DECLINAISON DES CORPS CELESTES
observations réitérées de la même étoile à ses passages méridiens successifs. U écart , toutefois , exige la connaissance de Véquinoxe , ou le point initial d'où comptent toutes les ascensions droites dans les cieux , comme cela se pratique pour les longitudes terrestres en partant d'un premier méridien.
245. La nature de ce point sera expliquée tout-à-l'heure. Mais les besoins de l'uranographie , en tant qu'ils ne concernent que les configurations réelles des étoiles , ne vont pas jusqu'à rendre nécessaire la connaissance de l'équinoxe. Le choix de l'équinoxe, comme le point zéro des ascensions droites, est purement artificiel et de convention; mais comme sur la terre toute station (telle qu'un observatoire national ) peut être choisie pour le point de départ des longitudes , de même , en uranographie , toute étoile remarquable peut être adoptée comme point initial d'où l'on puisse compter les angles horaires , et d'où , en se bornant à observer les différences ou intervalles de temps , l'on puisse déduire la situation de toutes les autres. Dans la pratique , ces intervalles sont affectés de certaines causes légères d'inégalité, dont on doit tenir compte, et que nous expliquerons lorsque nous aurons à traiter ce sujet.
246. Les déclinaisons des corps célestes s'obtiennent , 1". par l'observation de leurs hauteurs méridiennes , au moyen du mural ou d'autres instrumens convenables. Ceci exige la connaissance de la latitude géographique de la station de l'observateur, qui ne peut s'obtenir elle-même que par l'observation céleste ; 2°. et plus directement par l'observation de leurs distances polaires prises sur le mural , comme on l'a expliqué à l'article 1 36 , opération indépendante de toute détermination préalable de la latitude de la station; et cependant , même dans ce cas , l'observation ne donne pas directement et immédiatement les déclinaisons exactes. Il faut que les observations soient d'abord corrigées de la réfraction , et de plus de ces causes légères d'inégalité dont nous venons de parler dans le cas des ascensions droites.
247. C'est donc ainsi qu'on peut assigner les lieux relatifs de tous les corps célestes, et construire des globes ou dresser des cartes. Ici s'élève une question très importante : jusqu'à quel point ces lieux sont-ils permanens? Ces corps célestes conservent- ils à jamais entre eux un caractère d'étroite union qui rende invariable leur situation Relative , comme s'ils faisaient partie d'un firmament solide quoique invisible ; et , comme les grandes bornes naturelles que se partagent les contrées de la terre , consei'vent-ils d'une manière immuable les mêmes distances et les mêmes rapports entre eux? S'il en était ainsi, l'idée la plus rationnelle que nous pussions nous faire de l'univers serait celle d'une terre dans un repos absolu au centre , et d'une sphère cristalline creuse se mouvant autour d'elle, et emportant le soleil , la lune et les autres astres dans sa rotation diurne. S'il en est autrement , nous devons nous affranchir de ces idées, et porter nos investigations sur l'histoire individuelle et distincte de tous les corps célestes , dans le but de découvrir les lois des mouvemens qui leur sont propres , et les rapports de toute espèce qui peuvent subsister entre eux.
248. Le cas est toutefois si éloigné d'être tel , que les observations , même les plus superficielles , suffisent pour faire voir que quelques-uns, du moins, des corps célestes , et ce sont les plus apparens , sont dans un état de changement continuel de place parmi les autres. S'il s'agit de la lune , son changement est si rapide et si remarquable , que sa différence de situation à l'égard de ces belles étoiles qui peuvent se trouver près d'elle est reconnue facilement par un observateur qui s'attacherait à la regarder l'espace de quelques heures dans une belle nuit ; et en faisant cette épreuve deux nuits de suite , la personne la plus inattentive ne pourrait que s'en apercevoir. Le soleil aussi éprouve un changement de position constant et rapide parmi les étoiles, quoique, par l'invisibilité de ces dernières pendant le jour à l'œil nu, on ne s'en aperçoive pas aussi facilement, et qu'il
