LIVRE PREMIER. PREMIÈRE DIVISION
2° L'autre n'est destinée qu'à procurer des avantages immédiats, à satisfaire les besoins de l'homme , et à lui créer en outre des jouissances. On peut l'appeler produits consommables, denrées, (dans le sens restreint de ce mot, Genusmittel) : elle se compose des produits destinés à la consommation immédiate, fonds de consommation (Gebrauchsvorrath) (a).
(a) Il faut aussi remarquer qu'ils sont, en partie, incorporés dans les biens fonds dont ils ne peuvent plus être distingués , comme le terreau, les engrais ; qu'en partie aussi ils augmentent seulement l'utilité des biens fonds , tels sont les murs d'enceinte, les écluses, les sources; et qu'en partie enfin ils sont convertis en vraies propriétés immobilières , et sont alors d'un usage spécial , tels que les bâtiments, etc.
(6) Des économistes ont récemment contesté la légitimité de la distinction que nous établissons ici , entre le fonds de consommation (produits destinés à une consommation immédiate) et les capitaux, et rangé celui-la parmi les capitaux; voy. Say, Cours, t. i, p. 270. Mac-Cullocu, p. 72. Steisleis, i, 358; mais ce dernier a établi une distinction entre le capital qui sert à pourvoir à notre entretien {Nehrcapitai)tl celui qui sert à nos dépenses (Zehr capital), voy. p. 346. Hermann, Recherches, p. 60, admet aussi un capital destiné a la production , et un capital destiné à la consommation (Enoerb-capital , iïutz-capital). Une maison, dit cet auteur, est un capital qui procure une utilité immédiate, p. 60, mais l'utilité que nous donne cette maison , n'est pas un bien matériel , et n'accroît par conséquent pas la richesse nationale.
Tout produit n'est pas propre à ces deux usages en même temps ; mais grâce au commerce, nous pouvons en échange des nôtres obtenir ceux dont les propriétés nous sont utiles (§51). Des produits qui n'ont pas encore reçu de destination n'appartiennent proprement ni aux capitaux ni au fonds de consommation, et devraient être regardés comme des valeurs indéterminées; mais on les regarde cependant en général, comme faisant partie des capitaux.
On ne peut rigoureusement, dans l'économie publique, considérer comme capitaux, que les biens qui ont pour objet d'accrottre la richesse nationale (§ 51); mais il y a aussi des capitaux, lorsqu'on se place au point de vue de l'économie domestique.Un simple particulier peut, en effet, acquérir des biens de plusieurs manières, sans produire pour cela un accroissement à la richesse nationale, tel est le cas, par ex. où une partie de la fortune de A retombe sur B. Dans toute économie domestique (sans aucun égard à l'économie nationale), on appelle capital, ou productif, tout bien meuble qui
DES ÉLÉMENTS DE LA RICHESSE NATIONALE
peut, de quelque manière que ce soit, servir à produire d'autres biens, et qui n'est pas destiné par son possesseur à sa consommation personnelle {a).
{a) Voy. Ad. Smith, t. u, p. 203. Storch, t. i,p. 220. — Comme on peut acquérir des biens de deux manières, soit en les produisant soi-même, soit en les recevant des mains d'un autre ($ 69), on peut considérer les produits qui favorisent ces opérations, et dont l'ensemble s'appelle capital, sous plusieurs rapports :
1° Dans l'économie privée on entend par capital, les produits qui concourent à augmenter notre propre production privée ou à faciliter l'acquisition de biens par d'autres moyens.
2° En économie nationale, ou considère comme capital, les biens mobiliers qui servent h la production intérieure, ou à l'importation de produits étrangers.
3° Si l'on considérait l'économie du point de vue universel, ou de l'humanité, le capital comprendrait tout ce qui sert à produire.
Ainsi la double acception du mot capital (domestique et nationale) est fondée sur la distinction des deux économies, quelque inconvénient qu'il en résulte pour les principes de notre science.
