‹ Traité d'astronomie théorique (volume 3)Chapitre 14 sur 111 · I N T R O DU C T-I O N · texte numérisé non relu

I N T R O DU C T-I O N

gnlarité du mouvement solaire , ou la diiTérence entre le tems vrai et le tems moyen , entreprend de construire une pendule ; et de la régler sur le soleil. Il en résulta que l'on se défia tantôt de l'hypothèse elliptique^ tantôt des observations : ainsi on n'aurait jamais atteint la précision actuelle de nos oLservations^ parcequ'on n'avait pas de confiance en soi-même, et qu'on était dépourvu des m.oyeHs d'estimer le degré de précision des observations , par leur comparaison avec la théorie. L'astronomie physique vint dissiper le brouillard, et toutes ces difficultés disparurent, dCes qu'on vit que les irrégularités apparentes , étant des suites nécessaires d'une loi physique , pourraient être exprimées par des formules générales qui serviraient à les calculer. Dès qu'on sut ce qu'il fallait proprement chercher , il fut aisé d'employer, par l'ordre inverse , les observations, pour perfectionner de plus en plus la théorie physique, les tables, et par conséquent, toutes nos connaissances du mouvement des astres. Les tables qu'on a calculées pour ces corrections , et qui sont connues sous le nom de tables des perturbations , sont la dernière conquête dont la théorie de l'astronomie ait été enrichie: on les doit aux progrès de la mécanique et de l'analyse.

Ce court appe.ç i trace le chemin, par lequel on est parvenu à ceff înnom.brables découvertes qui ont élevé rastronomie à sa peï"fectioiV';àctuelle: il peut servir de guide dans le labyrinthe où l'on croit errer , en voyant que l'astronomie suppose ou enseigne des vérités qu'il est impossible de prouver sans le secours -de découvertes, faites longten.s après. On verra même qu'il n'est pas toujouis possible d'observef exactement les limites entre l'astronomie sphérique, rationnelle-, et physique, ni d'éviter de passer quelquefois d'une partie à l'autre. Ce n'est pas une faute contre la miethode, que de îappeler à la m.émoire du lecteur qui en a du m.oiixS une connaissance historique, des propositions ^ûi -seront prouvées dans la suite, non fis pour démontrer, mais seulement pour éclaircir des vérités aniérieures ou pour montrer le chemin qui y conduit. Il est impossible d'avoir une iiiée nette de la liùison systématique de cette science, avant d'en avoir achevé le coura entier. Ce cours est un sentier épineux qui, en serpentant et en taisant mille détours, conduit enfin au sommet d'une montagne, d'où l'on voit un pajsage magnifique, et riant.

Les seniimens des astronomes sur l'ordre dans lequel il convient d'exposer les trois parties de l'astronomie théorique, ont été presque unanimes, et il y a , ce me semble, de bonnes raisons pour l'ordre que j'ai choisi. A la vérité, l'astronomie physique étant, proprement parlant^ la base de toute la science , puisqu'elle déduit tout des pi-emiers principes à priori , il paraît que le chemin le plus naturel serait de partir de là j et en effet , on n'y pouiTait rien opposer ^ si l'on étudiait l'astronomie seulement pour en connaître les théorèmes ou le matériel. Mais si l'on n'apprend pas seulement pour apprendre 3 si l'on n'a pas le seul but d'enrichir sa mémoire de nouvelles idées ^ mais d'éclairer et de cultiver l'esprit 3 alors le plus court chemin, par lequel on acquiert des connaissances, n'est pas toujours le meilleur. Pour im être pensant il n'y a rien de plus instructif, rien qui donne une plus grande jouissance , que de tracer pas à pas la route que l'esprit humain a prise, pour inventer les sciences, et pour les perfectionner (i). Si cela est vrai dans d'autres sciences , il le sera à plus forte raison dans celle qui , dans toute son étendue , est sans doute la plus sublime , et qui a toujoursoccupé les plus grands esprits. C'est elle qui nous donne la jouissance douce et utile en même tems , de suivre les progrès du genre humain dans le cours de tant de siècles 5 de voir comment l'homme se fraya un chemin à travers les plus ^épaisses- ténèbres , avec quel courage il a lutté contre les plus grands obstacles , et comment il réussit enfin à les surmonter ; que chaque nouvelle difficulté ie força d'éveiller et de développer de nouvelles forces et de nouvelles ressources , dont il ne s'était pas douté: et que même , lorsque sa nature limitée paraissait lui opposer des obstacles insurmontables , lorsque toute la richesse des connaissances humaines paraissait épuisée, il se livra à de nouveaux efforts , et pour ne pas abandonner la roiite parcourue avec tant de succès dans sa science favorite, il en r inventa de nouvelles qui ré-

(l) C'est avec une espèce d'enthousiasme que Kepler fait cette observation, clans la préface de son ouvrage de Stella Marûs {^Argument. Cap. XLF'.') ^'Lieccor ignoscat ineas credufitati, ''dum omnes ex meo ingénie Bestimo. Ouippe niihi non nuiUo minus admirandœ videnlur "occasiones, quibus homînes in coguitionem rerum coelestium deveniuiit, quam ipsa aatura "lerum coelestium. eto"^ ' ]

INTRODUCTION n

pandireîit un jour inattendu sur toutes les brancîies de nos connaissancef. On se rappellera ici la découverte de la vitesse de la lumière , celle de la gravitation universelle, l'invention des pendules et des télescopes , le perfectionnement de l'analyse et de l'art d'observer, enfin tant d'autres découvertes qui ne doivent leur existence qu'à l'astronomie , et aux recherches infatigables de l'esprit humain qui ne s'est développé nulle part avec tant de gloire , que dans la plus noble de toutes les sciences.