84 TRAITÉ L'ASTRONOMIE.-LES CORPS FIXES ET LES CORPS ERRANS. CHAPITRE IV.
faille, ou l'usage de télescopes et autres instrumens angulaires pour le mesurer , ou des observations plus prolongées pour en être frappé. Toutefois , il suffit de faire attention que sa hauteur méridienne est plus grande en été qu'en hiver , et de remarquer que les étoiles qui se montrent à nos yeux pendant la nuit varient avec la saison de l'année , pour nous apercevoir qu'il a dû s'opérer un grand changement pendant cet intervalle dans sa situation relativement à toutes les étoiles. En outre du soleil et de la lune , il y a aussi plusieurs autres corps , appelés planètes , qui , pour la plupart , ne paraissent à l'œil nu que comme les étoiles les plus grandes et les plus brillantes, et présentent le même phénomène d'un constant changement de place parmi ces dernières , tantôt s' approchant , et tantôt s' éloignant de telle ou telle étoile que nous prenons pour point de comparaison, et faisant, les unes dans de plus longues, les autres dans de plus courtes périodes , comme le soleil et la lune , le tour complet du ciel.
249. Ce sont là , cependant , des exceptions à la règle générale. La multitude innombrable d'étoiles distribuées sur la voûte des cieux, forme une constellation qui conserve , non seulement aux yeux de l'observateur indifférent , mais à ceux plus exercés de l'astronome , une uniformité d'aspect qui, mise en parallèle avec le changement perpétuel des configurations formées par le soleil , la lune et les planètes, peut ajuste titre être appelée invariahle. Ce n'est pas , certes, que , par le raffinement de mesures exactes poursuivies de siècle en siècle , on ne puisse découvrir dans quelques-unes d'entre elles quelques légers changemens de place apparente que l'on ne peut attribuer à aucune illusion ni à aucune cause terrestre; on les appelle en astronomie les mouvemens propres des étoiles; mais ils sont si excessivement lents, que leur somme totale (même pour les étoiles qui les subissent le plus) a été insuffisante, dans toute la durée de l'histoire astronomique , pour produire une altération frappante ou matérielle dans l'aspect des cieux étoilés.
250. Cette circonstance établit donc une distinction bien prononcée des corps célestes en deux grandes classes ; les corps fixes , parmi lesquels ( si ce n'est dans une suite d'observations continuées pendant plusieurs années) on ne peut découvrir aucun changement de situation relative , et les corps errans , ou planètes , dans lesquels on comprend le soleil et la lune , aussi bien que cette singulière classe de corps appelés comètes , dans les lieux apparens desquels parmi les étoiles, aussi bien qu'entre eux, l'observation de quelques jours, ou même de quelques heures , suffit pour signaler un déplacement incontestable.
251 • Ainsi , l'uranographie , en tant qu'elle concerne les corps fixes célestes , ou , comme on les appelle ordinairement , les étoiles fixes , est réduite à la simple désignation de leurs places relatives sur un globe ou sur des cartes ; à la fixation sur ce globe , dans la grande constellation des étoiles , du pôle des cieux , ou point d'expiration des lignes parallèles à l'axe de la terre ; et enfin à la détermination sur ce même globe , de l'équateur et du lieu de l'équinoxe : points et cercles qui , quoique artificiels, et rapportés entièrement à notre terre , et par conséquent sujets à tous les changemens (s'il en existe) dont l'axe de la terre peut être susceptible , sont cependant si commodes dans la pratique , qu'ils ont été admis (avec quelques autres cercles et lignes) dans tous les globes et planisphères , et sanctionnés par l'usage. Le lecteur , toutefois , aura soin de les tenir séparés dans son esprit , et de se familiariser avec l'idée de deux ou plutôt de plusieurs globes célestes superposés , sur l'un desquels sont inscrites les étoiles , tandis que les autres porteraient l'indication de ces points , de ces lignes et cercles imaginaires que les astronomes ont imaginés pour leur propre usage et pour faciliter leurs calculs. 11 conviendra aussi qu'il s'accoutume à concevoir dans chacune de ces sphères artificielles la propriété de se mouvoir dans tous les scos sur la surface de l'autre; en sorte que, si l'expé-