Dans l'économie privée, et d'après l'usage général, on regarde comme capital , non- seulement 1° Le véritable capital national, mais encore
2° Les choses dont le propriétaire cède l'usage à d'autres moyennant un certain prix, telles que les propriétés, etc.
5° Les créances portant intérêt, provenant de prêts, et qui tiennent lieu aux créanciers des valeurs dont ils se sont dessaisis. Les sommes prêtées à l'étranger et qui versent un intérêt dans la richesse nationale pourraient être considérées comme faisant partie de notre capital national 51, 53) (a) ; toutefois du moment qu'elles ont été employées, elles cessent d'en faire partie et se changent en créances pour nous (§49). Mais les créances d'un citoyen sur son concitoyen, ne font pas partie du capital de la nation. Les choses prêtées sont employées par les débiteurs , tantôt comme capital , tantôt comme fonds de consommation (produits consommables), et sous cette dernière forme, elles sont détruites plus ou moins rapidement. On appelle d'habitude aussi capitalistes , des personnes dont l'avoir consiste dans l'intérêt de sommes prêtées (a).
(a) Comme il arrive assez ordinairement qu'on prête des capitaux sous la forme de monnaies, d'argent , on a souvent aussi confondu Vargent avec le capital. SiMOifDE, de la Richesse commerciale, i, 163.
DEUXIÈME DIVISION
ÉVALUATION DE LA RICHESSE NATIONALE
Notre avoir se compose de choses matérielles ; toutefois en économie politique on n'apprécie pas son importance, d'après la quantité seulement des matières qui le composent; mais on a égard aussi à la somme des avantages que celles-ci procurent, et à l'influence qu'elles exercent extérieurement sur l'homme. On appelle valeur (Werth, latiori sensu)\e degré d'utilité que les choses matérielles produisent à ceux qui les possèdent. On entend par là , la propriété de satisfaire quelque besoin que ce soit : l'appréciation de la valeur s'appelle estimation (Schatzung).
En observant attentivement les différentes manières dont une chose se prête aux besoins de l'homme, nous pouvons établir les distinctions suivantes : 1° Le propriétaire peut s'en servir pour son usage;
a. Cette propriété d'une chose est son utilité, (Nutzlichkeit); c'est une qualité qu'a toute chose matérielle , mais pas nécessairement par rapport à tous ceux qui peuvent l'acquérir.
p. Le degré d'utilité d'une chose comparée à d'autres, est la valeur, dans un sens restreint; valeur en usage (Gebrauchswerth) des piiysiocrates et de Smith; valeur d'utilité de Sa y [a).
2° Le propriétaire peut l'employer pour obtenir d'autres biens, par le moyen d'un échange.
a. La propriété qu'a une chose de pouvoir être échangée, est sa capacité de prix (Preisfaehigkeit) ; cette propriété présuppose une valeur, à la vérité, mais en même temps cela suppose aussi que l'objet auquel elle est inhérente ne peut être obtenu gratuitement d'une autre manière (§ 47).
p. Plusieurs économistes appellent valeur échangeable, le degré de valeur d'une chose, résultant de la possibilité de l'échanger, et parfois aussi tout simplement valeur; mais comme on peut exprimer cette valeur
ÉVALUATION DE LA RICHESSE NATIONALE
par les biens que l'échange de la chose nous procure , c'est-à-dire par ton prix{b), c'est ce terme évidemment qui rend le mieux cette signification (c).
(a) Cours d'économie politique, 1. 1, p. 106. — Des économistes modernes donnent à la valeur en usage, le nom d'utilité, tout simplement, et n'appellent valeur que le prix, comme nous l'avons dit plus haut. — Voy. Torreks, Production de la valeur, p. 8. Mac-Culloch, Principles, p. 4.— Voy. Storch, Considérations sur la nature du revenu national, p. xxxvi. Si la valeur indiquait non le degré d'utilité , mais l'utilité elle-même, une de ces deux expressions serait superflue ; cependant l'usage en a décidé autrement. On ne peut donc parler de la valeur d'un bien qu'en la comparant à la valeur d'autres biens ou à l'estimation que d'autres en font ; et généralement quand on parle de la valeur d'un objet sans mentionner de terme de comparaison, il est question de sa grandeur proportionnelle, absolue ou relative par rapport à tous, ou à quelques objets seulement.
