MASSE DU SOLEIL
joint les centres se meut, doit être inversement proportionnelle aux carrés de leurs distances mutuelles, et que des aires égales des courbes décrites éetont parcourues par leurs lignes de jonction dans des temps égaux.
378. Tout ceci est d'accord avec ce que nous avons dit des mouvemens solaires et lunaires. Leurs orbites sont des ellipses , mais de différens degrés d'excentricité } et cette circonstance signale déjà l'universalité des principes en question.
379. Mais ici nous avons déjà , par une induction naturelle et facile ( tel est toujours le progrès de la généralisation) fait un pas de plus, et très important, presque sans nous en apercevoir. Nous avons étendu l'action de la gravité au cas de la terre et du soleil , à une distance immensément plus grande que celle de la lune , et à un corps en apparence d'une toute autre nature que ces deux planètes. Avons-nous raison ? ou , à tout prendre , ne s'est-il pas introduit des modifications par Je changement des données , sinon dans l'expression généralè , dii moins dans l'interprétation particulière , de la loi de la gravitation. Or, dès lë moment que nous arrivons à des nombres , un désaccord évident nous frappe. Lorsque nous calculons , comme ci-dessus , d'après la distance connue du soleil ( art. 304 ), et d'après la période dans laquelle la terre en fait le tour ( art. 327 ), quelle doit être la force centrifuge de cette dernière par laquelle l'attraction du soleil est balancée , et qui , par conséquent , devient la mesure exacte de force attractive que le soleil exerce sur la terre , nous la trouvons immensément plus grande qu'il ne le faudrait pour contrebalancer l'attraction de la terre sur un corps pareil placé à cette distance , plus grande dans l'énorme proportion de 554936 à 1 . 11 est donc clair que si la terre est retenue dans son orbite autour du soleil par l'attraction solaire , dans un rapport de décroissement conforme à la loi générale , cette force ne doit pas être moins de 554936 fois plus intense que celle que la terre serait capable d'exercer, toutes les autres circonstances restant les mènies , à une égale distance.
380. Que devons-nous donc voir dans ce résultat ? Ceci simplement , que le soleil attire comme le ferait un assemblage de 554936 terres qui occuperaient sa place , ou , en d'autres termes , que le soleil contient 354956 fois la masse ou la quantité de matière pondérable dont se compose la terre. Et que cette conclusionne nous épouvante pas. Nous n'avons qu'à rappeler ce qui a déjà été dit à l'art. 305 des dimensions gigantesques de ce corps magnifique , pour comprendre que , en lui assignant une si grande masse , nous ne dépassons pas les bornes d'une proportion raisonnable. En effet , quand nous comparons sa masse à son volume , nous trouvons que sa densité est moindre que celle de là terre , et qu'elle ne va pas à plus de 0.2545 ; en sorte que ce globe doit se composer réalité de matériaux beaucoup plus légers , surtout quand nous considérons là force avec laquelle ses parties centrales doivent se condenser. Cette considération nous fait trouver extrêmement probable qu'il règne dans son intérieur trtie chaleur fort intense, par laquelle son élasticité augmente et acquiert le pouvoir de résistera cette pression presque inconcevable sans altérer ses dimensions.
381. Ceci s'appréciera bien mieux en évaluant, comme nous sommes maintenant préparés à le faire , l'intensité de la gravité à la surface du soleil.
L'attraction d'un globe étant la même (art.376) que si toute la masse était reléguée à son centre, sera, par conséquent, directement proportionnelle à la masse, et inversément aux carrés des distances ; et , dans ce cas , la distance est le rayon du globe. De là nous concluons que les intensités de la gravité solaire et terrestre aux surfaces des deux sphères sont dans les proportions de 27,9 à 1 . Une livre de matière terrestre à la surface du soleil exercerait donc une pression égale à celle de 27 livres 9/10 à la surface de la terre. Un homme ordinaire , par exemple, placé à la surface du soleil, non seulement, serait incapable de soutenir son
m TRAITÉ D'ASTR. a« PERTURBATION M L'ORBITE DE LA LUNE. CHAPITRE VU.
propre poids , mais ne manquerait pas d'être transformé en un nombre infini de parties , comme s'il était pilé dans un mortier.
