Trois modes d’assiette des coupes, leur importance
N° 55. — La connaissance exacte de la conception
Es
théorique de lexploitation est indispensable à celui qui veut être producteur de bois, comme elle l’est à celui qui veut installer une entreprise quelconque, agricole ou industrielle. Il faut que l’un et l’autre connaissent à fond les organes et la constitution de leur entreprise, non pour toujours en suivre servilement les règles, mais, au moins, pour en raisonner en connaissance de cause et s’en approcher dans les limites convenables. Comment pourra-ton régler l’aménagement d’une forêt donnée à laquelle on veut faire produire du bois de 120 ans, si on ignore l’organisation de l’exploitation aménagée ?
À un autre point de vue, la théorie de l’exploitation fo-
restière permet seule d’asseoir des règles certaines pour la solution des questions les plus délicates, telles que les estimations de la propriété et de ses démembrements. Comment, par exemple, pourrait-on formuler et appliquer la règle que l’usager, absorbant tous les fruits, a droit, en cas de rachat, à la valeur des récoltes pendantes, si on ne connaît pas la constitution de l’exploitation forestière et si on ne sait pas en faire l’analyse ?
La théorie seule éclaire la pratique et il est nécessaire de s’en pénétrer d’une manière didactique.
Chaque science a ses définitions par lesquelles son langage est précisé et qui servent de base aux explications ultérieures. L'économie forestière a, aussi, sa terminologie spéciale et ses généralisations théoriques ; les omettre serait s’exposer à ne pas être compris, car il n’y a de science réelle qu'avec des définitions nettes et précises.
Il est indispensable d’observer que dans les sciences économiques et sociales qui empruntent leurs termes techniques au langage usuel, le même mot a souvent des sens différents, suivant la science qui s’en est emparé. Une définition n’est jamais absolue ; elle ne conserve son sens et sa portée que dans l’ordre d’idées de chaque branche scientifique.
Nous rencontrons, dès le début, une application de cette remarque et nous aurons l’occasion d’en citer d’autres ultérieurement. (Voir n° 92, futaie.)
Dans le langage juridique, /a forêt est un immeuble implanté d'arbres et dont la production principale est le bois (*).
Des arbres isolés dans les champs et sur les routes, ceux des avenues dans les domaines ruraux, ceux des
(:) On peut ajouter aussi les écorces à tan et à liège et les résines ; ces produits, s'ils sont la production principale de l'immeuble boisé, en font également une forêt.
pâturages dits prés-bois, ne constituent pas des forêts dans la science du droit.
La distinction est importante, car aux forêts seules s'applique la législation spéciale du Code forestier ; les arbres des autres immeubles sont régis par le droit commun, civil ou pénal.
Pour la sylviculture, la forêt est une association d’arbres vivant ensemble sur le même terrain, un groupement d’essences sociables, ayant un seul ou plusieurs âges et dont il faut étudier les conditions de la végétation de manière à les faire vivre dans le meilleur état possible et à leur assurer le plus haut rendement.
En économie forestière, le sens du mot forêt est tout autre : c’est une exploitation rurale destinée à la production du bois.
Le mot exploitation a ici le sens de fabrication, entreprise ; exploiter signifie faire valoir, conduire et diriger une production déterminée. La forêt est une usine à fabriquer du bois, s’il est permis de s’exprimer ainsi, par assimilation économique.
La technologie forestière emploie le même mot exploitation pour désigner l’abatage et la facon d’une coupe ; nous ne l’emploierons point dans cette acception spéciale, car cette exploitation est pour l’économiste la réalisation de la récolte.
Des arbres isolés dans les champs ou dans les pâturages forment aussi une exploitation à bois; mais celle-ci est généralement accessoire à l’exploitation du domaine, c’est ce qui la différencie de la forêt, dans laquelle l’entreprise de la production du bois est le but principal de lexploitant.