(b) Les biens n'ont pas seulement un prix d'échange ou de vente, mais leur usage en a un aussi pour les tiers; il en est de même des prestations personnelles.
(c) Aristotb, Politicor., i, 9, établissait déjà une différence entre la valeur en usage, et la valeur échangeable. Ad. Smith a adopté cette distinction sans toutefois comprendre toutes les conséquences de la valeur en usage, et sans en tirer un bon parti. Recherches, i. 47. La valeur échangeable est à proprement parler le pris; dans les échanges ce n'est pas seulement la valeur des biens qu'on prend en considération , mais encore plusieurs causes externes tout à fait accidentelles. Cette distinction a fait confondre la valeur, dans le sens le plus large (lato sensu), et ta valeur dans le sens le plus restreint (stricto sensu). Smith et ses partisans considèrent le prix, comme une espèce de valeur échangeable exprimée en argent, mais non en d'autres biens matériels. Mais ce sens beaucoup trop restreint du mot prix, est hostile à l'usage reçu (aussi n'avons-nous pas employé dans ce traité , le mot valeur échangeable^ nous regardons comme superflu, et n'avons-nous pris le mot valeur que dans le sens de valeur en usage). Plusieurs écrivains modernes ont attaché beaucoup d'importance à l'explication des mots valeur ci prix, et se sont efforcés de les différencier soigneusement. — Voy. Sodejt, t. iv, p. 22. Hufelaxd, Nouveaux principes, i, 118. Lotz, Examen des principes, etc., i, § 3, 1811, Cobourg; et Traité, i, 20. Storch, i, p. 83, etc., et dans ses Considérations sur la nature, etc., n. xxxiv. Rau, note 16 sur Storch; et dans l'ouvrage intitulé : « Halthus et Say, sur les causes de la stagnation, etc., p. 2î$9. Hambourg, 1821. Ricardo, Principes, c. i, et 20. Torress, Production of H ealth, p. 7. Louis Say, Considérations, p. 47. Cependant on confond encore fréquemment la valeur et le prix, et l'on prend généralement le prix pour la valeur; nous retrouvons aussi cette erreur dans l'écrit qui a pour titre : Matériaux pour la critique de V économie nationale et sociale, 2* cahier, qu'est-ce que la râleur, qu'est-ce que le prix ? Berlin, 1829.
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Les frais d'une chose sont entièrement différents de sa valeur et de son prix, ils indiquent la somme des biens qu'on a consommés ou qu'on doit consommer pour se la procurer; comme cette consommation a été faite soit par l'individu lui-même qui a produit la chose , ou par celui qui en fait l'acquisition, on doit distinguer les frais te production d'avec les frais de trammis**<m (Erzeugungs-undAnschaffungs-kostcn).Ces derniers ne comprennent pas seulement le prix pour lequel on achète un produit, mais tous les autres frais accessoires qu'il a coûtés, par. ex. le transport {a). Ainsi, dans tout échange , il faut comparer les frais de tous genres qu'a dû faire le vendeur, au prix qu'il demande, pour apprécier s'il y gagne ou non. On peut donc, dans tout marché, comparer les frais d'acquisition d'un objet à son prix coûtant, pour en conclure si l'échange est avantageux ou non, aux deux contractans.
(a) Dans la vie ordinaire, on regarde comme équivalentes les expressions (Kosten) frais de production ou d'achat, et valeur (Gelten, valoir un certain prix). C'est à tort cependant, surtout dans les cas où il se présente, comme nous l'avons dit tout h l'heure, des frais accessoires.
