LXXXVIII INTRODUCTION HISTORIQUE
jeûnaient pendant tout le temps des éclipses, et leurs femmes ellesmêmes se maltraitaient le plus qu'elles pouvaient, pensant que U Lune avait été maltraitée par le Soleil dans une querelle de ménage. Les Indiens croyaient que c'était un dragon (râhu) qui voulait dévorer la Lune, et pendant que les uns se mettaient dans l'eau jusqu'au cou (ce qui est chez ce peuple le signe de la plus grande dévotion) pour supplier le monstre de ne pas dévorer l'astre des nuits, les autres poussaient de grands cris pour répouvanlerct lui faire lâcher prise. Les Scandinaves avaient un mythe un peu (lifTércnt de celui des Indiens, mais tout aussi extravagant : suivant eux, deux énormes loups, qu'ils appelaient Skoll et Hati, poursuivaient sans relâche le Soleil et la Lune, s'attachant, le premier, Skoll, au Soleil, et le second, Ilati, à la Lune; les éclipses de Soleil (*t de Lune étaient alors attribuées aux prises de ces astres avec les loups persécuteurs.
On trouve dans les auteurs anciens le récit de plusieurs faits qui montrent le parti adroit qu'ont su tirer de la frayeur du peuple des hommes éclairés pour l'amener à servir leurs desseins dans telle ou telle occasion mémorable. Ïite-Live rapporte que Sulpicius- Gallus, lieutenant de Paul-Emile, dans la guerre contre Persée, annonça une éclipse de Lune qui devait avoir lieu dans la nuit même qui précéda le jour où Paul-Emile défît Persée, et que par ce moyen il prévint la frayeur que cet événement imprévu n'aurait pas manqué de jeter parmi ses troupes. Drusus usa du même procédé pour apaiser une sédition violente qui s'était élevée dans son armée; et Alexandre, la veille de la bataille d'Arbelles, ne dut, parait-il, qu'à son adresse et à sa fermeté de pouvoir calmer la terreur qui s'était jetée tout à coup dans son camp à la vue d'une simple éclipse de Lune. Aujourd'hui que la Science a fait d'assez rapides progrès pour permettre aux astronomes de prédire longtemps à l'avance le retour des éclipses, toute crainte puérile a disparu à ce sujet, et à la terreur supertitieuse d'autrefois a succédé un sentiment plus naturel, celui d'une vive et légitime curiosité (').
(') Il n'y a pas bien longtemps que Ton est revenu du sentiment de frayeur dool nous parlons. Foulonelle, dans ses Entretiens sur la pluralité des mondcsj nous apprend que, sur la simple annonce de réclipse totale de Soleil qui eut lieu en if>3i, un grand nombre d'habitants de Taris allèrent se réfugier au fond des ca^es;