CHAPITRE. L
Classification de ces phénomènes.
§. 222. J-Jes éclipses et occultations: des corps, célestes sont des pliéno= toènes frappans même pour ceux qui ne s'occupent point de l'astronomiei des pliénomènes qui ont dû étonner et effrayer les premiers observateurs, qui devinrent ensuite un objet de curiosité,, et qui servent encore de preuve, sur laquelle le public juge de la. justesse et de la sûreté de la tliéorie de l'astronomie. Le spectacle majestueux da ciel étoile,, parsemé d'une infinité de sphères brillantes, le mouvement calme- et solemnel de cette voule magnifique, qui paraît obéir à des lois éternelles^ tout cela fit de l'observation da ciel l'occupation la plus douce des premiers bergers, qui servait à chasseit l'ennui de leurs nuits oisives, en leur présentant chaque jour de nouvelles scènes. L'interruption inattendue de leurs jouissances journalières, la disparition subite et inconcevable des objets qu'ils étaient accoutumés de regarder avec admiration et vénération , devaient leur inspirer une crainte- des suites funestes de ce dérangement apparent; et ils ne pouvaient être tranquilles, en: voyant qu'une cause inconnue priva les plus, beaux ornemens. du ciel 5 da la
m ASTRONOMIE RATIONNELLE
ÎLimière qui avait éclairé leurs jours et leurs nuits. Le retour de cette lumière, les fréquentes répétitions de ces phénomènes qui n'eurent jamais de suite* funestes, étaient nécessaires pour leur donner le courage, de les regarder sans peur, de les attendre même avec impatience. La peur et la curiosité firent des éclipses les évènemens les plus importans, qui furent notés dans les plu* anciens tems. Dès que cela fut fait, il était naturel d'examiner, s'il ne s'y manifestait pas un certain ordre, qui pût servir à prédire l'époque d'un événement semblable; et aussi tôt qu'on eut découvert une période, et qu'on se fut aperçu qu'elle était intimement liée avec les mouvemens périodiques des deux corps célestes, ces phénomènes rentraient dans la classe des autres objets de l'astronomie, et leur cause ne pouvaii plus être un secret. Ils devinrent entre les mains des astronomes une source des découvertes les plus utiles , et longtems après, les observations des éclipses de lune furent la seule base de la théorie des mouvemens de cet astre.
§. 223. Lorsque les centres ou quelques parties de trois corps célestes se trouvent sur une même ligne droite , les rayons d'un des deux corps extérieurs ne pTsuvent pas arriver à l'autre, étant interceptés, au moins en partie, par celui qui est au milieu. Le corps B [flg. 64-) couvrira l'objet C, ou le fera disparaître à l'oeil, supposé en A, entièrement ou en partie; mais l'oeil en B verra les deux corps A et C, opposés l'un à l'autre, pourvu qu'ils aient assés de lumière. Mais si A est un corps opaque , qui reçoit la lumière de C, le corps B interceptera la lumière qui est nécessaire pour que A soit visible: A entrera dans l'ombre que B projette du côté opposé au corps lumineux C, et par conséquent Usera invisible ou éclipsé, soit que l'oeil se trouve en B, soit qu'il se trouve dans un lieu quelconque D: l'oeil en D verra} que le corps A entre dans l'omln-e du corps B, et quil est éclipsé de plus en plus. Tout cela suppose que la route de la lumière est une ligne droite. Si, en traversant plusieurs milieux, la lumière est détournée de sa roule, l'occultation n'aura lieu, que si les lieux apparens, ou altérés par les réfractions, se trouvent sur une même ligne droite. Mais la réfraction étant peu considérable, et indépendante des distances, elle aura la même influence sur les deux corps; et le plus souvent il serait tout-à-fait inutile d'en tenir compte.
Les différentes espèces de «es phénomènes peuvent êlre comprises sous hs terme général d'occmUitîons ; mais la diversité du spectacle -qu'ils présentent, -et des règles qu'il faut suivre pour les calculer, exige leur classification. Comme tout se réduit à trouver l'instant, où des parties données des trois corps se trouvent sur une même ligne droite, il est aisé de voir, que ce calcul suppose une connaissance exacte des mouvemens des corps céleâiss, de leurs dia- "mètres apparens, et de leurs distances ou parallaxes. La théorie de leurs mouvemens donne le lieu vrai de chacun à une époque donnée; les parallaxes et les diamètres nous apprennent, de combien les cenirefS peuvent s'écarter de lu ligne droite, sans que d'autres parties de ces corps cessent découvrir run:S l'autre: elles détermineront donc la durée et les autres circonstances de ces phénomènes, d'où il suit, que leurs observations serviront à rectifier le calcul, ou les élémens employés dans le calcul. Cek seul prouverait la grande importance de ces phénomènes, gui se manifestera davantage par la suite.