Lu valeur (sensu stricto) est essentiellement différente du prix.
1° Le prix est une qualité de fait , quelque chose d'externe (objectif), indépendante dans la plupart des cas des offres d'un seul individu et soumise à des lois générales: la valeur au contraire, chose purement subjective, dépend de la manière de voir de chaque homme, quoique ce jugement à son tour repose sur l'observation de certaines circonstances extérieures, notamment sur la connaissance des propriétés des choses matérielles.
2° On apprécie les biens d'après leur valeur, quand on considère une fortune comme inaliénable et permanente ; mais le prix suppose un changement de possession par un échange déjà opéré ou près de se faire, ou du moins possible {a).
5° Le prix qu'on peut obtenir d'une certaine quantité d'objets n'établit pas à lui seul quelle en est la valeur: il ne nous fait pas connaître quels besoins ces objets peuvent satisfaire, quels avantages on peut obtenir en les échangeant, si l'on ne connaît et n'a en même temps égard, à la valeur des biens qu'ils peuvent nous procurer. Le prix n'est donc, en économie, qu'une signification incomplète d'un objet, aussi longtemps que nous ignorons la valeur que nous pouvons obtenir, au lieu et place de la valeur ou du bien que nous
ÉVALUATION DE LA RICHESSE NATIONALE
offrons. Le prix est tout simplement la mise au pair de plusieurs quantités d'objets, qui peuvent avoir des valeurs fort différentes [b).
(a) Quoique le prix ne se fasse que dans les échanges réels , et que la demande ni l'offre isolée des acheteurs ne l'indique pas, ceux de la plupart des produits sont si constants, et se maintiennent toujours dans des limites telles qu'on peut à peu près se faire une idée de leur taux; ainsi de même qu'on peut par les ventes qui se sont faites, estimer le taux de ventes futures, on peut parfaitement se faire d'avance, une idée du prix des produits qui ne sont pas encore dans le commerce.
(b) Sa y considère le prix comme la valeur généralement reconnue d'un produit, et blâme Coitoillac d'avoir énoncé la doctrine que nous avons exposée plus haut ; mais il n'entend parler évidemment que de la valeur échangeable, et non de l'utilité, a laquelle Coxdillac faisait allusion; Cours , il, p. 104 et i, p. 154. C'est à tort que Sa y dit, dans ses notes sur Ricardo, ii , p. 89, que quand deux choses ont le même prix courant , cela prouve qu'on pense qu'en ce temps et en ce lieu on peut obtenir la même satisfaction de la jouissance de ces biens.
Un examen attentif nous apprend que la valeur peut être considérée sous deux points de vue différents :
1° Par rapport à une certaine espèce de produits auxquels on attribue généralement la propriété de satisfaire nos besoins. Cette estimation nous donne la valeur générique (Gattungswcrth) ; telle est celle d'un quintal de froment, de fer. etc.
2° Par rapport à la quantité d'une espèce de produits, qu'une personne donnée doit avoir pour son usage , valeur concrète (Concreterwerth), ou valeur de quantité, quantitative (Quantitœtswerth). Pour satisfaire nos besoins il nous faut en général une quantité plus ou moins grande de biens de telle ou telle espèce, et tout ce qui excède cette somme est du superflu. La valeur concrète de ce superflu de produits s'évanouit pour celui qui les possède, malgré la valeur spécifique peut-être fort grande qu'Us peuvent avoir (rr); et celui qui n'en a plus aucun besoin, les estime tout simplement d'après leur prix (b); mais dans la limite de nos besoins, la valeur concrète et la valeur spécifique se confondent (c).
(a) 11 y a des cas où les besoins sont infinis , et les désirs insatiables ; c'est ce qui se voit pour les collections scientifiques et d'amateur, où la valeur de chaque objet augmente à mesure qu'elles se complètent.