A cette production du bois, il convient de joindre celle des écorces à tan et à liège et celle de la résine. Les immeubles qui y sont consacrés ({aillis à écorces du Nord- Est, chénes-liège de Provence et d'Algérie, pignadas des
Landes), sont aussi des forêts dans le sens économique, mais des forêts spéciales, dont nous n’aurons pas l’occasion de nous occuper, car il faut savoir se restreindre et étude de exploitation à bois est encore assez vaste.
N° 56. — Toute exploitation a ses éléments constitutifs, comme toute machine a ses organes dont il faut avant tout étudier la fonction pour se rendre compte des résultats. Les éléments de l’exploitation forestière sont :
L'arbre isolé ; Le peuplement d’un seul âge ().
L'arbre isolé est élevé pour lui-même et considéré pour son travail individuel, soit qu’il existe sur des terrains improductifs (routes, canaux), sur des cultures agricoles (champs, pâturages), ou sur des cultures forestières (taillis, etc.). Dans les peuplements provenant de semis naturels ou artificiels ou de plantations datant de la même époque, l’arbre perd en quelque sorte son individualité ; il travaille en société d’autres tiges de même âge et de même force. C’est la fabrication collective qui est, en quelque sorte, le but de l’exploitant. Si, par exemple, celui-ci abat un hectare de taillis de 30 ans et s’il en réalise 150 stères, il considère ces 150 stères comme le produit du peuplement sans s'inquiéter des tiges qui les ont fournis.
Quand nous disons que l’arbre travaille et qu’il est l’ouvrier producteur du bois, nous faisons abstraction de la réalité des choses, c’est-à-dire du sol, de air et de la lamière qui ont été les véritables agents producteurs, ou plutôt les causes initiales de la production.
L’agronome agit de même en disant que les betteraves produisent des racines à sucre; l’économiste n’examine que les résultats.
(1) Il nous arrivera souvent d’abréger et de désigner par le seul mot peuplement les massifs forestiers formés de tiges nées à la même époque.
Il est bien certain que dans l'exploitation forestière, comme dans l’exploitation agricole, exploitant aura toujours égard aux règles culturales dictées par l'observation et la science ; il n’y a d’utiles et fructueuses exploitations qu’à cette condition. L’économie forestière, loin de dédaigner la sylviculture, doit toujours s’inspirer de ses conseils et les suivre avant tout.
Cette observation faite, nous n’y reviendrons plus; toutefois elle était nécessaire, car l’économie forestière n’est une branche spéciale et distincte de la science forestière, qu’à la condition d’être une application de la sylviculture. Ses conceptions et ses théories seraient inefficaces si elles négligeaient ou heurtaient les indications fournies par la culture, comme dans une usine les combinaisons les plus ingénieuses ne sont pratiques que si elles s'adaptent aux données des sciences physiques ou chimiques que lPindustriel veut mettre en œuvre. Il est arrivé trop souvent que des plans dexploitation ont prescrit dans les forêts des coupes bâtardes et sans nom, ou des traitements contraires aux indications culturales; le plan d’exploitation n’a pu marcher convenablement et la forêt elle-même a été compromise.
L’étude économique de l’arbre et du peuplement d’un seul âge est la base de l’organisation et de la constitution de toute exploitation forestière. Les lois suivant lesquelles l’un et l’autre forment le volume et la valeur sont des plus intéressantes ; elles sont aussi des plus délicates et des plus difficiles à exprimer par le calcul élémentaire. De nombreux écrits ont été publiés et bien des efforts ont été tentés en France et en Allemagne. Si le résultat ma pas encore été complètement satisfaisant, c’est que la donnée expérimentale manque le plus souvent ; celle-ci sera l'œuvre des stations de recherches dont la création s’est effectuée en Allemagne dès 1875, et en France en 1882. Il y a lieu d'espérer que l’éude économique de l'arbre et du
peuplement, considérés comme organes de lexploitation forestière, ne tardera pas à se produire ; il y a de ce côté un intéressant travail de nature à tenter la sagacité et la science des forestiers. Toutefois, l’exacte et entière connaissance des lois qui président à la formation du volume et de la valeur n’est pas indispensable pour comprendre la constitution des exploitations forestières ; celles-ci ont été formées, à l’époque la plus reculée, sans la connaissance de ces lois et au moyen de combinaisons qui permettent de s’affranchir des parties encore ignorées. Ces combinaisons ne sont pas nombreuses et les types d’exploitations forestières sont assez restreints. Les tentatives qui ont été faites pour en accroître le nombre n’aboutiront à un résultat pratique que par la découverte des lois de la végétation. Si le progrès peut venir un jour de ce côté, les anciens modes d'exploitation, sanctionnés par l’expérience d’un long passé, suffiront, longtemps encore, à tous les besoins. Ils suffisent, en tout cas, à l’étude élémentaire que nous entreprenons.
