‹ Traité d'astronomie théorique (volume 3)Chapitre 83 sur 111 · LIVRE IV, C H A P. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, C H A P. I

sans dente, de choisir un point qui est également éloigné de tous les points de la surface de la terre, ou dont la situation est la même relativement à tous ces points: ce sera donc le centre, si la terre est tellement formée, qu'il y a dans son intérieur un point qu'on peut regarder comme son centre. Il faut ajouter à cela, qu'il est impossible de se former une idée juste et distincte du mouvement de la terre, sans connaître celui de son centre, ni des mouvemens d'autres corps célestes autour de la terre, sans connaître leur apparence , lorsqu'ils sont vus du centre. ,La base de tout ce calcul " est donc la recherche de la figure de la terre, .

- §. i84- Dès que le genre humain fut délivré des plus crasses préjugés de son enfance, il était aisé de prévoir, qu'il se développerait des idées moins absurdes relativement à la figure de la terre. Routes les formes que l'imaginatioa peut attribuer à la terre, sont de trois espèces: ou la terre est un plan, c'est à dire, un solide dont une seule face est habitable ou accessible; ou elle est composée de plusieurs plans qui se coupent sous différens angles; ou elle est terminée par une surface courbe. Le dernier cas est compris dans le second, quand on suppose un nombre infini de plans, dont la direction change suivant la loi de continuité, ensorte que l'inclinaison relative de deux plans eontigus est partout un angle infiniment petit.

Dans le premier cas, le plan habité serait l'horison de tous les habitans de la terre; il faudrait que la hauteur du pôle, et la plus grande ou la plus petite hauteur des astres, fût la même sur toute la terre; il faudrait que, sur mer ou dans un lieu libre, les objets les plus éloignés ne devinssent invisibles, que lorsque leur angle visuel est insensible, et jusqu'à ce point, les parties inférieures des objets se présenteraient aussi distinctement que les parties les plus élevées; enfin il serait impossible de faire le tour du monde. L'expérience seule suffit donc, pour détruire cette hypothèse.

Dans le second cas, la surface de la terre étant composée de plusieurs plans, dont les inclinaisons relatives sont d'une grandeur finie, les voyageurs qui ont, parcouru la surface dans tous les sens, seraient parvenus à un pareil angle d'inclinaison; et dans ce lieu, il faudrait que la direction de la pesanteur, la situation de l'horison, la hauteur du pôle, la hauteur méridieiine des

soo ASTRONOMIE SPHERIQUE

étoiles , les .saisons et le climat , etc. changeassent brtisqliement d'un angle sensible,- les objets peu éloignés disparaîtraient tout d"un coTtp^ etc. Tout cela est démenti par les expériences les plus connues.

§. ï85. Il ne reste donc que le troisième casî la surface de la terre est courbée et arrondie dans tous les sens: des expériences, connues de tout le inonde, mettent cette vérilé hors de doute. Les navigateurs modernes ont fait le tour du monde dans tous les sens^ en suivant toujours la même direction, ils sont revenus au lieu du départ, sans s'être aperçus que Fhorison ou le pôle changent brusquement de position. En approchant du pôle, on aperçoit que la hauteur du pôle ou la hauteur méridienne des astres change uniformément, et par des nuances insensibles, jamais brusquement. En s'éloignant d'un objet sur mer ou sur un autre plan, on voit disparaître successivement les parties inférieures jusqu'à la plus élevée; on distingue encore le haut du mât, quand le corps beaucoup plus volumineux du vaisseau a disparu depuis longtems. Les sommets des montagnes sont encore dorés par les rayons du soleil, lorsque la plaine qui les environne, est dans l'obscurité. Tout cela prouve, que la surface de la terre change de direction d'une manière non-interrompue et insensible, ou qu'elle a une courbure uniforme. Les éclipses de lune en donnent une preuve encore plus sensible. On sait qu'elles sont produites par l'ombre de la terre: or la projection de cette ombre sur le disque de la lune est toujours circulaire, quoique la terre, et pendant une seule éclipse, et dans différentes éclipses, prenne toutes les situations possibles relativement au soleil, vu qu'elles arrivent à toute heure du jour; d'où il suit que la terre, suivant chaque direction, jette une ombre cylindrique ou conique, et que par conséquent, sa forme est sphérique, ou à fort peu près. Ayant observé, à l'aide des lunettes, que tous les corps célestes, ceux même qui tournent successivement à la terre tous leurs côtés, ont la même forme circulaire ou sphérique, on pouvait d'autant moins douter que celle de la terre ne fût sphéiique f^),

(l) Les anciens astronomes avaient des idées très-justes de la rondeur de la (erre. Pioiéme'e en donne la preuve suivante: deux lieux qui ne sont pas situés sous le même méridien, voyent une éclipse lunaire à différentes heures; et la différence entre ces heures est proportionnelle à la distance d'un lieu à l'autre, s'ils se trouvent sous le même parallèle. Cet as- ^ouomc fait voir que la surface de ia terre D'est pas eoncewe^ parce qu'alors les habitaas

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