{b) Celui qui a besoin pour sa consommation annuelle de 30 quintaux de froment , et qui en possède 70 , ne considérera dans les 40 dont il peut se passer , que les objets qu'il pourra obtenir en échange. Il pourrait se faire qu'il vendit aussi une partie des 30 quintaux qui lui sont nécessaires, sans avoir égard a leur valeur, mais
ce ne serait que dans l'espoir de pouvoir toujours satisfaire ses besoins, sans peine et à un prix peut-être beaucoup moins élevé.
(c) Il y aurait cependant des nuances à établir ici. Ne réserve-t-on pas en effet volontiers pour sa satisfaction, ou par mesure de prudence, des provisions, dont la valeur concrète diminue par cela même en raison de leur quantité.
Les circonstances d'où dépend la valeur générique d'une chose sont : 1° L'importance de sa valeur en usage , comparée à l'ensemble de nos besoins. C'est pourquoi les objets propres à satisfaire les besoins les plus pressants ont la plus grande valeur ; mais parmi plusieurs choses propres au même usage, telle pourra cependant valoir davantage peut-être, parce qu'elle pourra servir à satisfaire des besoins de différentes espèces.
2° Le rapport de cette chose à d'autres qui sont propres au même usage : «. Si les objets demandés étaient rares, ceux que nous posséderions seraient par rapport à la demande (relativement) indispensables (a); leur valeur se réglerait sur l'importance de leur destination.
P. Mais si l'offre était proportionnée à la demande, la valeur comparative des objets se réglerait sur leurs propriétés absolues, par ex. leur durée, leur force, la sûreté, etc.
Il est souvent aisé de trouver le rapport de la valeur relative de plusieurs objets quand elle ne repose que sur des propriétés physiques (b). La découverte d'un nouveau produit plus avantageux fait baisser la valeur générique des produits regardés jusques là comme les plus propres, ou les seuls destinés à un usage quelconque, sans élever pour cela la valeur concrète du dernier au-dessus de celle des anciens produits (c).
(a) Un produit est absolument indispensable quand il est Tunique objet qui puisse servir à la satisfaction des besoins de l'homme.
(b) Ainsi, par exemple, la valeur comparée de plusieurs moyens d'existence , du bois, des étoffes pour vêtements , des objets destinés à nous éclairer peut facilement s'exprimer en chiffres. Un boisseau de froment vaut environ 1 1/2 boisseau de seigle, 2 boisseaux d'orge , et 3 id. d'avoine, etc. Voy. un essai d'appréciation de la valeur de plusieurs produits d'agriculture, dans Block , Résumé des recherches sur la production des engrais. Berlin, 1823, 4°, (allem.).
(c) Le pastel n'est pas moins propre à la teinture depuis la découverte de l'indigo qu'autrefois; les chandelles et les lampes n'éclairent pas moins bien non plus qu'autrefois , depuis l'emploi du gaz. Mais ces objets sont surpassés en valeur par d'autres; lorsqu'un produit récemment découvert est abondamment répandu, il peut aisément se faire que ceux dont on se servait autrefois ne soient plus demandés du tout, et que les provisions qui en existent encore, perdent et leur valeur concrète et leur prix tout ensemble.
ÉVALUATION DE LA RICHESSE NATIONALE
SI
Pour déterminer la valeur Générique des choses matérielles qui composent notre avoir ( SS SO, S I ). voici comment il faut s'y prendre :
1° Quant aux biens-fonds qu'on emploie pour obtenir des produits, et qui ne servent qu'à cela., leur valeur doit être estimée d'après leur part contributive à cette production ; il faut y comprendre :
a. La somme des produits qui, déduction faite des frais de production, y restent inhérents , comme fruits éventuels de l'usage de ce bien-fonds, ( fertilité ) ;
b. Les qualités et la propriété de ces produits, c'est-à-dire leur valeur ou leur prix [a).
2° Les mêmes observations s'appliquent aux capitaux. 3° La valeur générique des produits destinés à la consommation, est en raison des avantages plus ou moins grands qu'en retirent les demandeurs.
