CHAPITRE I
, Preuves de l’attraction universelle.
$. 35. 1.1 a é;é prouvé dans les deux cliapiirrs prérédens, que lef lois de Kepler ne son! pas seulement une suite néoes.iaire d'uue force cm* traie du soleil, dont l'accélération est réciproque au carré de la distance, mais qu'elles ne pourraient pas exister sans celte force. Il est donc certain, que le soleil attire les planètes avec une pareille force; qu'elle s'alfaiblit à mesure que la distance augmente, sans pouvoir jamais devenir nulle; qu’elle se répand aux distances les plus immenses, mais qu'elle devient insensible, surtout en se confondant avec d'autres puissances. Il en résulte, que disque corps qui entre dans sa sphèie d'activité, est soumis à ses lois qtir sont celles découvertes par Kepler; que tout astre qui approche du soleil autant que la planète la plus éloignée, doit décrire autour de lui une section conique,
U moins qu’il ue soit retenu par une autre force qui l’emporte sur celle da soleil. Rien n était plus naturel que d'appliquer ces prinèipes aux comètes, visibles sur la terre, qui toutes approchent du soleil plus que Mars. Newton, le créateur de l’aslronomie physique, fut aussi le premier qui calcula.
Ifcs, orbites, des. comètes, suivant les lois de Kepler, et le résultat se trouva.
LIVRE III, C H A P. I, perfaitment d'accord avec les oKservalions (’). On a fait l’objeclion, que la furce attractive du soleil, à l'iustar de l'aimant qui n’attire que le fer, agit sur les planètes seules, et non sur les comètes qui sont apparemment d’une nature fort differente. Cela peut être; mais nous ne connaissons pas la nature des planètes plus que celle des comètes, et rexpérionee a prouvé qu’elles suivent les tois de l’attraction du soleil aussi bien que les planètes, La veilu inagnéiique est d’une nature lout-à-fait différente: elle peut «ire communiquée au fer, et elle peut être détruite à volonté; on peut l'augmeO' ter et allliiblir, etc. Il est plus naturel, de comparer rallraclion du aoleil avec la pesanteur sur la terre, qui agit sur tous lem corps qui s’approchent de la terre, quelle que soit la matière dont ils sont composés. La généialité de l'altraclion du soleil est enCn paifailement prouvée pur la théorie muiler* ne de la lune. Cette théorie qui satisfait aux phénomëaes avec la plus grande précision, est fondée sur riiypolhèse, que le soleil, aussi bien que la terre, attire la lune en raison iiivcise du carré do la distance; et celte hy> polhèse explique parf.iilemeul toutes les irrégularités de la lune, connues par observation. 11 est vrai que la lune ne décrit pas une ellipse autour du suit il, p.-irce qu’elle est forcée par rallruelion de la terre, qui l’emporte sur celle du soleil, de circuler autour du la terre; mais sa vraie orbite n’est pas non pins une ellipse autour de la terre, mais une courbe qui nuit de lu composition de deux forces, dirigées vers la leiie et le soleil,, cl réci* proques aux carrés des distances. Le mouvement elliptique des- planètes et des cuiiiëtes, les écarts de la lune d’une ellipse, l’action du soleil sur le flux et le reflu.x de l’océan, sont les plus furies preuves, que raltrarlioii du soleil est générale, et qu’elle agit suivant une loi iuvatiable,. sur tous les. corps qui s'approibenL de sa sphère d'activité.. '
OLseivuns en passant,, que ‘c’esi lu plus forte preuve physique du mouvement de la terre, ainsi que nous avons, vu (il. §. 126.),. que la troisième loi de Kepler en est la plus furie preuve astronomique.. La terre, ^|pnt au milieu de la sphère d'activité du soleil,, doit être soumise à son action, aussi l'i. Il que 1rs autres planèlrs. Elie se piéi ipilerait i.écrssaiiemcnt dans-
A-/, i'nnc, Mfifi. i'wH. iH, J’iup. jLL. ‘IJ-
le soleil , si elle n’avait pas un mouvement circulaire autour de cet astre, d'où résulte une force centrifuge qui balance la force centripète.
36. Cela donne lieu 'à la question, si l’attraction est une propriété exclusive du soleil, ou une qualité générale de tous les corps. Le dernier serait au moins très-probable, quand-même l'e.xpérience ne nous montrerait aucun autre corps, doué de cette propriété. L'impossibilité même, d’expliquer par les propriétés connues des corps, l’atlraclion dont l’existence est hors de doute, semble indiquer, que c’est une des propriétés élémentaires, essentielles, et par conséquent générales de la matière, qui, à cause de leur simplicité, n’admettent pdl une explication ultérieure. (Quelle que soit la variété de la nature des corps, la conservation de la nature, et la coopération à un 'seul but, suppose nécessairement des lois générales, auxquelles tous les corps sont soumis sans e.xception; et le lien qui réunit le système solaire, en retenant la totalité des planètes et des comètes dans leurs orbites, est selon toutes les apparences une de ces lois générales. On ne peut pas disconvenir, que les propriétés connues des corps, leur étendue, impénétrabilité, inertie, n« suffisent pas, pour produire les phénomènes ' de la nature les plus ordinaires; parce qd’il ne peut en résulter qu’un repos parfait, ou des mouvemens rectilignes, ou enfin des chocs d’un corps contre l'autre: les corps seraient ensevelis dans le repos du tombeau , ils feraient une masse informe, ou ils seraient dispersés dans l’iinmcnsité de l’espace. Il faut donc qne les corps aient d’autres qualités ou vertus; et pour que l’univers forme un système, il doit exister une force générale qui réunit les corps les plus éloigués, et qui les force de contribuer au bien et è la beauté du tout.