N° 57. — Ces organes de fabrication, ces éléments consütutifs de Pexploitation forestière, l'arbre et le peuplement d’un seul âge, se disposent et se groupent de manière à former l’exploitation suivant trois types :
Les exploitations d'arbres isolés ;
Les exploitations de peuplements d'un seul âge;
Les exploitations mixtes d'arbres isolés et de peuplements d’un seul âge.
I] est impossible de concevoir d’autres combinaisons avec deux éléments.
Par là, se trouve expliqué le petit nombre de modes culturaux ou de traitements forestiers auxquels on peut soumettre un immeuble boisé.
Il est juste de faire remarquer que ces modes de traitements sont le plus souvent locaux, c’est-à-dire com-
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ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS Ir
mandés par les exigences des essences dans le pays, suivant la station, la nature du sol ou le climat. Le traitement d’une forêt date toujours de la plus haute antiquité ; l’observation prolongée et l’expérience acquise l’ont consacré ; il n’est pas possible de le changer sans une témérité que les faits viennent souvent condamner et que le succès est loin de toujours couronner.
La sagesse de l’exploitant consiste à se défendre contre ces témérités et contre des essais de changements dans le traitement local de l’immeuble boisé. Que le propriétaire se rende compte de la constitution de son exploitation, qu’il Paméliore et la fasse progresser vers une production meilleure et plus utile ; le champ est assez vaste et le profit assez séduisant pour qu’il borne ses efforts à cette amélioration graduelle, sans aller jusqu’à vouloir tenter la nature, en modifiant un traitement cultural consacré par des siècles d’expérience.
N° 58. — Les exploitations d’arbres isolés se rencontrent dans différentes circonstances :
A). Dans la campagne :
1° Arbres plantés sur des terrains auxquels on ne demande aucune autre production : arbres des avenues, des routes, des canaux, des grandes haies de Normandie, etc.; 2° Arbres plantés sur des terrains auxquels on demande d’autres produits, tels sont Zes arbres des champs et des domaines agricoles, les peupliers des prairies, les épicéas des pâturages dits prés-bois, etc.
PB). Dans les forêts :
1° Ze jardinage ; 2° Le’ furetage; 3° La futare élagée.
Le jardinage est un mode de traitement ayant pour but
de fournir des arbres isolés par la seule action de la nature et percrus au milieu d’un mélange confus de tiges de tous âges et de toutes dimensions, qui est destiné à la fois à garnir le sol et à fournir des remplaçants aux arbres de coupe. Une partie de ces tiges secondaires forme ainsi un remplissage qui protège le sol et qu’on ne coupe pas. Mais parfois, aussi, ces tiges fournissent une exploitation intermédiaire d'arbres de plus faibles dimensions, isolés naturellement de la même manière, quand le prix des produits permet de réaliser ces petits arbres en nombre déterminé par les règles de l’exploitation.
Le jardinage s’applique surtout aux essences résineuses à l’état pur ou mélangé dans les régions montagneuses ; il est fondé sur la régénération par semis naturels, et ne peut se pratiquer au plus tôt qu’à partir du moment où les arbres ont atteint l’âge de fertilité ; il est susceptible de procurer des arbres de l’âge le plus avancé.