(a) On ne peut pas déterminer en principe , le rapport de la valeur d'un bienfonds à son produit net, et dire par exemple à combien de boisseaux de froment il faudrait estimer un arpent qui donne 4 boisseaux en sus de ses frais de production. D'après le taux général de l'intérêt, on estime les biens-fonds de 23 a 50 fois, à peu près, leur produit net.
Par rapport aux personnes pour lesquelles les choses ont une valeur générique, il importe de distinguer :
1° La valeur individuelle, résultat de l'appréciation d'un seul individu, et qui peut différer de la manière de voir d'un autre. L'importance de cette valeur dépend du rang et delà position de chaque personne, de ses inclinations, de ses usages, de ses besoins, de ses vues, et n'est pas connue , aussi longtemps qu'elle ne se manifeste pas dans le prix pour lequel on achète ou l'on vend («);
2° La valeur spéciale , c'est-à-dire celle sur l'estimation de laquelle des personnes de la même position, de la même profession, de la même habileté, du même rang, etc. , s'accordent toutes. On l'oppose
3° A la valeur générale ou commune sur laquelle une nation s'accorde unanimement. Cette valeur n'appartient qu'aux objets d'un usage général, et sur laquelle on ne varie que de nation à nation. Il n'y a que des biens d'un usage très-répandu , qui aient cette qualité ; la différence des mœurs, d'opinions , d'idées que nous remarquons d'un pays à un autre , produit une différence dans l'appréciation de cette valeur {b).
L'estimation delà valeur générique, par laquelle on doit commencer quand
on fait des recherches sur l'état économique d'une nation , et qu'il importe au gouvernement de connaître en plusieurs circonstances, ne s'obtient qu'en se transmettant au point de vue de tous les besoins d'une existence honnête et raisonnable , dans un certain degré donné de civilisation . et de l'importance et de l'utilité de chaque bien dans ses rapports avec ce degré de civilisation (c).
(a) La valeur daffbction est une sous-division de la valeur individuelle ; elle ne repose pas sur une utilité réelle , mais sur la préférence marquée d'un demandeur pour un objet; dans les échanges, elle se manifeste fréquemment sous le nom de prix d'affection (d'amateur).
(6) Par ex. la valeur élevée des journaux en Angleterre et dans d'autres contrées de l'Europe, celle du chocolat en Italie. Le climat y contribue aussi : les pelleteries, les poêles , les verres à vitres sont peu ou pas estimés dans les pays chauds. — Sur la nature de la valeur générale , voy. Zachariae, p. 128.
(c) C'est d'après cette considération qu'on protégera l'agriculture , plutôt que l'horticulture ; la forgerie de préférence à la bijouterie ; la fabrication du coton et du lin , h celle des dentelles, etc.
La valeur concrète (§ 57 bis ) ne repose que sur une seule considération économique, et se manifeste fort fréquemment au détriment de la valeur générique qu'elle abaisse et qu'elle détruit même tout-à-fait dans certaines circonstances; elle se divise en :
1° Valeur individuelle, domestique ou privée : c'est celle qui par exemple détermine l'individu dans ses acquisitions [a) ;
2° Valeur publique ou d'économie nationale ; elle repose sur les besoins et les produits d'un peuple. Ainsi dans un pays dont la population est faible, de grandes quantités de bois, de sel, de minerai, pourront à une certaine époque être sans valeur concrète nationale, parce qu'elles y seront en trop grande abondance , et on ne les estimera dans ce cas , que d'après la probabilité de pouvoir les exporter, c'est-à-dire après avoir établi le prix qu'elles auront dans d'autres contrées , déduction faite des frais de transport. Cependant sous le point de vue de l'économie nationale il ne faudrait jamais perdre de vue, (surtout pour les biens. qui ne peuvent pas se reproduire, comme les minéraux), la satisfaction des besoins futurs et l'extension probable de la demande, par l'accroissement delà population; l'on accorderait ainsi en considération de l'avenir, une valeur nationale aux produits qui existent actuellement en surabondance, et qu'on n'utilise pas.