il est certam que l'attraction inulucllc satisfait k toutes ces conditions; et pent-èlre la plus vive imagination n’a jamais conçu une idée plus heureuse et plus fertile, que l’hypothèse de la *pesanleur universelle qui se développa dans la réflexion tranquille de Newton, et qui joint la solidité de la géon^rie aux charmes de la poésie.- Elle est dans le monde matériel,
ce que l’amour propre est dans le monde intellectuel; ainsi que celui-ci, elle
est la source de laquelle découlent tous les services que les corps se rendent l'un à l’autre et au sy stème entier. De môme que les diverses modifications de ce
puissant ressort, les diflëretfs obstacles qu'il a à vaincre, ou les obiels parti* «uliers qui l'attirent, produisent des actions qui au premier regard ne pré** sentent aucun amour propre, mais des sacrifices désintéressés, tels que les nobles vertus de l'humanité, du patriotisme, etc. de même la gravitation uni* vciselle est lu source de tous les mouvemeas qui produisent l'harmonie de l’uni* vers, et dans les(]uels l'observateur superficiel s'aperçoit aussi peu de l'attraction, que lorsque la planble périhélie s'éloigne du soleil. Ainsi qu'un bon* querant, le soleil s’empare de tous les astres moins puissans, mais seulement pour prévenir les désordres de l'anarchie dans son domaine, et pour y répandre la lumière et la chaleur.
On pourrait demander, s’il y .1, ici comme dans le monde inlellectuel, . des anomalies, des actions d'un amour-propre outré, contraires au bien général, des tyrans qui ne t'ont des conquêtes que pour détruire. Cette question a été résolue de dilTérentes maniëies: Il parait que de pareils abus ne
peuvent pas être supposés ici, où l’instinct et les moyens de le satisfaire, découlent de la même source; les dérangemens partiels contribuent à la per* fection générale; et toute l'hisloirc de l’astronomie ne présente aucun exemple incontestable de la déstruction d'un corps céleste. Personne ne peut former comme l'astronome, ce voeu que les lois de l'auteur de la nature soient remplies aussi fidèlement dans le monde inlellectuel, que dans le monde matériel.
5. 37. On verra {Chap. IIT^, que le principe do la réaction prouve rigoureusement, que toutes les planètes qui se meiivehl autour du soleil suivant les lois de Kepler, doivent être douées d’une force centrale, proporlioneile l leurs masses divisées par le carré de la distance. Partout où l'on peut faire des expériences, elles viennent à l’appui de celle vérité, sans qu'il y en a aucune qui lui soit contraire. Chaque planète force les astres qui approchent d'elle, de circuler autour d'elle suivant les lois de Kepler, comme tes planètes entourées de satellites; ou si son attraction est surpassée pat une autre plus forte, elle a du moins une influence sut son mouvement, toul-à-fait conforme à la loi d'attraction. Chaque calcul, fondé sur cette hypothèse, en fournit une nouvelle preuve, s’il salislait aux phénomènes:
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ainsi toute rastronomie physique, et principalement la théorie des perturba» lions , à l’aide desquelles les tables modernes sont si bien d’accord avec les observations, est une suite de preuves nombreuses de l'aitraction générale. ' Il sera bon cependant, de rassembler ici les fa'its les plus impurtans.
On a vu (II. §. 3ti. 3a8.), que le rapport qui CAiste entre ies révolutions des satellites de Jupiter et de Saturne, qui ont été déterminées 'par les observations d’une longue suite d'années, et entre leurs distances à la planète priiu;ipale, mesurées avec le micromëtie, sont entièrement coni'ormes à 'la' troisième loi de’ Kepler; que plusieurs de ces satellites décrivent des ellipses suivant les lois de Kepler (II. 3i8. 33i.;; et que le mouvement des autres satellites parait être circulnire et uniforme, ensortc qu’ils décri- •vent des secteurs proportionnels au teins, il s'en suit que Jupiter, Saturne et Uranus sont doués d’une üorce centrale, qui agit suivant la même loi que celle du soleil.
Les perturbations considérables que Jupiter et Saturne exercent l'un sur l'autre, prouvent que la force attractive de ces deux planètes agit sur tous les corps qui approchent de leur sphère d’activité; et il en est de même des autres planètes. L'application que la théorie moderne a faite de cette loi, dans tous les cas où deux astres sont assés piès l'un de l’autre, et la grande précision que les tables astronomiques doivent à cette application, sont la preuve la plus complète, que tous les coips sans exception s’attirent mutuellement avec une force, réciproque au carié de la distance,
§. 38. L’exemple de la planète que nous habitons, mérite une attention particulière, parce qu’il donna à Newton la première iviée de la gravitation universelle, et qu’il est en notre pouvoir de faire des expériences sur la planète même. La base de toute la théorie de la lune est l’ellipse que ce satellite décrit autour de la terre suivant les lois de Kepler, ce qui prouve une force centrale de la terre, réciproque au carré de la distance (JL. JI. Ch. /.). Ses écarts de l’ellipse, ses inégalités ou équations, s'expliquent pariaiteroent par la iorce centrale du soleil, qui agit sur la lune aussi bien que sur la terre; ce qui est ’une nouvelle' confirmation de rattraction universelle , ainsi qu’on l’a vu. , Mais il y a d’autres réfiexions qui regardent