Le furetage est une variété du jardinage fondée sur la faculté que possèdent certaines essences de rejeter de souche à l’ombre. On coupe toutes les tiges qui ont atteint une dimension déterminée (0,25 de tour en Chablais, 0,30 à 0,35 en Morvan) en laissant tout ce qui n’a pas cette dimension pour fournir à la fois des tiges de remplacement et un remplissage destiné à abriter le sol (*).
Le furetage s’applique presque exclusivement au hêtre, essence d’ombre ; on le trouve sur les flancs abrupts de certaines montagnes où il forme d’excellentes forêts de protection. On le rencontre aussi dans des régions de coteaux en des conditions de climat encore assez mal connues et qui assurent la reproduction du hêtre par souches. Le traitement étant fondé sur la faculté de rejeter, la coupe ne peut dépasser l’âge où les souches auraient
(1) Voir « Les Forêts du Morvan », par M. Cathelot, sous-inspecteur des forêts, Revue des eaux et forêts, 1876, p. 409,
perdu le pouvoir d'émettre des rejets, c’est-à-dire, 25 à 35 ans, selon les localités.
La futaie étagée est un mode de traitement qui'a été peu décrit, bien qu’il existe en plusieurs régions montagneuses, pratiqué par de petits propriétaires très soigneux de leurs forêts et désireux d’en obtenir des arbres de toutes dimensions. Il consiste à avoir sur la coupe exploitable des arbres espacés entre eux du temps qu’on met à revenir sur la même coupe, par exemple: des arbres de . 30, 60, 90, 120 ans, etc., si la coupe revient tous les 30 ans. Cette coupe se fait par pieds d’arbres, en laissant tous ceux de ces divers âges qui sont en bon état de végétation et en abattant ceux qui ne sont pas capables de prospérer jusqu’à la coupe suivante ou qui sont trop serrés, de manière à mettre les cimes des arbres réservés en état isolé, de telle sorte que le massif se reforme dans l’intervalle d’une coupe à l’autre.
On alimente la réserve par un certain nombre de brins venus de semences à la faveur des intervalles existant entre les arbres. La coupe est, ainsi, une sorte de coupe d’ensemencement opérée avec des arbres de divers âges et de différentes dimensions.
Ce traitement est le résultat de la stricte application, en pays de montagnes et aux essences qui repoussent mal de souches, du balivage prescrit par les anciennes ordonnances (‘) pour les taillis sous futaie.
On a critiqué cet ancien plan de balivage pour les taillis avec juste raison,parce qu’il détruit le taillis et transforme la forêt de taillis sous futaie en une futaie d’âges étagés où le taillis n’existe pour ainsi dire plus et où la régéné-
(2) Ord, de 1669 : 11 sera laissé 16 baliveaux (32 par hectare) outre et par dessus tous les anciens et modernes par arpent (50 ares).
Ord. de Léopold de Lorraine, d'août 1701 : Il sera laissé sur chaque arpent (20 ares) 12 baliveaux de l’âge (60 par hectare) des plus beaux brins naissants outre et par dessus les arbres de vieilles écorces, anciens et modernes des coupes précédentes.
ration se fait par la semence; mais on n’a pas assez vu que cette prescription avait précisément pour but de sacrifier un taillis sans valeur pour lui substituer des arbres d'âges variés dont les produits sont plus utiles et plus pré- cieux. En tous cas, dans les terrains de montagnes et dans les forêts peuplées de hêtres repoussant mal de souches, ce traitement est très utile et très productif; il est pratiqué avec avantage sur le grès vosgien et le grès bigarré des petites montagnes des Vosges où les forêts de hêtres sont exposées à être détruites par l’envahissement des plantes silicicoles (myrtilles, bruyères, genêts) causé par les coupes claires des taillis sous futaie ; il rend aussi de très utiles services dans les forêts de hêtres mélangées de sapins des mêmes régions (‘); il permet enfin de produire des grands arbres d'âge avancé ainsi que d’autres de moindre taille avec de petites contenances, puisque 30 hectares permettent d’obtenir chaque année un hectare de coupe livrant au revenu des arbres de 30, 60, 90 et 120 ans, par exemple.
