LIVRE FREMI KR. PREMIÈRE DIVISION
nature, par exemple un fossile encore enfoui maintenant, peut devenir plus tard la matière d'un échange, s'il n'y en a pas dans le commerce une assez grande quantité pour qu'on en repousse l'offre.
La fortune nationale (Volksvermœgen), se compose de tous les biens matériels possédés par les membres d'une nation. Elle est entièrement distincte de la fortune de l'état (Staatsvermœgen), laquelle appartient au gouvernement qui en dispose dans l'intérêt de l'état (m, §4). Ces deux parties bien que fort distinctes étaient autrefois fréquemment confondues; ainsi l'on attribuait au souverain une sorte de pouvoir éminent sur la fortune des citoyens. Cette erreur a singulièrement contribué à empêcher la propagation de saines notions d'économie politique (a).
(a) En ajoutant la fortune nationale à la fortune de l'état, on obtient l'ensemble des droits de cet état sur les biens matériels , ou la fortune sociale dans le sens le plus large (et non la fortune du peuple, rolksvermœgen, comme le dit ScnEKCK,
Un pays ne comprend pas toujours tous les éléments de sa richesse dans les limites de son territoire ; celle-ci se compose, en effet, aussi :
1° Des propriétés que ses habitants possèdent à l'étranger ;
2° Des créances qu'ils ont sur les habitants ou sur le gouvernement d'autres pays; car il est indubitable que dans une société soumise à l'empire des lois, des créances donnent droit à des biens, et que ce droit fait partie de notre avoir ( § 47 ), en tant toutefois :
a. Qu'elles ne soient pas litigieuses,
b. Qu'elles soient certaines,
c. Qu'elles justifient nos prétentions à une quantité déterminée de biens. Il faut en revanche, pour ne pas se tromper sur l'état de notre fortune
nationale, en déduire la somme des biens possédés chez nous par des étrangers, et les créances de ces derniers sur nos concitoyens. Les dettes et les créances des concitoyens entre eux , les droits immobiliers . les privilèges industriels, les brevets d'invention, etc., quoique faisant partie de la fortune privée , n'entrent pas comme élément dans l'évaluation de la richesse nationale; ils ne font qu'indiquer la division et le partage des biens présents ou futurs entre les particuliers (a).
(a) Voy. De&noullî, Archives Suisses, v, !55(all.);HERMAim, Recherches, p. 6. Il est évident que les dettes , les impôts, etc., rendent le débiteur plus pauvre de tout ce qui enrichit ceux a qui on les paye. L'autorisation d'exercer exclusivemen
DES ÉLÉMENTS DE LA RICHESSE NATIONALE. 43
une industrie force les acheteurs de l'intérieur de payer certains produits à un prix qui rembourse au producteur, les dépenses qu'il a dû faire pour acheter son privilège.
La propriété des citoyens d'un état se compose : 1° De parties de la surface du globe : des biem- fonds , des terres; 2° D'objets séparés, de choses gagnées, récoltées sur la terre: des produits (a).
Les biens-fonds diffèrent de ceux-ci , en ce que
a. Ils sont immobiliers;
b. Leur quantité et leur étendue ne peut s'accroître ni diminuer dans un pays, et que leurs propriétés seulement sont susceptibles d'être altérées ou augmentées par l'action des forces de l'homme [b] ;
c. Ils ne produisent en général pas immédiatement des avantages à l'homme, mais servent à lui faciliter l'acquisition des biens meubles (c).
{a) Zacuariae appel le les biens matériels, utilités (Brauchlichkeilen) mais il prend ce mot dans un sens restreint, et n'entend par la, que les biens meubles. Économie politique, p. 4îS.
(b) Comme exception, nous mentionnerons l'appauvrissement des terres et l'avulsion opérée par les eaux ; mais en général ces effets sont de peu d'importance. Le Dollar! engloutit, en 1277, 4 lieues environ de pays et 80,000 habitants. On a vu fréquemment des fonds de terre détériorés, abîmes par l'action des forces naturelles, par exemple, des plaines se convertir en marais, des prairies situées sur le penchant des montagnes disparaître sous des glaces ou des pierres; mais l'art a produit aussi Je grandes améliorations.
(c) Dans chaque pays , il n'y a qu'une fort petite partie convertie en jardins d'agrément publics ou privés, en chaussées, canaux et habitations.
Les produits qui entrent dans la fortune nationale sont nécessairement meubles, après qu'on les a récoltés et mis en lieu de sûreté, bien que plus tard, on les immobilise de nouveau peut-être par l'application qu'on en fait (a).
Cette partie de notre avoir se divise en deux portions bien distinctes : 1° L'une sert à travailler à l'augmentation des biens qui composent la fortune nationale, elle forme le capital (Capital, Erwerbstamm. werbenden Gûtervorrath). Sans l'existence préalable et le concours d'une pareille somme de produits, l'homme n'en obtiendrait que difficilement de nouveaux; la grandeur des capitaux a donc une immense influence sur l'étendue de la consommation. Voy. 2* Hv., 4" division.