C'est donc par de bonnes raisons que j'ai suivi la méthode ordinaire, en commençant par l'astronomie sphérique, et finissant par l'astronomie ph}-^sique. C'est ainsi que la science naquit, et c'est par conséquent ainsi qu'elle doit être étudiée. C'est la seule méthode qui nous fasse voir , comment on put faire les découvertes, et leur enchaînement réciproque. La méthode synthétique qui commence par l'astronomie physique ou rationnelle , dérobe la marche des découvertes , ne donne point assés de satisfaction et de clarté , et nous prive de cette illusion si douce que nous devons à l'analyse , de nous croire nous- mêmes les inventeurs des vérités que nous venons d'apprendre. Il y a encore un autre point de vue ^ sous lequel cette méthode paraît mériter la préférence. L'astronomie sphérique s'occupe , pour ainsi dire, du cadran de la grande montre de l'univers 5 elle nous apprend à nous servir du mouvement- de ses aiguilles pour mesurer le tems, sans avoir égard au véritable mouvement des roues , duquel celui-là n'est qu'un phénomène. L'astronomie rationnelle fait voir l'arrangement intérieur et l'engrenage des roues, sans connaître le ressort ou le poids qui met le tout en mouvement: ceci est fobjet de l'astronomie physique. Or il est clair que celui qui veut apprendre d'une manière solide à faire des horloges , ne commencera pas par le ressort , mais qu'avant tout il tâchera d'acquérir une idée complète de l'usage des horloges , ou plutôt du cadran , dans les mathématiques et dans les occupations ordinaires.

L'astronomie n'a pas été inventée dans un ordre systématique 5 on n'a pas attendu que chaque partie fut achevée , avant de passer à la suivante ; on n'a pas cru devoir s'astreindre trop scrupuleusement aux observations , quand il s'agissait d'en tirer des théories générales. Une suite d'observations

12 ASTRONOMIE SPHERIQUE

d'un astre, dont on pouvait former un ensemble , parut suffire pour concevoic des liypotlièses , et pour esquisser la théorie de cet astre 5 mais on ne s'avisa pas de faire valoir ces îiypotlièses plus qu'elles ne valaient, de les regarder comme la clef des vrais mouvemens ou de la véritable loi de la nature , sur laquelle il serait permis de fonder une suite de raisonnemens qui pourraient servir à prévoir les observations futures , à estimer le degré de leur précision, ou même à s'épargner la peine d'observer la nature de plus prés: on ne les regarda que comme un secours, propre à répandre de l'ordre dans ce chaos , et de la lumière dans cette obscurité 5 comme un guide qui pourrait donner aux observations futures une direction convenable 3 comme un marche-pied à l'aide duquel on pourrait s'élever plus facilement à un plus haut degré de perfection. La liaison intime mais compliquée de toutes les découvertes astronomiques fait que l'une ne peut être séparée des autres, qu'une vérité est confirmée par une autre, et réciproquement: c'est par cette raison que la marche des découvertes a décrit plus d'un cercle, et qu'il n'y a rien de plus commun dans l'astronomie , que de retourner sur ses pas , pour avancer plus vite par une autre route. Il s'en fallait beaucoup que forbite du soleil fût rigoureusement déterminée, lorsqu'on passa à la recherche de celles des planètes; cette recherche s'appuya sur rorbite solaire, en tant qu'elle était connue avec précision; les orbites planétaires conduisirent à une connaissance plus exacte de celle du soleil; et l'on s^en sei'vit pour la seconde fois,, pour déterminer avec plus de succès celles des planètes. On chercha d'abord une hypothèse qui expliquât d'une manière simple , et avec assés de justesse y toutes les observations faites jusqu'alors; on continua de la comparer arvec les observationSj et s'il se trouva de petites discordances , on tâcha de les accorder par des hypothèses subordonnées^ par de petites périodes,, faisant partie des grandes , ou par des con*ections indépendantes , résultant d'une cause inconnue; mais quand tout ceci ne put plus, suffire, on se mit k élever une nouvelle hypothèse sur les débris de l'ancienne.. Il est remarquable que ce dernier cas arrivait ordinairement^ lorsque àhs le commencement on avait trop subtilisé , et qu'on s'était écarté de la simplicité de la nature. En voulant former une hypotiièse qui embrasse tout le détail des. observations

et toutes leurs petites anomalies , on croit parvenir plus directenient au but, mais on fait inutilement un travail pénible. L'astronomie donne dans plus d'un endroit , un modèle qu'aucune autre science n'a atteint , de la manière dont il faut s'y prendre, pour employer utilement les hypothèses, en combinant la circonspection' froide de la raison avec le feu audacieux du génie. Ayant le dessein d'exposer, autant que cela est possible, l'astronomie théorique suivant le même plan , d'après lequel elle fut inventée , et de développer sa liaison systématique, je tâcherai surtout de montrer, comment une découverte naquit de l'autre. Mais ce plan m'obligera d'abandonner quelquefois la méthode rigoureuse, et de réserver à l'astronomie rationnelle, ce qui appartient proprement à l'astronomie sphérique. Une méthode trop rigoureuse entraînerait, sans aucune utilité, des répétitions ennuj^euses^ et le principal but doit être, de placer chaque matière là où sa liaison avec ce qui précède et ce qui suit, est le plus clairement marquée, et où elle peut être expliquée dans toute son étendue avec le moins de répétitions possibles. J'espère que les astronomes trouveront que, dans l'ouvrage que j'ose leur présenter, je n'ai jamais perdu de vue ce but, quoique je ne l'aie pas atteint aussi parfaitement que je l'eusse désiré.

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