‹ Traité d'économie forestièreChapitre 23 sur 46 · Mesure de la possibilité · texte numérisé non relu

Mesure de la possibilité

111. — Production possible : production de l'aménagement et produit réalisé.

112. — La production résultant de la possibilité fournit-elle toujours la production réelle de la forêt ?

113. — Méthodes inventées pour fournir la production réelle dans le jardinage.

N° 106. — Les explications précédentes ont montré que le revenu d’une forêt est exactement formé par la production annuelle des tiges et des peuplements qui la constituent. Or, l'ignorance où l’on est des lois de la végétation ne permet pas de mesurer sûrement cette production annuelle; d’ailleurs, quand bien même on y arriverait, il

ne serait pas facile de réaliser cette production sur tous les points de la forêt d’une manière complète et efficace. Enfin, il ne suffit pas de recueillir exactement la production, il faut, en outre, la percevoir en bois ayant les dimensions correspondant à l’âge et au but de l’exploitation. On a donc imaginé des procédés pratiques pour percevoir le revenu de l’exploitation. Za possibilité est l'expression pratique du revenu, c’est la forme suivant laquelle on le perçoit.

Il y a trois modes de perception du revenu, c’est-à-dire trois natures de possibilité.

Par contenance ; Par pieds d'arbres ; Par volume.

Les deux premières sont les plus anciennes et remontent aux origines de l’art forestier ; elles correspondent aux deux éléments constitutifs des exploitations forestières: le peuplement et l'arbre (n° 56). La troisième est d’origine plus récente et nous est arrivée au début du siècle par importation allemande.

La possibilité par contenance s'applique aux exploitations de peuplements ; c’est ainsi que dans un taillis réglé à 30 ans, la possibilité est le 1/30 de la contenance; c’est ainsi, encore, que les éclaircies faites dans les peuplements d’un seul âge ont une possibilité par contenance.

La possibilité par pieds d'arbres s'applique aux forêts jardinées et aux futaies sur taillis.

La possibilité par volume est pratiquée surtout pour exprimer le revenu des futaies pleines exploitées à long terme ; après avoir groupé les bois les plus âgés dans un quartier spécial (affectation) destiné à fournir le revenu pendant un certain nombre d’années, on exprime ce revenu par le quotient de la division du volume total par ce nombre d’années.

On combine souvent entre elles ces trois formes de pos-

sibilité pour préciser davantage l’expression du revenu. C’est ainsi que la possibilité du furetage est une contenance sur laquelle on coupe toutes les tiges ayant la dimension fixée. Le revenu des forêts jardinées qui s’exprime par pieds d'arbres peut être limité par une

contenance ou par un volume. — Les taillis sous futaie ont une possibilité par contenance pour le taillis et par pieds d’arbres pour la futaie. — Enfin, dans les forêts

jardinées, on exprime parfois la possibilité par les trois formes : on dit, par exemple, qu’elle sera de tant de pieds darbres pris sur le 1/10 de la contenance et sans dépasser tant de mètres cubes.

La possibilité par volume est le mode le moins parfait pour exprimer le revenu ; il ne suffit pas, en effet, de déterminer quel volume on prendra chaque année; il faut, en outre, indiquer en quelle nature de bois le volume sera perçu, car le revenu en argent peut varier considérablement suivant la dimension des bois qui fournissent le volume déterminé. Aussi ce mode de possibilité n’est pratiqué qu'avec certaines précautions et de manière à s’affranchir autant que possible de ces inconvénients :

Une forêt de futaie pleine de 120 hectares a été divisée, par exemple, en quatre affectations de 30 hectares :

La 1'° pour les bois de 90 à 120 ans... 30 hectares. La 2° == 60 à 90 ans... 30 — La 3° — 30 à 60 ans..... 30. — La 4° — 0 4 30 ans..." 1e

120 hectares.

On compte et on cube les bois de la 1'° affectation; on

trouve, par exemple, 14,400 mètres cubes; on y ajoute l’ac-

croissement pendant 15 ans, soit 600 mètres cubes, ce qui

fournit un total de 15,000 mètres cubes à réaliser en 30 ans. La possibilité est de :

30 — 500 mètres cubes.

On voit que pour obtenir cette expression du revenu, on

a dû se livrer à une appréciation de l’accroissement. Le volume concentré dans le quartier affecté aux bois les plus âgés fournira bien des marchandises correspondant à l’âge adopté ; mais ce volume, basé sur une appréciation de l'accroissement et sur une contenance qu’on peut composer arbitrairement avec les peuplements de la forêt, ne formera qu’une expression incertaine du revenu et il sera nécessaire de reviser cette possibilité à certains intervalles, par exemple, tous les 10 ans. Les possibilités par contenance et par pieds d’arbres échappent à cette incertitude et n’ont jamais besoin de revision.

N° 107. — Il n’est pas sans intérêt de passer en revue les différents modes d’exploitation pour indiquer des exemples de possibilité et montrer la manière dont on exprime pratiquement le revenu dans les circonstances les plus habituelles.

À) Forêt de peuplements d’un seul âge :

1° 120 hectares de {aillis ordinaire exploités à 30 ans. — Possibilité : 4 hectares de coupe à blanc estoc;

2° 480 hectares de f’utaie pleine exploités à 160 ans et divisés en quatre affectations de 120 hectares. — Possihilité principale : 1/40 du volume actuel et de son accroissement pendant 20 ans des bois de la première affectation. — Possibilité intermédiarire : éclaircie de 3 hectares par an sur la deuxième affectation ; éclaircie de 6 hectares par an sur la troisième affectation pour la parcourir deux fois dans la période de 40 ans ; nettoiement de 6 hectares par an sur la première affectation avec la même condition.

B) Forêts d'arbres isolés :

1° 90 hectares de forét furetée à rotation de 10 ans. — Possibililé : 10 hectares de coupe annuelle en coupant les tiges de 0",30 de tour à 1,30 du sol et en laissant toutes celles de dimensions inférieures ;

2° 10 hectares de forêt traitée en jardinage simple à

coupe annuelle réglée sur l’arbre de 0,60 de diamètre correspondant à 150 ans. — Possibilité : 12 arbres à couper cà et là et près de voisins plus jeunes pour les remplacer ; 3° 120 hectares de forêt soumise au Jardinage simple exploitée sur la même base et avec rotation de 10 ans. — Possibilité : 12 hectares par an avec coupe de 144 arbres en jardinant.

La possibilité des forêts jardinées se détermine d’après la production moyenne à 150 ans. On calcule, par exemple, que

un hectare peuplé de tiges de 150 ans offre un volume de 684 mètres cubes, soit par année moyenne 150 4me,560 L'arbre de 150 ans ayant 0",60 de diamètre dans ce mode de traitement et cubant 3,800, on pourra couper par hectare et par an

4,560 3,800 ER soit pour une forêt de 120 hectares 144 arbres sur le coupon

annuel.

Cette possibilité se calcule également par une manière différente d'exprimer la même idée. Considérez en effet une suite aménagée de 150 hectares et contenant des peuplements âgés de 1 à 150 ans, à raison d’un hectare pour chaque âge. Calculez le nombre de tiges que peut présenter un hectare plein d’arbres de 150 ans ; en faisant ce calcul par des places d’essai ou par le couvert directement mesuré sur un certain nombre d'arbres, vous obtiendrez 180 arbres par exemple. Supposez que tous les éléments de la forêt soient confusément mélangés comme ils le sont dans le jardinage. Cet état de mélange n’empéchera pas de recueillir chaque année dans une forêt de 150 hectares 180 arbres de 150 ans et dans une forêt de 120 hectares

Page 1