MARÉES
étonnante de difficultés. Elles trouvent bien naturel que la lune , par son attraction , soulève sous elle les eaux de l'Océan ; mais c'est , pour les mêmes esprits , une absurdité palpable que la même cause puisse , dans le même temps, les soulever du côté opposé. Cependant rien n'est plus vrai, ni même plus évident, lorsque nous considérons que ce n'est point par son attraction totale, mais par les différences de ses attractions sur les deux surfaces et sur le centre , que les eaux s'élèvent , c'est-à-dire , par les forces dirigées précisément comme les flèches dans la figure 67 (dont il a été question à l'art. 510), dans laquelle nous pouvons supposer que M est la lune, et P une particule d'eau à la surface de la terre. Une goutte d'eau , qui existerait seule , prendrait une forme sphérique , en vertu de l'attraction de ses parties ; et si la même goutte devait tomber librement dans le vide sous l'influence d'une gravité uniforme , puisque le mouvement de chaque partie serait également accéléré , les particules conserveraient leurs positions relatives , et la forme sphérique demeurerait inaltérable. Mais supposons qu'elle tombât sous l'influence d'une attraction qui agit d'une manière indépendante sur chacune de ses particules, et qui augmente en intensité à mesure qu'elle descend , les parties les plus rapprochées du centre d'attraction seraient plus attirées que les parties centrales , celles-ci plus que les parties les plus éloignées , et la goutte serait forcée de prendre une forme oblongue dans le sens de son mouvement , la tendance à la séparation se trouvant toutefois combattue par l'attraction mutuelle des molécules , pour arriver ainsi à une forme d'équilibre. Or, dans le fait , la terre tombe constamment vers la lune , qui la tire continuellement hors de son orbite , entraînant davantage les parties les plus voisines , et les parties les plus éloignées moins que les centrales ; en sorte que , à chaque instant , l'attraction de la lune tend à abaisser les eaux aux deux extrémités du diamètre terrestre qui est perpendiculaire à la hgne de jonction de la lune à la terre, et à les soulever aux extrémités du diamètre dirigé vers cet astre. La géométrie vient à l'appui de cette doctrine , et démontre que la forme de l'équilibre prise par une couche d'eau qui couvrirait une sphère , sous l'influence de l'attraction de la lune , serait un ellipsoïde oblong dont le demi-axe dirigé vers la lune serait plus long d'environ 58 pouces que celui qui le rencontrerait à angles droits.
529. Jamais, cependant, ce sphéroïde n'a le temps de se former tout-à-fait. Avant que les eaux aient pu prendre leur niveau , la lune s'est avancée dans son orbite, tant diurne que mensuelle (car, dans cette théorie, la clarté veut que nous supposions que le mouvement diurne de la terre est transporté au soleil et à la lune dans un sens contraire), le sommet du sphéroïde a changé de place sur la surface de la terre , et l'Océan doit chercher un autre niveau. Il doit en résulter , non un courant qui entraînerait les eaux dans un sens circulaire , mais une vague d'une immense expansion et excessivement plate , qui suit ou s'efforce de suivre les mouvemens apparens de la lune , et doit , dans le fait , si le principe des vibrations forcées est vrai , imiter , par des périodes égales , quoique non sijnchrones, toutes les inégalités périodiques de ces mouvemens. Lorsque les parties supérieures ou inférieures de cette vague frappent nos côtes, elles éprouvent ce que nous appelons la haute et la basse mer.
530. Le soleil donne naissance à une vague absolument semblable, dont le sommet tend à suivre le mouvement apparent de cet astre dans le ciel , et à imiter aussi ses inégalités périodiques. Cette vague solaire est coexistante avec la vague lunaire j tantôt elle lui est superposée , tantôt elle la rencontre transversalement , de manière à la neutraliser en partie , selon la configuration mensuelle synodique des deux luminaires. Ce renforcement et cette destruction réciproques qui agissent tour-à-tour sur les marées solaire et lunaire, produisent ce que l'on appelle la haute et la basse m,arée. La haute marée est la sonmie des marées partielles ; la basse marée en est la différence. Quoiqu'on ne puisse guère main-