CHAPITRE Y. — NOMBRE DES ÉTOILES ET LEUR DISTRIBUTION
OÙ les nombres de la dernière colonne manifestent d^ailleurs une marche d'une régularité frappante, depuis le minimum jusqu'au maximum.
L'accord entre les sommes des étoiles dans des directions soit opposées, soit correspondantes par rapport au plan principal, nous autorise à admettre que l'espace divisé par des plans parallèles au plan principal a, dans chaque couche différentielle ainsi formée, une condensation uniforme, mais qui diminue avec l'éloi- ^nement de la couche au plan principal.
99. Condensation vers la voie lactée. — Il résulte de cet ensemble de faits que, dans la zone équatoriale de — 15° à -f- i5** de déclinaison, les étoiles forment sur le ciel une bande condensée de lo** à 12" de largeur, coupant l'équateur au voisinage des points d'ascension droite de 6**3o™ et de i8''3o", et inclinée sur lui de telle sorte que, vers ô^'So"*, les ascensions droites soient plus faibles dans la partie boréale que dans la partie australe et, par suite, de l'ouest à l'est, et que l'inverse existe vers la région de 18*^30"».
Or, une des apparences les plus curieuses que montre la sphère céleste, la voie lactée, immense traînée lumineuse qui en fait le tour, et que le premier examen fait avec une lunette par Galilée a démontré renfermer un nombre considérable d'étoiles jusqu'alors indistinctes, coupe précisément cette zone dans les régions de condensation maximum constatées plus haut. 11 est donc naturel de rattacher la loi de distribution des étoiles à la nature de la voie lactée, ou, comme le dit Struve, « il est donc hors de doute que le phénomène de la condensation des étoiles, vers une ligne principale du disque équatorial, est le plus étroitement lié avec la nature de la voie lactée, ou plutôt que cette condensation et l'aspect de la voie lactée sont des phénomènes identiques. )>
100. Jauges d^IIerscheL — Cette conclusion, pour nous le fruit d'une longue étude, fut l'idée géniale qui amena Herschel à son célèbre jaugeage du ciel. L*élude de la distribution des étoiles dans l'espace serait évidemment complète si, pour chaque ra^on visuel, on connaissait le nombre d'étoiles contenues dans un cône d'ouverture angulaire déterminée, par exemple dans le champ constant d'une lunette ou d'un télescope déterminé.
j56 traité d'astronomie ST£LLA1RE.
Ilerschel y employa son télescope de 20 pieds (6™, 10) de foyer et de i8p,8 (o",48) d'ouverture avec un grossissement de iS^ fois cl par suite un champ de i5'4'^ {9^^") d'étendue angulaire. Il scrutait ainsi chaque fois ^^gj^^g de la voûte céleste; l'étude complète aurait donc exigé 832979 de ces jauges; supposons que l'on puisse faire pendant 100 nuils de l'année chaque nuit 100 jauges, il ne faudrait pas moins de 83 ans pour jauger le ciel tout entier; ce jaugeage complet surpasse donc de beaucoup les forces humaines. Mais, dès l'instant oii l'on croit que les étoiles forment avec la voie lactée un vaste système d'ensemble dont cette dernière représente le plan de condensation, il suffit évidemment d'étudier une bande de la voûte céleste normale à la voie lactée; sa partie médiane forme, en eflet, sensiblement un grand cercle dont le pôle boréal a pour coordonnées 3o° de déclinaison Nord et i2**3o™ d'ascension droite et qui coupe Féqualeur sous un angle d'environ 55". Herschel prend une bande de la voûte céleste déterminée par une section perpendiculaire à ce grand cercle, large de i5'4'' et passant très sensiblement par les points où ce grand cercle coupe l'équateur.
Celle grande zone, qui passe très près, à un demi-degré, du pôle de la voie lactée traverse successivement l'Aigle, le Verseau, le Poisson austral, la Baleine, l'Eridan, le Lièvre, la Licorne, l'Hydre, le Lion, la Chevelure, les Chiens de chasse, le Bouvier, la Couronne et l'Hercule; elle s'étend depuis -+- 45° jusqu'à — 3o** de déclinaison et contient un peu plus de 5oooo champs de lunette; Herschel en a exploré 34oo ce qui constitue déjà un travail d'une très grande hardiesse; il les a ensuite combinés de façon à en faire 683 jauges moyennes, donnant une valeur très probablement fort approchée du nombre d'étoiles visibles dans son télescope de 20 pieds, que contient le champ de ce télescope dans la direction moyenne correspondante. Ce nombre est extrêmement variable avec celle direction ; maximum dans la voie lactée, il diminue au fur et à mesure que la distance à son grand cercle médian augmente; ainsi, dans le milieu de la voie lactée une jauge donne 588 étoiles, tandis que vers son pôle on n'en trouve que o,5.
Ce jaugeage n'est d'ailleurs pas absolu et il est évidemment borné à la grandeur stellaire qui forme la limite de visibilité dans le télescope de 20 pieds, c'est-à-dire à la i5'' ou 16* grandeur.