‹ Traité d'astronomie théoriqueChapitre 8 sur 183 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

'mîtes les notions, dont l'ensemble a reçu le nom de philosophie, doivent

leur origine à ces deux penchans irrésistibles dont le créateur a doué nôtre ame: celui de généraliser nos idées et nos connaissances, et celui d'approfon. dir la cause de chaque elTet. L'un et l'autre ont été abusés par l'homme, ainsi que tout ce qu'il a reçu des mains bienfaisantes de la nature, sans' cepen> dant pouvoir entièrement déjouer ses desseins. Le dernier penchant a conduit les hommes aux plus importantes découvertes physiques; mais son abus, et la manie d'expliquer des cil’ets, avant que l’on en eût une connaissance solide, firent naître ces innombrables systèmes et hypothèses qui ont,

peut-être, retardé les progrès des sciences plus qu'aucune autre chose. On peut dire sans la moindre partialité, que l'astronomie a moins de reproches à se faire sur ce point, que les autres sciences. On n'a fait des hypothèses en astronomie, que pour faciliter le calcul, ou pour donner aux observations

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uns direction convenable. L'asironcmie rationnelle était enliiremenl achevée, avant qu’on sonj^eât à l’aslrononiie phy^ii/iie, et celle-ci était, duiis toute son étendue, le résultat de la première: on connaissait pai faitemeiit les niouvemens des coips célestes, avant qu'on entreprît de les e.xpliquer; et celte connaissance, ainsi que l’ordre parfait de ces mouvemens, qu’elle faisait voir, fut la cause qui força les asironoircs de songer ii une explication physique.

Lorsque le philosophe a fait la revue de toute la richesse d'observations anciennes et modernes, dont les deux pieniiers loines de cet ouvrage oITrenl les résultats; quand à travers le labyrinthe des mouvemens planétaires, il est parvenu à In connaissance du mécanisme de cette grande machine, et qu'il s'aperçoit euBn, que tous ces mouvemens qui parnissent si compliqués, et qui se présentent sous tant de formes, se font siiitanl une seule règle simple et générale; alors il ne lui reste qu'un besoin, d'autant plus pressant, quo. c'est le dernier. (Quelle est la cause e/licicnle de ce mouvement uniforme? Quelle force porto celle infinité de corps immenses, à obéir à la mémo . loi, sans s'écarter jamais des orbites qui leur ont été piescriles? Quel est le dernier ressort qui met en mouvement le rouage de celle machineT

Rien n'est plus naturel que ce passage à l'astronomie physique. Il est probable qu'elle n'exislerail pas sans la théorie Keplérienne qui découvrit la loi simple et générale des mouvemens célestes: on peut au moins rrganler l’age de Ke-flee comme l'époque de l'oiigine de celte science. Comment aurail-on pu penser à chercher, par les principes des malliémaliques et de , la physique, la cause de phénomènes, dans lesquels un n’aperçut aucun dessein déterminé, aucun ordre géométrique? N’aurail-il pas valu mieux allribuer ces mouvemens sans bût et sans ordre, au pur hazard qui les laisse exister, jusqu'à ce qu’ils se détruisent eux-mêmes? Il est vrai que les philosophes grecs ont proposé des questions qui semblent appartenir à fasironomie physique; mais, sans avoir en vue une théorie géométrique des lois du mouvement, ils s'égaraient dans un labyrinthe d’hypotlièses métapliysiquea qui, dans le fond, n’ont rien de commun avec la physique. Au lieu de chercher une simple force mouvante, ils franchirent les bornes que nous devons mcllre à nos recherches , ils projellaient des plans d'après lesquels l’u-

IN TRODUCTtON

nircrs dorait èlre produit, et tâchaient de pénétrer l’cisence des premiers éléiiiens ou atomes qui devaient le composer. Une philosophie plus solide, et une connaissance plus parfaite du système du monde, lit disparaître ces rêveries; et peu de tems après que Copernic eut découvert le vrai système, on commença h faire des recherches sur la partie physique ou mécanique des mouvemens célestes. Uastronomie phjrslifue est une de ces sciences qui doivent leur existence au- dix-septième siècle, si riche en découvertes, et qui font le plus grand honneur à l'esprit humain. Elle a produit les plus grandes découvertes, et même la science eulièie de la dynamique. Jamais peut-être l'esprit humain ne s'est montré plus grand, que lorsqu'il développa les premières propriétés essentielles de la matière; lorsqu'il remonta h la première source de cette variété infinie de mouvemens que la nature présente aux êtres pensans; lorsqu’il décbitFra l’essence de ces suLislancrs intellectuelles qui, selon lesanciehs, conduisent cliaque planète dans son orbtie curviligne, et la retiennent dans une distance convenable au soleil; lorsqu’il osa concevoir des êtres invisibles cl jamais conçus; lorsque, sans se perdre dans des s|)écDlalions métaphysiques sur la nature des forets, il les soumit aux

mesures géométriques les plus exactes, comme si c’étaient des corps, et rédui-

sit les luis de leurs actions en un système qui, par rapport h la solidité et l'étendue, n’est point intérieur aux autres sciences mathématiques; en un mot, lorsque Ncwtox entra dans sa brillante carrière.

