‹ Traité d'astronomie théoriqueChapitre 122 sur 268 · LIVRE III, C H A P. IX · texte numérisé non relu

LIVRE III, C H A P. IX

§. t54. Les anciens regardaient les corps célestes, comme une matière moins grossière, plus pure et plus parfaite, que la terre^ mais cette idée est démentie par les télescopes, qui nous font voir les planètes à peu près telles, que la terre se présenterait à la"mème distance. Si l'oeil était assés éloigné de la terre, pour en voir l'hémisplière entier qui est illuminé par le soleil, ce globe paraîtrait à la vue simple comme un disque lumineux, ou comme une étoilej mais on distinguerait avec les télescopes les différentes parties de la terre: les mers, les déserts sablonneux, les chaînes de rochers ou de glaciers» ,1e beau vert des forais et des prés, la blancheur éblouissante de l'hiver et . des pôles, les volcans, même les villes qui occupent plusieurs lieues, cou» vriraient la surface du globe de taches plus ou moins noires ou brillantes^ et la terre, éclairée par un beau soleil, ferait sans doute un autre effet qu'à travers un voile d'épais nuages. Les télescopes nous montrent la plupart des planètes, couvertes de tâches qui, cependant, se distinguent par plusieurs particularités d'avec les taches que la terre présenterait à la même distance.

C'est le soleil qui a le premier donné lieu à cette découverte, qui fut faite en 1611 par Galilée ou par le P. Scheiner: du moins ce dernier a observé les taches du soleil avec le plus grand soin. Depuis ce temsi il est rare de voir le soleil sans taches noires ou grisâtres , dont le nombre, ia grandeur, la forme, et la couleur, changent sensiblement et souvent asses rapidement. Les unes se forment devant nos yeux au milieu du soleil, les autres paraissent au bord oriental du soleil ^ mais toutes passent sur le disque solaire , en décrivant des lignes parallèles. Leur diamètre apparent se raccourcit, à mesure qu'elles approchent du bord du soleil; et si elles paraissent plusieurs fois dans le soleil, l'intervalle entre leur disparition au bord occidental du soleil et leur seconde apparition au bord opposé, ou ce qui revient au niême, le tems qu'elles mettent à passer derrière le soleil, est à peu près égal à la durée de leur visibilité dans , le soleil. Ces circonstaaces prouvent évidemment, que ce ne sont pas des planètes qui circulent autour du soleil, mais' àes taches sur la surface même du soleil, ou très-peu élevées au dessus d'elle, qui tournent avec ce corps sur un axe. La plupart ne dure que peu de tems, et la plus longue durée qu'on ait observée, est

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de 70 jours. Il arrive' parfois,, qu'une taclie, après avoir disparu, paraît' à la même' place au bout de quelque tems* On a observé des iaches de plus de 1/ de diamètre,, qui par conséquent étaient quatre fois pluS' grandes que la ierre, dont le diamètre' n'est que de 17'''' à cette distance.

Parmi ïe grand nombre d'hypothèses qu'on a imaginées pour expliquer ce phénomène, les suivantes méritent le' plus d'attentiono En supposant que le soleil est un nojau solide et irrégulier,, couvert d'uii fluide qui est assujetti à une espèce de flux et de reflux, on concevra que les parties plus élevées du noyau se' feront voir de tems en tems au dessus de la mer defeu, ou qu'elles luiront au travers d'elle f on verra aussi la cause de cette couleur plus faible qui entoure les taches comme une ombrer le sommet de ces montagnes ou isles: est parfaitement noir, tandis que les parties submergées, les plus voisines, ne sont qu'imparfaitement visibles au travers du fluide. '

Si l'on regarde les taches comme des caidtés dans le corps solide et ïuisant da soleil,, il est aisé de voir, que leur milieu, étant le plus profond^ sera aussi le plus noir. L'apparition et la disparition; des taches ne suivant aucune période,, il est naturel de- penser,, qu'au moins en partie- ce «ont devrais changernens ou des> révolutions qui arrivent sur le- soleilj, oa dans son atmosphère».

Comme les taches qui font une ré'volution entière", restent un" pei» plus de tems derrière le soleil, ou invisibles, qu'elles ne sont visibles sur Je* disque solaire, il s'en suit,, qu'elles sont un peu éloignées du soleil, ou qu'elles se trouvent dans son, atmosphère,, formant une espèce de nuages dont le contour est nécessairement plus mince et moins opaque que le milieu. Cela suppose que l'atmosphère' du soleil est luisante, que par conséquent la lumière du soleil est proprement celle' de son atmosphère, et que nous ne voyons; pas; le- corps solaire, mais des nuages- qui fe couvrent^ eî qui sont luisanS' comme ceux de' la terre^ mais d'une lumière propre et non-empruntée^ il est possible qu'il en est de même des planètes, quoiqu'à un moindre degié,. et que' nos; aurores; boréales, la lumière cendrée' de Vénus, etc. en sont des effets'.. Si l'on suppose maintenant;,, que le soleil même est un corps- «^aque,, les; tit€li^s> seront des ouvertures dans ralmosphërej qui laissent entre-

