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CHAPITRE XII

bitans. Il faut avouer qu'ici se présente lui champ singulièrement vaste où nous pouvons donner le plus libre essor à notre imagination.

, 610. Un grand nombre d'étoiles doubles offrent le phénomène curieux et ravissant de couleur contrastées ou complémentaires. En pareil cas, l'étoile la plus grande est ordinairement d'une couleur rougeâtre ou orange, tandis que la plus petite paraît bleue ou verte , probablement en vertu de cette loi générale d'optique qui veut que lorsque la rétine est sous l'influence de l'irritation causée par une lumière vive , colorée , des lumières plus faibles qui , vues isolément , ne produiraient que la sensation de blancheur, paraissent colorées de la teinte com-

Î>lémentaire de celle de la plus brillante. Ainsi , lorsque le jaune domine dans la umière de l'étoile la plus lumineuse , celle qui a le moins d'éclat paraîtra bleue dans le même champ de la vue 5 tandis que si la teinte de la première approche du cramoisi, celle de la seconde aura de la tendance au vert, ou paraîtra même d'un vert vif dans des circonstances favorables. Nous trouvons un bel exemple du premier contraste dans t du Cancer ; 7 d'Andromède nous en offre un du second ; l'une et l'autre sont debelles étoiles doubles. Si, néanmoins, l'étoile colorée est beaucoup moins brillante que l'autre, elle n'affectera pas sensiblement celle-ci. Ainsi, par exemple, /j de Cassiopée offre la belle combinaison d'une grande étoile blanche, et d'une petite de couleur pourpre bien riche. Nous ne prétendons pas, cependant, que, dans tous les cas semblables, une des couleurs soit un pur effet du contraste j et il est plus aisé de dire que d'imaginer quelle variété de clarté deux soleils, l'un rouge et l'autre vert, ou l'un jaune et l'autre bleu, doivent répandre sur une planète qui circule autour de l'un ou de l'autre ; à quels charmans contrastes , à quelles alternatives agréables doivent donner lieu un jour rouge et un jour vert succédant tour-à-tour à un jour blanc et aux ténèbres. On voit en divers points du ciel des étoiles éparses de couleur rouge , presque aussi foncée que celle du sang, mais nulle étoile verte ou bleue, de couleur bien tranchée, n'a, que nous sachions , jamais été remarquée sans être associée à une compagne plus brillante qu'elle.

611. Un autre objet de recherche très intéressant dans l'histoire physique des étoiles , c'est leur mouvement propre. On pourrait , à priori, s'attendre à découvrir des mouvemens apparens d'une espèce ou d'une autre sur un si grand nombre de corps répandus dans l'espace , et qui ne sont retenus fixes par quoi que ce soit. Leurs attractions mutuelles même , quoique singulièrement affaiblies par la distance , et combattues par des attractions contraires dirigées de points opposés, doivent , dans le laps de siècles innombrables , produire quelques mouvemens, quelques changemens dans les dispositions intérieures , dus à la différence des forces contraires. Or, il est de fait que de tels mouvemens apparens existent, non seulement pour les étoiles simples , mais pour un grand nombre de celles doubles ; lesquelles , outre leur mouvement l'une autour de l'autre, ou autour de leur centre commun de gravité, sont transportées , sans se séparer, par un mouvement progressif commun à l'une et à l'autre , vers quelque région déterminée. Par exemple, les deux étoiles de 61 du Cygne , qui sont à-peu-près égales, sont restées constamment presque à la même distance de 15" depuis cinquante ans au moins. Cependant elles se sont déplacées dans le ciel, dans cet intervalle, de 4' 25" au moins, le mouvement annuel propre de chaque étoile étant de 5". 3. C'est de cette quantité (qui surpasse d'un tiers leur intervalle) que ce système est annuellement transporté le long d'une orbite inconnue par un mouvement qui , pendant plusieurs siècles , doit être regardé comme uniforme et rectiligne. Parmi les étoiles non doubles , et qui ne diffèrent des autres par aucune particularité frappante , il faut remarquer de Cassiopée comme ayant le plus grand mouvement propre que l'on ait encore déterminé, et qui s'élève à 5'. 74

MOtîVEMENS PROPRES DU SOLEIL ET DES ÉTOILES. 205

de déplacement annuel. L'on a remarque qu'un grand nombre d'autres sont ainsi constamment déplacées par des mouvemens plus petits , quoique non moins certains.