Ce traitement méritait d’être distingué par un nom spécial (?), car il diffère du jardinage en ce que l’on nettoie le sol, à chaque coupe, du remplissage formé par les basses tiges et parce qu’il n'offre pas le mélange de tous âges qui le caractérise. Il existe, il est vrai, des jardinages à rotation de 10 ou 20 ans, où les arbres tendent à s’étager de 10 en 10 ans ou de 20 en 20 ans ; mais, même dans ce cas, il y a toujours un remplissage non utilisé qui n’est jamais coupé, tandis qu'ici tout le sous-bois est abattu lors de la coupe.
Il diffère également du taillis sous futaie, puisqu'il se
(*) Voir M. Guyot, Histoire d’un domaine rural, Nancy, 1886.
(?) Ce mode de traitement a été appelé futaie bâtarde par des auteurs qui ont préconisé, surtout et partout, la fufaie pleine résultant de peuplements d’un seul âge et exploitée à long terme : ce mot malheureux, par le blâme implicite qui y était contenu, a fait détruire, en France, plus d'arbres qu'on ne saurait croire,
repeuple presque uniquement par la semence ; le taillis de rejets n’y existe pour ainsi dire point et il s’adapte aux forêts de hêtre mélangées de sapins qui ne supportent pas le régime des taillis.
N° 59. — Les exploitations de peuplements d’un seul âge se rencontrent dans les forêts suivantes :
1° Les {aillis ordinaires peuplés d’essences feuillues susceptibles de se reproduire par rejets. La coupe se fait à tous les âges compris entre celui de la première utilisation du bois et celui où les souches perdent la faculté de rejeter ; |
2° Les taillis sartés, qui ne sont que des taillis ordinaires, dont la coupe est suivie d’une culture en céréales facilitée par l’écobuage des ramilles et des résidus de l'exploitation forestière. On les rencontre dans les Ardennes et dans certaines régions montagneuses à sol siliceux où le chêne végète avec vigueur ;
3° Les pineraies de Champagne, de Sologne et du Centre de la France, où le peuplement est coupé sur des contenances repeuplées ensuite par plantations ou semis artificiels;
4 Les sapineraies (‘), provenant de plantations ou de semis de main d’homme en épicéas dans le Nord de la France, en Luxembourg et en Belgique, et exploitées comme les pineraies à un âge inférieur à celui de la fertilité;
5° Les bandes d’épicéas des régions montagneuses du Jura et des Alpes suisses, qu’on exploite par contenances égales, longues ét étroites, se suivant de proche en proche et sur lesquelles on coupe tout le peuplement en laissant à la nature le soin de repeupler le terrain par les semen-
(*) Nous empruntons le mot belge pour caractériser ces forêts de création artificielle et les distinguer des sapinières, forêts naturelles de sapins traitées en futaie à un âge qui dépasse celui de la fertilité des arbres,
ces du massif voisin. Certaines forêts de pins maritimes s’exploitent de cette manière dans le Midi de la France, sans que la coupe ait besoin d’être faite par bandes, car les cônes des arbres abattus, abandonnés sur le sol, suffisent à le repeupler (forêts des mines de la Grande-Combe, Gard). Ces forêts ne peuvent naturellement s’exploiter qu’à un âge postérieur à celui de la fertilité des arbres;
6° Les forêts de futaie pleine, résineuses, feuillues ou d’essences mélangées, exploitées suivant la méthode dite du réensemencement naturel et des éclaircies. La coupe du peuplement s’y opère-sur des contenances dans lesquelles on laisse temporairement des arbres porte-graines dans le but de produire et abriter les semis. Ces arbres diminuent de nombre à mesure que le semis grandit (coupes secondaires) et finissent par disparaître (coupes déjinitives). Ces forêts, dont la reproduction est toute naturelle, sont exploitées à des âges avancés, exigent une grande contenance et existent dans le Centre et le Nord de la France pour le chêne et le hêtre, ou dans certaines montagnes pour le hêtre et le sapin.