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Toir des parties du corps solaire; et l'ombre grisâtre qui les entoure, sera le bord plus mince des nuages, au travers duquel la^ surface du soleil perce plus faîbiement,- ainsi que nous voyons les étoiles au^ travers de l'extrémité d'un, nuage épais, hes Jcîcufes,. ou les endroits plus- lumineux que le reste du soleil, seraient, suivant cette hypothèse,, des élévations' dans l'atmosphère, des nuages de lumière accumulés et plus denses. Tout cela est conforme aux observations de M. Herschel, suivant iesïjuelies les taches paraissent dans le bord du soleil comme des excavations, au lieu que les facules y brillent d'avantage, parcequ'on voit le profil de ces montagnes, dont M. Herschel estime la hauteur au dessus de la surface" du soleil 800- lieues. D'après cette hypothèse, le soleil ne se distingue des planètes , que par sa grandeur^ et par une atmosphère plus brillante: ce n'est pas une masse de feu, mais un corps, éclairé et échaulFé par la douce chaleur de son atmosphère, et par là rendu habitable comme les autres corps célestes. D'après cela la cause est évidente de ce que nous voyons sur la terre: plus on s'élève au dessus des nuages, plus on est exposé à la lujniére pure du soleil^, et plus le froid devient insupportable f et les plus hautes montagnes,, exposées contihueliement aux- rayons- du" soleil,, sont couvertes de glace qui ne se fond jamaisi Si l'on se rappelle les changemens périodi* ques d'un, grand nombre d'éioiies (§. 6o.\ il est naturel de penser,, que notre soleil est sujet a dés cliangemeûs semblables,, et que c'est la cause de plusieurs révolutions qui arrivent sur la terre, du changement des climats, et même des variations brusques dans notre atmosphère, attendu que les; révolutions dans lalumière de l'atmosphère solaire, se font apercevoir sur la terre' au bout de huit minutes. On sait que la lumière produit, sur les corps- organisés de la terre, des effets physiques qui n'ont rien de commun avec forgane de la vue; if est donc probable , que des altérations de la lumière du soleil que nous voyons ,. ne' sf-ront pas sans iniiuence- sur la' nature^ entière de notre globe.. Si les deux côtés; du soleil sont de nature à' exercer des effets différens\, il'^n résulterait une' période de 2.7 jours et demi,, ce qui. est celle de l'a rotation du soleil f et la niétéoroiogie aurait dû mettre sur le compte de cette" rotation ,- ce qtî'elie a. attribué' à- la jévoiiUion- de' la'- lune ,- qui; a- à^ peui gT.èS' ia^ même période;.

§. i55. On n'a jamais distingué des taches sur le disque de Mercure^ à cause de sa proximité du soleil. Cependant Schroler a observé des montagnes sur cette planète, qui sont plus hautes que celles de la terre.

Saturne est si éloigné de la terre, que M. Herscîiel y a le premier découvert des taches et des bandes obscures (^}, dont il a compté cinq qui sont pai-allèles à son équateur.

Jupiter est toujours couvert de taches* et cette planète, ainsi que Saturne, se distingue des autres planètes, par des bandes remarquables qui, étant parallèles à leur équateur, divisent ces planètes en différentes zones suivant le climat, comme un globe artificiel. Ces bandes sont, sur le disque de Jupiter, très-aisées à reconnaître, et sujettes à de grands cliangemens, ensorte que leur nombre varie de deux à huit; il est probable, que les cliangemens dans l'atmosphère de Jupiter influent sur leur apparence. Parmi les taches il y en a aussi, qui éprouvent des changemens bien sensibles, et qui, en faisant le tour de la planète en tems inégaux, ne paraissent pas adhérer à sa surface, mais former des nuages dans son atmosphère. Il s'en suit, fjtie l'atmosphère de Jupiter est sujette à des révolutions considérables, à des vents violents^ etc.

Le grand nombre de taches d'une grandeur considérable, qu'on a observées sur le disque de Vénus , paraît prouver, que sa surface a àes variétés et des aspérités singulières. L'ombre qu'elles projettent toujours du côté opposé au soleil, ne laissent aucun doute, que ce ne soient des montagnes d'une hauteur extraordinaire. Schroter, ayant mesuré leurs hauteurs, en a trouvé une de neuf lieues. Il est remarquable, que les plus hautes montagnes dve VénuB, Mercure, la lune, et la terre, se trouvent dans l'hémisphère austral. M. Ilerschël a observé des phénomènes et des changemens très-remarquables sur la planète de Mars (^); entr'autres, des zones blanches et fort brillantes qui entourent les pôles, celle autour du pôle, opposé au soleil, étant la plus claire; ce qui paraît indiquer de la glace (3). M. Herschel

(l) yiccoitnt of die discoreiy of a sixlh and s&venth SalôUite of Saturn , etc. {Philos. Trans-

act. Vol. LXXX. Part I. n. I.

(3) On the Planet Mars {Phil. Trans. Vol. LXKIV. Part II. n. IQ.) (3; philos. Transact.fnr the jear 1784. p<ig- sda.

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