612. Des mouvemens qui demandent des siècles entiers pour produire des variations d'arrangemens telles que l'œil ne puisse les découvrir, quoique suffisanspour détruire cette idée de fixité mathématique que la théorie ne saurait reconnaître , sont cependant trop légers dans l'application pratique pour motiver un changement de langage , et nous porter à parler des étoiles autrement que comme des corps fixes. Nous sommes encore trop peu instruits sur l'étendue et les directions de ces mouvemens , pour avoir la prétention de les rapporter à des lois définies. On peut , toutefois , dire en général que leurs directions apparentes sont variées, et semblent n'avoir aucune tendance commune marquée vers un point du ciel plutôt que vers un autre. Sir William Herschel a cependant supposé que cette tendance commune pouvait se prouver , et que , en faisant la part des déviations isolées , on pouvait reconnaître dans les principales étoiles un mouvement général qui les porte à s'éloigner dît point occupé par Ç d'Hercule , et à s'avancer vers un point diamétralement opposé. Il rapportait cette tendance générale à un mouvement du soleil et au système solaire dans le sens opposé. 11 n'est personne qui , en réfléchissant là-dessus avec toute l'attention qu'exige un pareil sujet, puisse se refuser à regarder comme extrêmement probable, et même comme certain, que le soleil a un mouvement propre dans quelque direction; et la conséquence inévitable d'un pareil mouvement , auquel tout le reste ne prend aucune part , doit être une lente tendance de toutes les étoiles vers le point d'expiration des lignes parallèles à cette direction et vers la région que le soleil abandonne. Cet effet est dû nécessairement à la perspective ; et il est certain que de pareilles observations nous feraient découvrir ce mouvement , si nous connais^ sions bien les mouvemens propres apparens de toutes les étoiles , et que leur indépendance fût constatée , c'est-à-dire si nous étions sûrs que tout le firmament , ou du moins toute cette partie que nous voyons dans notre voisinage , n'est pas entraînée en même temps , comme par un attelage général , dans la même direction , en vertu des opérations inconnues et des changemens intérieurs et lents qui se développent dans la couche stellaire à laquelle appartient notre système , comme nous voyons des atomes voltiger dans un courant d'air , et conserver entre eux à-peu-près la même situation relative. Mais il paraît établi comme opinion générale parmi les astronomes de nos jours , que leur science n'a pas encore fait assez de progrès pour fournir des données desquelles on puisse tirer des conséquences certaines pour trancher la question dans un sens ou dans l'autre. En attendant, l'astronome royal actuel, M. Pond, a émis une idée fort ingénieuse savoir, qu'un mouvement solaire, s'il existe, et qu'il ait une vitesse tant soit peu comparable à celle de la lumière, doit nécessairement produire une aberration solaire, en conséquence de laquelle nous ne voyons pas les étoiles disposées comme elles le sont réellement, mais trop accumulées dans les régions que le soleil quitte, trop éparses dans celles dont il approche {voy. art. 220). Or , l'effet de cette aberration , aussi long-temps que la vitesse du soleil n'a pas cessé d'être la même doit rester constant, sans que l'observation puisse le découvrir; mais s'il variait par le laps des siècles d'une quantité comparable à la vitesse de la terre dans son orbite , ce fait se découvrirait par une irruption générale apparente de toutes les étoiles dans telle ou telle région du ciel , selon que le mouvement du soleil serait accéléré ou retardé , circonstance qui ne pourrait échapper à l'observation , lors même que cette quantité ne serait que de quelques secondes. Cette considération , subtile et tirée de loin , peut servir à donner une idée de la délicatesse et de la complication de toute recherche qui s'occupe du mouvement propre, puisque le dernier effet dont nous venons de parler serait nécessairement combiné avec la parallaxe systématique , et que l'on ne pourrait l'en séparer qu'en consi-

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