382. Ainsi nous n'hésiterons plus , dorénavant , à abandonner toute idée de l'immobilité de la terre , et à transporter cet attribut au soleil , dont la masse imposante est propre à absorber les faibles attractions de particules comparativement si petites que le sont la terre et la lune , et qui ne peuvent exercer sur lui une action capable de lui causer un dérangement sensible. Leur centre de gravité se trouve , comme nous l'avons déjà dit , presque tout contre le centre du soleil , à un intervalle tout-à-fait imperceptible à la distance où nous sommes; et quel que soit celui de ces deux points que nous regardions comme le centre autour duquel se décrit l'orbite de la terre , il n'en résulte de différence appréciable dans aucun phénomène d'astronomie.
385. C'est en conséquence de la gravitation réciproque de toutes les diverses parties de la matière , admise par la loi newtonienne , que la terre et la lune , tout en se mouvant mensuellement dans leurs orbites mutuelles autour de leur centre commun de gravité, n'en continuent pas moins à tourner, sans se séparer, dans une plus grande orbite annuelle autour du soleil. Nous pouvons concevoir ce mouvement enjoignant deux balles inégales par un bâton qui, à leur centre de gravité , est fixé par une longue ficelle , et que l'on fait pirouetter. Leurs systèmes réunis circuleront comme un seul corps autour du centre commun auquel la ficelle est attachée , tandis que ces balles n'en pourront pas moins continuer à circuler l'une autour de l'autre par des mouvemens circulaires subordonnés, comme si le bâton était tout-à-fait affranchi d'un pareil lien , et qu'il fût simplement lancé en l'air. Si la terre seule , et non la lune, gravitait vers le soleil , elle serait entraînée, et laisserait la lune derrière elle , et vice versa ; mais , comme le soleil agit sur l'une et l'autre , elles continuent à rester ensemble sous l'empire de son attraction, précisément comme les parties libres de la surface de la terre continuent à s'y appuyer. Ce n'est donc pas, à proprement parler, la terre ou la lune qui décrit une ellipse autour du soleil , mais leur centre commun de gravité. Son effet est de produire une équation mensuelle , petite à la vérité , mais très sensible , dans le mouvement apparent du soleil vu de la terre, et l'on en tient toujours compte dans le calcul du lieu de cet astre.
384. Et ici, c'est-à-dire dans l'attraction du soleil , nous avons la clef de toutes ces déviations de la rigoureuse exactitude du mouvement elliptique de la lune dans son orbite mensuelle, que nous avons déjà signalées ( art. 544 et 360 ) , savoir de la révolution rétrograde de ses nœuds ; du mouvement circulaire direct du grand diamètre de son ellipse , et de toutes les autres infractions aux lois du mouvement elliptique que nous avons indiquées. Si la lune tournait simplement autour de la terre sous l'empire de sa gravité, aucun de ces phénomènes n'aurait lieu. Son orbite serait une ellipse parfaite, rentrant sur elle-même, et se trouvant toujours dans un seul et même plan : de ce gu il n'en est point ainsi, résulte la preuve que quelque cause la trouble , et se mêle à l'attraction de la terre ; cette cause n'est autre que l'attraction du soleil , ou plutôt cette partie de l'attraction de cet astre qui ne s'exerce pas ècjalement sur la terre.
585. Supposons qu'on laisse tomber deux pierres ensemble et de la même hauteur ; comme la gravité leur imprime une accélération égale , elles conserveront leurs positions relatives, et tomberont ensemble comme si elles ne formaient qu'une masse; mais si nous admettons que la gravité s'exerce avec un peu plus d'intensité sur l'une que sur l'autre , la première éprouvera une plus grande accélération dans sa chute, et quittera l'autre peu à peu, ce qui donnera naissance à un mouvement relatif, basé sur la différence de l'action, quelque légère que soit cette différence.
3Rf»( Le soleil ^$t. environ ^00 fois atissi éloigné que h Inné : et . en consé-