N° 60. — Les exploitations #ixtes d'arbres isolés et de peuplements d’un seul âge sont formées par deux forêts en quelque sorte superposées sur le même terrain, l’une en arbres isolés par la main de l’homme, l’autre en peuplements d’un seul âge venus dans les intervalles laissés libres par les arbres. On les rencontre dans :
les taillis sous futaie simple ow composée, les forêts de peuplements avec arbres de réserve.
1° Les forêts de {aillis sous futaie occupent les régions de plaine et de coteaux de toute la France. L’exploitation d'arbres choisis et isolés est formée par des tiges de différents âges, recevant différents noms suivant leur catégorie (baliveaux, modernes, anciens, bis-anciens). Celle de peuplements est formée par un taillis ordinaire vivant
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entre ces arbres, et formant un remplissage protecteur du sol mais qui, à la différence des forêts jardinées, se coupe quand l’âge adopté est arrivé. La récolte comprend ainsi à la fois du taillis de cet âge (30 ans, par exemple) et des arbres ayant deux fois cet âge (modernes de 60 ans) ou trois fois cet âge (anciens de 90 ans), etc..., selon qu’on a conservé sur les coupes différentes catégories d’âges.
La futaie sur taillis est simple quand on ne réserve qu'une classe d’âge et qu’on ne coupe ainsi que des modernes qui sont remplacés par des baliveaux de l’âge du taillis en nombre égal. Ces forêts se rencontrent en assez grande quantité dans le Centre de la France, surtout dans les domaines des particuliers. La futaie est, au contraire, composée quand la récolte est formée par un certain nombre d’arbres de différentes catégories, modernes, anciens et bis-anciens ; c’est-à-dire quand on coupe à la fois des arbres de 60, de 90 et de 120 ans, si l’âge du taillis est de 30 ans. Le traitement en taillis sous futaie composée estessentiellement français, c’est celui de presque toutes nos forêts des régions de collines et de coteaux.
Dans ces forêts, la régénération se fait à la fois par les rejets des souches et par les semences des arbres. Le peuplement se renouvelle par rejets, les arbres se recrutent par des brins de souche ou semis pris dans le taillis (baliveaux de 30 ans). Les baliveaux sont ainsi des arbres de remplacement et jamais des arbres de coupe.
Les arbres des taillis sous futaie forment une exploitation plus perfectionnée que ceux du jardinage ; ceux-ci doivent leur origine à la seule sélection naturelle, tandis que ceux des futaies sur taillis sont choisis et isolés par la main de l’homme. Le remplissage dû au taillis protège le sol, mais assure une supériorité à l’exploitation en ce qu'il est utilisé et coupé à des époques fixes ; tandis que dans le jardinage, il reste permanent et sans utilisation autre que de garnir et de protéger le terrain. Ces deux
exploitations superposées forment des forêts dont la constitution est la plus compliquée, mais aussi la plus intéressante et la plus digne de l'attention du forestier ;
2° On trouve les forêts de peuplements avec arbres de réserve dans les futaies feuillues dont l’ordonnance de 1669 nous à indiqué le type en prescrivant (*) qu’à la coupe « on réserverait 10 chênes des plus vifs et de la plus belle « venue par arpent » (20 arbres par hectare).
On rencontre aussi cette exploitation mixte dans certaines pineraies où on réserve sur la coupe un certain nombre de beaux arbres destinés à parcourir deux fois l’âge du peuplement et à fournir des produits de plus forte dimension.
Ces arbres choisis et isolés par l’exploitant forment une réserve simple, en ce sens qu’on les abattous quand ils ont deux fois l’âge du peuplement en les remplaçant par un même nombre de tiges choisies dans le peuplement. Il y a, comme dans les taillis sous futaie simple, une exploitation d’arbres superposée à celle du peuplement, ceux-ci se coupant en même temps que lui.
Le but de ces exploitations mixtes est de fournir des bois de plusieurs dimensions et ayant des degrés différents d'utilité, sans augmenter la contenance du terrain consacrée à la forêt de peuplements.
