H PRÉFACE
ralt-azimut qui, sous des dimensions réduites, et avec le nom de théodolite, devient l'instrument du géographe. Décrivant plutôt ce qui se fait dans les observatoires que ce qui se fait sur le terrain, les livres ne traitent alors que d'une manière beaucoup trop superficielle des procédés à employer avec le théodolite pour la détermination des positions géographiques, de mdme qu'ils mentionnent à peine l'immense parti que, dans les observatoires, on pourrait tirer de l'emploi des observations azimutales. L'oubli que je cite va jusqu'au point que la solution des problèmes relatifs à l'emploi des hauteurs est donnée avec dos formules se rapportant à des arcs non répétés, tandis qu'avec le théodolite même non répétiteur, on n'obtient jamais que des sommes d'au moins deux distances zénithales. Les mille difficultés qui attendent l'observateur sur le terrain, les défauts de stabilité des instruments, les accidents qu'éprouvent les chronomètres dans les transports, les cas où des nuages interrompent les séries et obligent à varier les méthodes pour profiter des éclaircies et ne pas perdre des résultats déjà obtenus, les moyens d'obtenir de la célérité sans rien sacrifier de la précision, etc., etc., toutes ces choses ne sont guère mentionnées par la majorité de ceux qui rédigent des instructions dans un observatoire, où ce qu'on ne fait pas aujourd'hui, on le fera demain. Dans un pays peuplé et plein de ressources comme la France, on est toujours à proximité des lieux habités; on peut faire maçonner des piliers , placer des mires ou des collimateurs, et enfin attendre les moments favorables à l'application de telle ou telle méthode. Mais il y a loin de ces conditions à celles qu'on rencontre dans des lieux presque déserts, où les nécessités du voyage ne permettent pas au géographe de disposer du temps.
On voit donc que la pratique sur le terrain dans les conditions des voyages d'exploration, est une seconde branche de
niÉFAGE. JII
rastronomie appliquée, branche peu connue, qu'il importe de présenter en parallèle avec l'astronomie d'observatoire. Comme la théorie des instruments, elle demandait un ouvrage où elle fût exposée avec détails, et ce que je viens de dire de Tastronomie s'applique également à la géodésie mise en pratique dans les explorations lointaines.
Le présent ouvrage a pour but d'essayer de combler les lacunes que je viens de signaler. Il est le fruit d'une longue expérience acquise sur le terrain, après avoir pratiqué à l'observatoire de Paris. C'est, en somme, un Traité complet d'astronomie d'observation, écrit surtout à l'usage des géographes, mais aussi destiné aux marins qui veulent se perfectionner dans l'étude des opérations à effectuer pour lever les cartes géographiques. Les astronomes y trouveront également des questions nouvelles en assez grand nombre. Les exhortations de plusieurs d'entre eux m'ont engagé à ne pas négliger de traiter aussi l'astronomie d'observatoire, et je leur soumets le fruit de mes recherches.
C'est au gouvernement du Brésil que je dois d'avoir pu effectuer cette publication à laquelle il a généreusement souscrit pour mille exemplaires. Ami du progrès, protecteur de la science, Sa Majesté l'Empereur Dom Pedro II a vu une lacune dans l'enseignement de l'astronomie appliquée, et il a daigné me chai^r de la combler. Quoique le présent ouvrage soit bien loin de répondre à un si haut encouragement, j'espère que le monde savant, ne considérant dans ce fait que le noble désir de l'illustre souverain du Brésil de voir la science progresser et se répandre, saura mettre de côté ma personnalité. 11 af^réciera alors l'état d'avancement des idées de progrès dans un pays si dignement représenté par son Empe^ reur. Cet avancement, j'ai pu le constater dans l'accueil que partout j'ai rencontré dans mes voyages, dans l'empressement mis à me faciliter mes recherches et mes explorations^
PBÉFACZ.
ianl de la pari des ministères et de radmioistralion que de celle des particuliers. Comment, au reste , se pourrait*il qu'un pays ne fût pas avancé quand il a à sa tète une des plus grandes intelligences de notre siècle, un souverain d'un savoir aussi prodigieux par sa simplicité apparente que par son immensité réelle (1)?
Au reste, ce n*est pas seulement, eo sooscrivant à ma publication que le gouvernement impérial du Brésil m'a permis de faire le présent ouvrage, c'est aussi et surtout en me procurant les moyens de parcourir son vaste territoire , et d'y mettre en pratique sur le terrain , dans les conditions réelles où se trouve le géographe explorateur, les méthodes qui font l'objet du présent livre. J'ai déjà publié avec un texte £0U8 le titre ^Hydrographie du Rio du San-Francisco les cartes de cet immense fleuve. Le présent volume, dans lequel sont décrites les méthodes employées , fait le com* plément nécessaire de cet ouvrage, quoiqu'il en soit indépendant. Le gouvernement brésilien m'a aussi fourni l'occasion de faire de la géographie nautique, en me char-
(i) J*ai eu bien souvent Toccasion de parler à des savants célèbres ; il n*y en a guère qui m'aient autant étonné, .non-seulement par la multiplicité des connaissances, mais encore par la perspicacité des vues. On sent, en approchant de Tempereur Dom Pedro 11 , cette supériorité réelle qui s'appelle le génie, chose que par flatterie on accorde si facilement aux Souverains, quoiqu'elle soit nécessairement aussi rare chez eux que chez les autres hommes. Le génie a en efTet un cachet particulier qui se manifeste par la rapidité des idées et un certain mode dans leur enchaînement. On voit alors jaillir comme des étincelles les conceptions brillantes ou profondes. Or c'est ce qu'on rencontre surtout chez l'empereur du Brésil, et J'ajouterai que je me suis aperçu qu'il faut avoir examiné bien à fond une question de science pure ou appliquée pour se hasarder à en causer avec lui.
Cette supériorité est parfaitement sentie par tous les partis politiques au Brésil. Comme il y a un très-grand mérite à savoir apprécier, cette circonstance fait l'éloge de la nation brésilienne qui, du reste, est très-fière de son souverain. Elle a grandement raison , car, par sa personnalité, il la place au premier rang des nations du progrès.