TRAITÉ D'ASTRON. - AGGLOMÉRATIONS D'ÉTOILES. CHAPITRE XII
dérant que les étoiles plus voisines seraiexit plus affectées par l'une des causes que celles éloignées , mais que les premières comme les dernières le seraient également par l'autre.
615. En jetant les yeux, par une belle nuit, sur la voûte du ciel, nous ne manquons pas de remarquer çà et là des groupes d'étoiles plus compacts dans certains endroits que dans d'autres , formant des agglomérations qui brillent aux yeux, et captivent l'attention , comme s'ils y avaient été jetés par quelque cause générale à laquelle le hasard n'aurait pris aucune part. Il y a un groupe , appelé les Pléiades , dans lequel on aperçoit six à sept étoiles lorsqu'on le regarde en plein , et un plus grand nombre lorsque l'œil est tourné négligemment de côté , tandis que Vatteution se porte entièrement sur le groupe. Les télescopes nous font voir cinquante à soixante grandes étoiles ainsi entassées dans un assez petit espace , que l'on peut regarder comme isolé du reste du ciel. La constellation appelée la Chevelure de Bérénice est un autre groupe de ce genre, plus étendu, et qui se composede beaucoup plus grandes étoiles.
61 -i. Dans la constellation du Cancer, il y a une tache lumineuse qui leur resemble un peu , mais qui est moins tranchée ; on l'appelle la Ruche , et un télescope très médiocre , un verre de nuit ordinaire , par exemple , la résout entièrement en étoiles. Dans la Garde de l'épée de Persée, on remarque aussi une tache semblable , couverte d'une foule d'étoiles, et qui exige un télescope plus puissant pour y distinguer des corps séparés l'un de l'autre. On les appelle agglomérations d'étoiles; et, quelle qu'en soit la nature, il est certain qu'il existe dans ces régions des lois d'aggrégation autres que celles qui ont déterminé la dissémination des étoiles sur la surface générale du ciel. Pour nous convaincre encore davantage de cette vérité, il suffit que nous dirigions de puissans télescopes sur ces lieux et sur d'autres semblables. Il est un grand nombre de corps que l'on a , par erreur, pris pour des comètes , et qui , en effet , ressemblent beaucoup à des comètes sans queue : ce sont des taches nébuleuses , petites , rondes ou ovales , que l'on ne peut distinguer comme telles qu'au moyen de télescopes d'un assez grand pouvoir. Messier a donné, dans la Connaissance des temps pour 1784-, une liste des lieux de 103 corps de cette espèce, que toutes les personnes qui s'occupent des comètes devraient se rendre familiers pour éviter de se tromper sur la ressemblance qu'ils ont entre eux. Du reste , on reconnaît suffisamment à leur fixité que ce ne sont point des comètes j et lorsque nous en venons à les examiner avec des instrumens d'une grande portée , tels que des réflecteurs de 1 8 pouces , deux pieds ou plus d'ouverture , de pareilles idées se détruisent entièrement. On voit donc que la plupart d'entre elles se composent entièrement d'étoiles qui se réunissent en foule de manière à occuper un espace dont le contour est presque nettement marqué , et à se répandre comme une flamme étincelante au centre , oii la condensation est ordinairen^ènt à son maxhmim {vorj . fig. 1'"., pl. XIV, qu: représente un peu grossièrement la 1 5". nébuleuse de Messier , qu'il a décrite comme nébuleuse sans étoiles, telle qu'on la voit dans le réflecteur de vingt pieds ù Slough). Un grand nombre d'entre elles sont d'une figure entièrement ronde, et répondent parfaitement à l'idée d'un espace sphérique hérissé d'étoiles , isolé dans le ciel , et constituant par lui-même vine famille ou société à part, qui n'est gouvernée que par ses lois intérieures. On chercherait en vain à compter les étoiles dans une de ces agglomérations sphèrigues. Ce n'est pas par centaines qu'on doit les nombrer -, et d'après un calcul ébauché , fondé sur les intervalles apparens qui les séparent vers les bords ( où on ne les voit pas se projeter les unes sur les autres) et sur le diamètre angulaire de tout le groupe , on en inférerait qu'un grand nombre d'agglomérations de cette sorte doivent contenir au moins dix ou vingt mille étoiles, pressées l'une contre l'autre dans un espace rond dont le diamètre angulaire ne s'étend pas au-delà de 8 à 10 minutes, c'est-à-dire sur une surface qui ne va pas au-delî^ de la dixième partie de celle que couvre la lune.