N° 61. — La sylviculture ne considère pas les forêts au même point de vue que l’économie forestière ; on le conçoit facilement, puisqu'elle ne s’occupe que des soins à leur donner pour les faire vivre en le meilleur état possible.
Pour elle, toute association d’arbres est un peuplement; elle distingue ainsi :
1° Zes peuplements d’un seul âge (taillis ordinaires, pineraies, futaies pleines) ;
(:) Ord. de 1669, titre XV, art. 11.
2° Les peuplements de tous âges confusément mélangés (forêts jardinées et furetées) ;
3 Les peuplements d'âges méthodiquement disposés ou peuplements à arbres de réserve (taillis sous futaie, forêts à réserves, futaies étagées).
Dans chacune de ces catégories, les peuplements peuvent être réguliers ou irréguliers, purs ou mélangés, complets ou incomplets, etc. C’est un aspect tout différent des connaissances que le forestier doit posséder et qui est dirigé uniquement vers le but cultural. Il n’était pas inutile de l’indiquer, afin qu’il ne soit pas fait confusion avec l'étude purement économique de lexploitation.
N° 62. — Dans les exploitations forestières, la récolte se perçoit par des coupes dont les dispositions sont en harmonie avec la nature de l’exploitation et forment trois types :
La coupe à blanc estoc ; La coupe en jardinant ; La coupe à tire-aire.
La première abat toutes les tiges qui se trouvent sur la contenance désignée pour former la récolte.
La seconde consiste à couper çà et là, sur la contenance affectée à la récolte, un certain nombre d’arbres, mais en laissant toutes les autres tiges.
La coupe à tire-aire consiste à abattre et à nettoyer toute la surface du terrain consacré à la récolte, en laissant un certain nombre d'arbres ; c’est le blanc estoc, sauf les arbres réservés.
La coupe à blanc estoc s'applique aux taillis ordinaires, aux pineraies et sapineraies, et à toutes les forêts de peuplements sans arbres de réserve.
La coupe en jardinant s’opère dans les forêts jardinées et furetées.
La coupe à tire-aire se pratique dans les taillis sous
fataie et dans les forêts de peuplements à arbres de réserve.
Ces mots sont très anciens et se trouvent en usage pour ainsi dire dès les débuts de l’art forestier.
L'origine des deux premiers termes est très simple. Le blanc estoc provient de ce que la coupe apparaît par la blancheur des souches (estocs), des tiges récemment abattues. Dans la coupe en jardinant, le forestier opère comme le jardinier qui choisit les meilleurs légumes de ses planches.
L’étymologie du tire-aire est rendue plus difficile par une altération qui parait remonter à l’ordonnance de 1669, où l'on écrivait {ire et aire et que certains auteurs ont aggravée en parlant de coupes à tire et à aire. Le mot que nous employons avec Littré et Dralet(*) se trouve dans les actes les plus anciens; il signifie que le sol (l'aire) se tire, apparaît nettement entre les arbres laissés sur pied. Le vieux mot français, qui existe encore dans un certain nombre d’expressions, se rencontre aussi dans l’espagnol {ira, signifiant bande, et montre qu’on a voulu désigner des parties sinueuses de sol entre les arbres.
Quand on a prétendu que couper à tire-aire signifiait asseoir les coupes en suivant, de proche en proche et sans intermission d’une année à l’autre (?), on a commis une erreur, car toutes les coupes de toute nature et dans tous les modes de traitement s'effectuent de proche en proche.
On remarque, enfin, dans tous les actes anciens et dans toutes les vieilles ordonnances, que la coupe à tire-aire est toujours opposée à la coupe en jardinant,; cette opposition montre qu'il s’agit d’un mode de réalisation de la récolte et non d’un traitement spécial des forêts. Nulle part, on ne voit le mot tire-aire appliqué à un régime ou mode cultural. Les coupes pratiquées à tire-aire s'appliquent aussi bien aux taillis sous futaie qu'aux futaies avec réserves décrites dans l’ordonnance de 1669 et à toutes les forêts dans lesquelles on garde plus ou moins d'arbres. On a donc eu tort de donner ce nom au mode cultural résultant uniquement des réserves prescrites par l'ordonnance de 1669, car le traitement résultant de la coupe n’aurait jamais été limité à ce point et à ce seul cas, et encore
(*) Dralet, Traité des forêts d'arbres résineux, p. 96.
