CHAPITRE L
Tems sidéral,
§. i4o. 1-Ja notion du feT7is est une al)stractioû métapliysique , que nous ne pouvons définir autrement, que par la suite plus ou moins grande des cliangeinens ou mouvemens qui ont succédé Tun à l'autre pendant ce tems; ainsi que nous ne pouvons nous (aire une idée de Vespace, qu'au moyen des corps y renfermés. Mais de même que cette idée de l'espace suppose tous les corps d'une, grandeur égale et déterminée, parce qu'autrement leur nombre ne déterminerait pas l'étendue de l'espace) de même la définition du tems suppose, que les mouvemens qui serviront de mesure du tems, ne se font pas brusquement ou .par Sduts, mais que conformément à la loi de continuité, ils sont proportionnels au tems, ensorte que- des mouvemens égaux se fassent toujours en tems égauxj et c'est ce qu'on appelle mouvement uniforme:, chaque mouvement non interrompu et uniforme peut donc servir à mesuycr le tems. Le langage vulgaire confond souvent le tems avec les évènemens ou mouvemens qui'^sont arrivés dans ce tems,
quoique cé soient deux choses hétérogènes: on se sert par ex. du terjne année pour exprimer un certain tems, tandis que ce n'est, dans le fond, qu'une révolution que la terre a faite autour du soleil, ou le nombre de 365 ou 3^6 fois qu'elle a tourné sur son axe, et par conséquent un mouvement. Rigoureusement parlant, il est impossible de mesurer le tems par le mouvement, parée que ce sont deux quantités toui-à-fait hétérogènes; mais on peut comparer difterens tems entre eux, par le moyen des mouvemens qui se sont faits dans ces tems , parce que les tems sont en raison directe des mouvemens uniforineSo Connaissant donc, ou prenant pour unité^ le tems qui s'est écoulé pendant qu'un oertain mouvement uniforme s'est fait , chaque autre tems de même espèce donnera, par une simple proportion, le tems correspondant. On peut donc comparer les tems par le mojen du mouvement, et faire ainsi du tems un objet de l'organe de la vue. Ce que l'on trouve de cette manière, est le rapport d\in tems à un autre tems connu; mais la quantité absolue du tems est une idée vague. Il en est de même de toutes les autres parties des mathématiques: on ne peut mesurer que les rapports qui existent «ntre les quantités de même espèce; et pour fixer le^ idées, il est nécessaire, de prendre une de ces qua,ntités pour unité qui servira à exprimer toutes les autres; le dioix de cette unité est arbitraire, mais il n'est pas indifférent. Jl est aisé de voir, que l'unité ou la mesure du tems doit satisfaire aux conditions suivantesa II faut que la période ne soit pas trop grande, afin qu'un grand nombre de sos révolutions s'accomplisse dans le cours de la vie humaine, ensprte que l'expérience nous en donne une idée claire. Il faut qu'elle ait des limites bien déterminées, et perceptibles aux sens; il faut enfin quelle renferme une suite complète de nos occupations ordinaires; c'est-à-dire, cette mesure doit en même tems régler les occupations de la vie civile, afin que sa durée s'imprime plus vivement dans notre ame.
§. ï4i. Il n'y a aucune période astronomique qui puisse être comparée, sous ce rapport, à la révolution diurne de la sphère, ou la rotation de !a terre: elle se renouvelle souvent, elle se fait d'un mouvement uniforme, elle fait une impression sensible sur nos organes, et elle a une influence importante sur les af aires de la vie civile. En conséquence , le jour a été