée défensive sert généralement d’objectif à l’armée offensive.
Il y à deux espèces d’objectifs : les objectifs géographiques et les objectifs de manœuvres.
L'objectif gécgraphique est un point matériel du terrain que l’on veut atteindre après tine série d’opérations.
Tel était Paris en 1814.
L'objectif de manœuvres est un résultat que l’on veut obtenir et qui s’applique particulièrement aux troupes opposées. Cest, par exemple, de frapper sur leur centre pour les séparer en deux parties ; c’est encore de tourner une de leurs ailes pour s’emparer de leurs communications.
Il y a toujours bien un point matériel du terrain que l’on cherche à atteindre, mais ce point n’est pas fixé d’une manière absolue, il peut se déplacer suivant les manœuvres. (C’est ainsi qu’en 1813, l’objectif des alliés était le quartier général de Napoléon, qui se déplaça en se transportant de Dresde à Leipzig.
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Quoi qu’il en soit, les objectifs géographiques ou de manœuvres se divisent en trois classes suivant leur importance :
lo. Il y a d’abord des objectifs secondaires dont l’occupation donne des résultats d’une certaine importance, mais cependant secondaires.
Ainsi, s’ils sont géographiques, ils permettront à une armée d'étendre son action sur une surface de quarante à cinquante lieues carrées et sur la longueur d’une ligne de défense.
Si ce sont des objectifs de manœuvres, i:. amèneront la défaite d'une portion de l’armée ennemie, d’une division détachée par exemple ;
20. Ensuite viennent des objectifs plus importants que l’on appelle décisifs.
Ils décident d’une période de la campagne :
S'ils sont géographiques, ils permettent de dominer une province.
S'ils sont éventuels, ils amènent la défaite d’une des armées de l'ennemi, du 4 ou du } de ses forces ;
30. Enfin viennent les objectifs définitifs dont l'occupation amène la fin de la guerre.
Tel était Paris en 1814.
Tel était Austerlitz en 1805.
Tel était Richmond dans la guerre américaine.
Des lignes stratégiques, leur classification.
Nous avons fait, dans le dernier chapitre, l’étude des points stratégiques. Nous allons la faire suivre de celle des lignes stratégiques.
On appelle lignes stratégiques, les lignes naturelles, fleuves et
chaînes de montagnes formant des obstacles continus et pouvant
couvrir des armées ; ou bien encore les routes et autres voies de communication joignant les points stratégiques entre eux,
Le général Jomini appelle les premières: lignes és et les secondes : lignes de manœuvres.
Les lignes territoriales forment les bases d’opérations, les lignes de défense, et elles indiquent généralement les fronts d'opérations.
Les lignes de manœuvres forment es lignes d’opérations et les lignes de communication.
Des bases d’opérations.—On appelle base d’opérations une zône de terrain couverte par un obstacle naturel, servant d’appui à une opération de guerre, et sur laquelle on réunit toutes les ressources nécessaires à une armée.
Dans l’antiquité, et particulièrement pendant la période romaine, les armées portaient presque tout avec elles, leurs armes et leurs approvisionnements ; aussi faisaient-elles, à cette époque, de longues expéditions sans s’inquiéter d’une base, du moins autant qu'on le fait aujourd’hui.
Les armées modernes ne portent avec elles de munitions que pour une seule bataille. Elles ne peuvent transporter des vivres que pour huit ou quinze jours au plus.
Elles ne peuvent exister, par suite, sans magasins et sans dépôts, et elles ne peuvent s’éloigner de ceux-ci que de sept ou huit jours de marche.
Une armée qui entre en campagne doit donc tout d’abord se constituer une base.
Voici comment celle-ci s’organise :
On réunit sur la frontière où l’on doit opérer, des magasins de vivres, d'effets et de munitions.
On y crée des manutentions avec un nombre de jours proportionné à l'effectif des troupes.
On y établit des hôpitaux disposés st sur plusieurs lignes.
On y installe des ateliers de confection et de réparation.
On y appelle les dépôts des régiments de l’armée avec leurs recrues, leurs ouvriers, leurs malingres, leurs bagages, etc.
L’ensemble de ces divers établissements, occupant un certain espace de terrain, couvert du côté de l’ennemi par une ligne de
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Base à laquelle cette armée doit toujours être liée, de manière à pouvoir en tirer ses approvisionnements et à pouvoir s’y retirer en cas d'échec.
La base d’opérations d’une armée doit remplir les conditions suivantes :
10. Elle se trouvera en arrière d’un obstacle naturel qui la mettra hors d’insulte. Ce sera un fleuve, une rivière, une chaîne de montagnes, etc. ;
20. Les extrémités de la base s’appuieront à d’autres grands obstisles, dont les prolongements serviront de limites au théâtre d’opération. Ces obstacles seront: la mer, une chaîne de hautes montagnes; ce sera encore la frontière d’un pays neutre disposé à faire respecter sa reutralité ;
30. Une base doit présenter un certain nombre de places ou de points fortifiés, capables de contenir les divers établissements dont il a déjà été parlé: magasins, dépôts, hôpitaux, etc. ;
40. Elle doit présenter une certaine profondeur qui permette d'en organiser la défense, d’y réunir des ressources, d’y établir les troupes en cantonnements ;
5o. Elle doit offrir des routes commodes pour les mouvements de l’armée : soit pour les communications sur la base elle-même, soit pour la concentration des troupes, soit enfin pour les approvisionncments de toute espèce. Et, pour ces approvisionnements, indépendamment des routes, il faudra un chemin de fer, un canal où une rivière navigable ;
60. Une base d’opérations doit présenter plusieurs débouchés avantageux pour pénétrer sur le territoire ennemi. Telles sont les principales conditions que doit remplir une base d’opérations.
L’étendue d’une base d’opération est variable.
Quelquefois elle peut se réduire à un seul point. Point stratégique, comme nous l’avons vu précédemment, qui devient un point d'opérations.
Une base très-étendue exige beaucoup de troupes pour sa défense et affaiblit d’autant l’armée active.
De plus, quand celle-ci se retire sur sa basé, à la suite d’une 16 *
campagne malheureuse, elle peut n’être plus assez forte pour défendre une ligne trop longue.
Il faut que l’étendue d’une base d’opérations soit en rapport avec la force de l’armée qui s’y appuie.
Trop courte, elle est difficile à couvrir et l’armée peut en être coupée.
Trop longue, elle est difficile à défendre. Une base doit être intimement liée au théâtre sur lequel l’armée opère.
Ordinairement la base s’étend sur la partie de frontière qui sert de limite au théâtre.
Mais si la frontière est seulement une ligne politique, il faut alors porter la base en avant jusqu’au premier obstacle naturel que l’un rencontre.
De la direction d’une base d’opérations.—Une base d’opérations peut avoir trois directions principales.
Elle peut être :
Parallèle aux lignes de défense de l’ennemi ;
Oblique à ces mêmes lignes ;
Ou enfin, former une ligne brisée et être, à la fois, parallèle et oblique.
Dans le premier cas, on se heurte de front à des lignes de défense successives. Les deux armées sont dans des positions semblables. L’une d’elles, en tournant l’autre, court le risque d’être tournée.
Enfin, vient le troisième cas, celui où la base d’opérations, formant une ligne brisée, est à la fois parallèle et oblique aux lignes de défense de l’ennemi.
Cette disposition permet de rassembler secrètement toutes ses forces à l’extrémité de la base la plus rapprochée de l’ennemi, tout en présentant des têtes de colonnes sur le côté parallèle.
On distingue sur un théâtre d’opérations plusieurs espèces de bases, savoir :