(2) Voir Dictionnaires de Chailland, de Baudrillard, etc.
aujourd’hui, le cahier des charges de l'administration des forêts dispose que les coupes de taillis sous futaie seront exploi-
tées à tire-aire. Le mot s'applique donc bien à un mode de coupe et non à un mode de traitement des forêts.
N° 63. — A ces trois modes de coupes correspondent des méthodes particulières d’assiette et de marque, c’està-dire des mesures de gestion consacrées également par la tradition la plus ancienne :
La simple assiette ; La marque en réserve ; La marque en délivrance.
Dans les coupes à blanc estoc, on se borne à limiter la contenance par des lignes de pieds corniers (arbres d’angles) et de parois (arbres de faces), tout le reste est abandonné à la hache.
Pour les coupes à tire-aire, outre ce système de limites, les arbres à conserver sont balivés, c’est-à-dire marqués à la racine d’une ou de deux empreintes du marteau selon leur grosseur, de telle sorte qu’on puisse les retrouver en nombre et en qualité, quand la coupe sera libre ; l’adjudicataire est ainsi comptable des arbres dont le propriétaire a fait le balivage (").
Pour les coupes en jardinant, la limitation de l’enceinte n’est qu’une indication de l’emplacement où l’acquéreur trouvera les arbres qui lui sont vendus. Ces arbres sont martelés, à la racine et au corps, d’une empreinte de marteau ; l’acquéreur doit représenter, après la vidange, les souches garnies de cette empreinte intacte. Les arbres dont le martelage à été fait, sont seuls vendus et délivrés ; la vérification (récolement) consiste à examiner si, dans lPenceinte de la coupe, il n’y a que des souches garnies
(*) Les mots baliveau, baliver ont un radical commun avec bailli et bailler qui signifie gérer, conserver, administrer, Les baïllis (balivi) ont été probablement chargés de marquer les arbres dans les forêts avant l'institution des maîtrises.
d'empreintes et aucune sans cette marque de délivrance.
Le système fort simple de ces trois modes d’assiette remonte à la plus haute antiquité. C’est dire qu’il est consacré par l’expérience et qu’on ne saurait le modifier par d’autres pratiques soi-disant perfectionnées, sans danger pour la sécurité du propriétaire. Les procédés simples sont toujours les meilleurs et tant que le commerce des bois sera en même temps chargé de l’exploitation des coupes, le propriétaire ne trouvera pas meilleure garantie, ni plus grande sûreté que dans ces modes d’assiette traditionnels. C’est à peine si le propriétaire exploitant lui-même ses coupes et vendant leurs produits directement, pourra se relâcher de leur stricte observation: il aurait peut-être à compter avec ses bûcherons intéressés par leur travail à abattre un arbre plutôt qu’un autre et à compromettre ainsi le bon état des peuplements.
L’assiette d’une coupe, son balivage et son martelage sont les opérations capitales de l’exploitation d’une forêt. Par la coupe, en effet, le mode de traitement de la forêt s'établit et se conserve; l’entreprise forestière se maintient dans les conditions économiques que le propriétaire a voulu lui assigner. Confiée à des mains subalternes, la marque des coupes peut compromettre les bases de l’exploitation en très peu d’années ; le propriétaire livre, en réalité, son entreprise à la merci d'autrui; il n’y a plus d’exploitation raisonnée dans le sens économique du mot; le désordre s’y introduit et la pauvreté se substitue vite à la richesse.
$ 197. — Distinctions entre les exploitations.
Nos64%. — Constitution de l'exploitation forestière : travail, agents naturels, capital.
65. — Différentes espèces d'exploitations : périodique, aménagée, gradtée.