LIVRE IV, C H A P. VII
§. 217. La proposilion précéuente, que la grosseur apparente de la lune croil avec sa hauteur, parait contraire à une expérience généralement connue, qui nous fait croire que la lune paraît la plus grande à l'horison. En mesurant le diamètre de la lune avec des micromètres, ou en la regardant avec des lunettes, on voit qu'on s'est trompé, et que le diamètre augmente effectivement avec la hauteur, dans le rapport qui vient d'être prouvé: il s'en suit, que cette illusion optique cesse, dès qu'on regarde la lune isolée, et que par conséquent elle provient des objets qui environnent la lune, et avec lesquels on la- compare sans le savoir. On sait que chaque objet paraît moins grand, s'il est isolé, ou suspendu en l'air: tme colonne à côté d'un grand bâtiment paraît être plus grande, que dans une place vide; ainsi la lune paraîtra plus grande à l'horizon, étant environnée d'une foule d'autres objets. Il faut cependant convenir, que cela n'ejspiique pas, pourquoi la mêm® illusion a lieu sur mer, où l'horizon est libre.
Suivant une autre explication, donnée déjà par Ptolémée (0? cette illusion vient de ce que nous croyons la lune à l'horizon, plus éloignée qu'au zénit: nous sommes dans le même cas, que lorsque nous prenons vme mouche qui passe devant nos yeux, pour un oiseau, porceque nous lui attribuons une grande distance. La question est donc, pourquoi nous croyons la lune à l'horizon plus éloignée; et la réponse ordinaire est, que c'est parceque la lune nous paraît derrière une foule d'objets terrestres, tandis qu'au zénit rifin ne se présente enti'e l'oeil et la lune. Mais comme la même illusion a lieu sur mer, une raison plus juste est peut-être la faiblesse de la lumière de ,1a lune à l'horizon qui, suivant les principes de la perspective aérienne, la fait paraître plus éloignée. Il est aussi probable, que les vapeurs de l'horizon produisent une irradiation, qui fait paraître la lune, ainsi que les étoiles, plus grande à la vue simple qu'avec des télescopes. Une raison plus importante est peut-être l'expérience connue de tout le monde, que le ciel ne paraît pas comme un hémisphère, mais comme une voûte surbaissée, dont le rayon de la base, suivant quelques observations, est trois à quatre fois
(i) u4hnag. Lib. IX. Cap. a. , ,DistaDtiae majores ad horizonteni Tisibus modg apparent, «t lai-o Boies iq medii coeli iocatioaijbus".
plus grand que la hauteur: la lune nous paraîtra donc moins éloignée au zéîîit qu'à l'horizon.
Enfin on a expliqué cette illusion par la construction de notr& oeil: ei cette explication serait sans doute îa plus satisfaisante, si les observations, sur lesquelles elle est fondée, étaient mieux constatées. On a dit que l'oeil ressemble à une lentille achromatique, arec cette différence, que son ouverture est variable, en se rétrécissant ou dilatant, à mesure que la lumière est plus ou moins forte. Notre oeil voit donc la lune, lorsqu'elle a son plus bel éclat au zénit, par une ouverture plus petite, que la luîie afïaiblie par les vapeurs de l'horizon, Or, dit-on, l'expérience nous apprend, que l'image d'uB. objet luisant, formée par une lentille achromatique, à la même distance, est plus grande, à mesure que l'ouverture est plus large: l'image de la lune, projetée sur la rétine, sera donc plus grande à l'horizon, où nous la regardons I travers unç ouYcrture plus large, qu'au zénit où la prunelle s& rétrécit.