§. 324. L'observateur ou la terre étant en B (Fig. 6^.), le corps lumineux eu le soleil en G-, k terre projettera suivant la direction B A une ombre, dont le diamètre va en décroissant de B en A, et devient nul à une certaine distance BA, parceque le soleil est plus grand que la terre. Chaque corps opaque A sera éclipsé, en traversant l'ombre BAj il le sera d'autant plus, qu'il est plus près de B. En général il est aisé de voir que deu.x conditions sont indispensables^ pour que A s'enfonce totalement dans l'ombre, ou que l'éclipsé soit totale: il faut i) que A soit plu:S petit que B, parceque tous les diamètres de l'ombre sont plus petits que celui de la terre, 2) que A soit assés près de B, pour que le diamètre de l'ombre h cette distance soit plus grand que celui du corps A. Kelativément à la terre, la liuie est le. seul corps céleste qui puisse remplir ces deux conditions, lorsqu'elle est en A opposée au soleil C, ou qu'elle est pleine: aussi voit-on souvent ly. pleine lune éclipsée entièrement ou en partie, et les éclipses lujiaires n'arrivent jamais qu'à la pleine lune. Un observateur, placé en D hors de la îigiie ABC, verra également la lune éclipsée, ainsi que nous voyons en D les éclipses des satellites A , lorsqu'ils s'enfoncent dari'S l'ombre de Jupiter B<, ii s'en suit que, si la lune était occultée par un-autre corps B , la terre D
verrait une éclipse lunaire, quand même ia lune ne serait pas pleine j mais les seuls corps célestes qui puissent se placer entre le soleil et la lune, savoir Vénus et Mercure, sont si éloignés de la lune, qu'elle est toujours hors de leur ombre, dans quelque point de la droite CB qu'elle se trouve. 11 en est de même, lorsque la terre étant en Bj un autre corps se trouve en A au lieu de la lune. En eflfêt, les planètes supérieures, étant opposées au soleil, seraient éclipsées aussi bien que la lune, si leur distance à la terre n'était si grande, qu'elles se trouvent toujours hors des limites de l'ombre de la terre. Elles nous paraissent dans leur plus bel éclat, dans l'instant même où elles devraient être éclipsées, parceque la terre est trop petite, pour leur cacher une partie sensible du disque solaire.
§. 225. L'oeil étant en A, et deux corps célestes en B et G, le corps B cachera à l'oeil une partie de G, aussi souvent que la droite AC passe par B. Cette occultation totale ou partielle peut être envisagée sous difFérens points de vue, selon la nature et la grandeur des corps B, G. Le cas le plus simple serait celui, oiî B et G ont la même grosseur apparente: si l'un des trois corps, ou tous les trois ont, dans ce cas, un mouvement propre, l'occultation peut être totale, mais elle ne peut durer qu'un instant. S'ils n'ont ni mouvement propre ni parallaxe diurne, l'occultation peut durer longtems. Gomme ces suppositions n'ont lieu que relativement aux étoiles fixes, dont la parallaxe annuelle est aussi insensible, l'occultation d'une étoile par une autre sera visible dans tous les lieux de la terre, ori les étoiles sont visibles, et elle durera continuellement, à moins que le sj'stème solaire ou les étoiles n'aient un mouvement propre, ou que la parallaxe annuelle ne soit sensible. Dans un pareil cas, l'étoile la plus éloignée paraîtra derrière Tautre: c'est ce qui paraît efïectivement être le cas de quelques étoiles doubles, ainsi qu'on Va vu plus haut.
En général^ si B est assés grand pour couvrir le corps G entier, et que G n'est pas un corps qui éclaire la terre, comme le soleil ou la îune, on appelle cela une occultation proprement dite. Telles sont les occultations d'une planète par une autre, des étoiles par les planètes, et principalement celles des étoiles ou des planètes par la lune. Pour cet eflêt, il est nécessaire (^ue la grandeur apparente de B soit au moins égale à celle de G.
Mais si la grosseur apparente de C est beaucoup plus grande que celle de B , le disque de C né peut pas être couvert par B, mais on verra B passer sur le disque de G comme une petite tache: c'est ce qu'on appelle un passage. Puisqu'aucun corps céleste ne passe entre la terre et la lune, les seuls phénomènes de cette espèce pour la terre, sont les passages des planètes inférieures sur le soleil, et des satellites de Jupiter sur le disque de celte planète. Il est aisé de voir, que ce cas a toujours lieu, si le corps A est assés éloigné de B, pour se trouver hors des limites de l'ombre de B, qui se rapporte à la lumière que B reçoit de C. C'est ainsi que les passages des planètes inférieures se présentent à la terre et k la lune, et ceux de la terre et de chaque planète inférieure aux planètes supérieures: les éclips'es annulaires de soleil y appartiennent aussi.
§. 226. Si le corps C, occulté par la lune B, est le soleil qui illumine la terre A, il en résulte une éclipse solaire. Puisque leMiamètre apparent de la lune est à peu près égal à celui du soleil, et quelque fois plus grand, la lune en conjonction, ou la nouvelle lune peut effectuer une éclipse totale de soleil ; et c'est le seul corps , qui soit assés grand pour produire cet effet. Afin que le soleil C soit couvert par la lune B, il est nécessaire ^ue l'oeil A se trouve à peu près sur la droite CBA, et assés près de B: la situation de l'oeil n'est donc pas indifférente, et le phénomène ne sera pas le même pour tous les lieux de la terre; en d'autres mots, la parallaxe de la lune fait, que de chaque lieu de la terre on voit une autre éclipse de soleil, et que la même éclipse peut être visible dans un lieu, et invisible dans un autre, quoique le soleil soit au dessus de l'horizon. Du reste il est visible, que pendant une éclipse solaire la terre A est dans l'ombre de la lune, et que par conséquent on verra de la lune, et de chaque autre corps céleste, une éclipse de terre. C'est ainsi qu'on voit de la lune une éclipse solaire, lorsque nous avons une éclipse lunaire : alors la lune est en A , et la terre en B couvre le soleil G.
ASTRONOMIE R A T ï O N N E L L -E
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