Il était aisé de prévoir, que les premières hypothèses physiques seraient aussi peu satisfaisantes que celles de l’astronomie ralionuelle, et que l’on raffinerait longlems, avant de revenir à l'hypothèse la plus simple; cependant les choses allèrent beaucoup plus vite dans l’astronomie physique. Dis Cartes est sans doute le premier qui ait composé un système complet, pour expliquer te mécanisme des mouvemens célestes; mais il lui manque cette simplicité, dont la nature ne s'écarte jamais, et les connaissances astronomiques plus exactes ont brisé les tourbillons Cartésiens depuis longtems. Plusieurs ans auparavant Kepler émit des idées relativement à l'astronomie physique, qui sont peu dilTcrentes de celles qui font encore aujourd’hui la basa de cetle science; et il parait qu’on n’a pas assés reconnu les mérites que

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ce grand génie a aussi de celle partie de l'aslrononûe. On trouvera dans la auile de ce livre, piusicuis passages de ses ouvrages, qui pouvaient aisément conduire un génie tel que Newton à ses sublimes idées. On peut dire, sans être injuste, que Newton a été instruit par Kepler, non -seulement parce qu'il a déduit toute sa théorie, comme une conséquence immédiate, des lois de Kepler, sans lesquelles celte théorie nexislerait pas, mais encore à cause de ces passages si clairs et si solides, que Newton ne les aurait pas désavoués. Les connaisseurs ne penseront pas, que cette remarque soit préjudiciable au mérite de Newton. Il y a toute apparence, que Kepler lui-même aurait tiré de ses propres découvertes , toutes les conclusions de Newton, si cela n'avait exigé encore beaucoup d'autres déc'ouvertes mathématiques qui, en partie, lurent faites peu de tems avant Newton, mais principalement par lui-méme. Connaissant profondemenl toutes les observations astronomiques et toutes les découvertes des grands géomètres de 'son tenu , animé par un çénie ardent, éclairé par une saine philosophie, et libre de la manie de faire des hypothèses, Newton fraya lui-même la roule, dans laquelle il a fait une suite de découvertes, dont une seule aurait immortalisé son nom. I.a théorie Ne^vtomenne fut bientôt reconnue de tous les astronomes pour une vérité démontrée, et les recherches et calculs astronomiques les plus imporlans depuis Newton , ne sont qu'une application de cette théorie à un cas particulier. Vaitronomic physique est le système des découvertes de Newton.

Les premières propriétés fondamenlaies de la matière, et les lois générales des forces mouvantes, spécialement des forces centrales qui sont la base de l'astronomie physique, auraient pu être supposées ici. Mais pour que ce tome ne fût pas un fragment, mais on traité complet , il était nécessaire de liiire précéder les premiers principes des mouixmtns de transfulion et de rolu/ion (Lie. /. et /jV. ly. Chap, I. a. 3.). Au moyen de ces principes , Newton conclut de ta théorie Keplérienne des mouvemens planélaises, l’existence d'une jbree centrule, dirigée vers le scdtil, et la loi suivant laquelle celte force agit à diÿèrcntes distances (Liv~ II. Ch~ i.). Cette loi étant connue, les mouvemens des planètes suivant les lois de Kepler en étaient une suite nécessaire , et la force qui relient éternellement IcspUaêtes dans leurs orbites, était décou-

INTRODUCTI.ON 5'

Tei'ie (Liy. TL Ch. a.'. Il ëtail naturel, d’appliquer cei raUonnemen» austi aux sjstcmc» de» salelliles, où les lois de Kepler sont également exécutées, et d'étendre la lui de la Ibrre centrale à des distances quelconques, parce qu'on ne conçoit pas, pourquoi elle ne serait active qu'à de certaines distances. (i'est ainsi que Newton découvrit, que Saturne, Jupiter, et la terre, sont doués d’une force centrale, semblable à celle du soleilj que celte force centrale de la terre est la même que celle qui, à sa suiface, est appellée gn.rité ou fyesuutcur; el (jue la force centrale, ou XuUraction est une propriéli comninne à' lotit ce qui es! niaU'nel, et par conséquent proportionnelle a la masse {IjW III. Ch. t.'. Il en résulte quelques petites corrections de la théorie Kcpléiienne du mouvement elliptique des planâtes autour du soleil, supposé immobile au fo^er, quand -même il n'y aurait pas«d'aulres corps (/ac. IJI. Ch. 3. I.). Le rapport qui existe entre la force centrale et la masse, donne des éclaircissomens Itès-imporlans relativement à la valeur intrinsèque^ ou aux densites et masses îles corps qui composent notre système solaire (Ijy. III. Ch. 4-1- Celle découverte de l’attraction ou de la pesanteur universelle n’élait rien moins qu’une spéculation inutile, et Newton lui-mcme montra les conséquences importantes que l'on peut en déduire; comme la détermination de VopUitisscment de la terre (IJr. II''. Ch. 7.I, l’explication de la pricession des 'Iquinoxrs {IJc. IV. Ch. 6.>, et des perturbations des corps célestes {Liv. T'.). Celte partie a été le moins approfondie par Newton, et le plus enrichie par les travaux des astronomes el analystes modernes, principalement par les recherches sur la libration de la lune {Lia. IP". Ch. 5.), aur les perturbations de Jupiter et Saturne (JJ*, y. Ch. 5.6.7.), théorie delà lune (IJv. y. Ch. 8.), celle des soù'//i'/cs de Jupiter (IJv. y. Ch. 9.), et sur les titangemens de Pélat du système solaire en général (Uv. y. Ch. 10.).

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