{a) Le seconde épreuve de l'ouvrage ou de la gravure la plus estimée, etc., n'a pour ainsi dire aucune valeur concrète pour celui qui la possède. — Celui qui a fait ses
ÉVALUATION DE LA RICHESSE NATIONALE
provisions, n'achète plus les mêmes objets, quelque bas qu'en soit le prix, à moins qu'il ne veuille ou ne puisse les revendre, ou les conserver en magasin.
Dans l'enfance des nations, quand chaque famille travaillait pour ses besoins les plus urgents , et alors qu'il n'y avait encore ni cette abondance ni cette variété de produits, on n'estimait chaque bien que d'après la valeur concrète seulement (a) ; à cette époque on ne pouvait se faire une idée de l'avoir d'une persoune, qu'en passant en revue chaque élément de sa fortune, et en estimant sa quantité ( en tant qu'elle ne dépassait pas les besoins ) , en raison de sa valeur ; alors celui qui avait en sa possession la plus grande quantité de valeur concrète, possédait aussi la plus grande fortune, car il pouvait le plus sûrement et le plus amplement satisfaire ses désirs. Mais quand plus tard l'industrie se perfectionna , que les professions se multiplièrent, que les échanges devinrent plus fréquents, et que, pour les rendre plus faciles . on fit choix d'un produit pour mesure générale de la valeur (l'argent), il se fit une nouvelle estimation des choses : on évalua les produits d'après leur prix en argent, et la plus grande fortune fut celle dont toutes les parties évaluées en ce métal, présentaient la plus grande somme numérique {b).
(a) Cest à tort que Beccaria appelle cette estimation primitive des biens , valeur absolue, en l'opposant à la valeur relative ou échangeable qu'on ne connut que plus tard; voy. Élementi diécon. publ. t t. xix, 339, de la collect. de» Économistes Italiens*
(b) Avant l'usage de l'argent on ne pouvait tout au plus prendre les prix pour base de l'estimation des choses , qu'en comparant la somme des quantités superflues et nécessaires mises en présence pour être échangées.
On peut justifier l'estimation de la fortune privée, faite sur la base du prix des objets qui la composent, par les raisons suivantes: 1° Elle est commode et d'une grande clarté , en effet :
a. On peut l'exprimer en chiffres et en unités d'une même nature , tandis que la valeur de plusieurs produits destinés à des besoins tout-à-fait différents, et le rapport de ces besoins ne peuvent être évalués qu'approximativement, et exprimés en quantités numériques.
p. Elle est facile à comprendre à la première vue (§57, n. 1), principalement parce que les prix de la plupart des biens, ne varient pas, dans beaucoup de circonstances, et sont par là même connus de tout le monde. 2° On doit l'admettre parce que dans un état avancé de civilisation , et
lorsque les relations du commerce sont fréquentes, on peut facilement obtenir par la voie des échanges tous les objets qu'on désire , et que le prix , pour lequel on peut en tout temps se les procurer , peut très-bien représenter leur valeur. C'est ainsi qu'un particulier n'estime un objet de la plus haute valeur, qu'à un fort bas prix , lorsqu'il est assuré de pouvoir se le procurer, quand il voudra, à ce taux ; il n'y a que les objets qui ne sont ni abondants, ni régulièrement produits , qui conservent leur valeur individuelle malgré le prix qu'ils ont coûté à produire (a).
{a) Par ex., une campagne qui offre des agréments tout particuliers, une rareté de la nature ou des arts.
Comme le prix de toute marchandise indique la quantité de produits d'un antre genre qu'il peut acheter {§ 57, n° 3), il doit nécessairement en être de même des prix exprimés en argent; car sans cela, ils n'apprendraient ni au vendeur ni à l'acheteur les sacrifices qu'ils s'imposent et la récompense qu'ils reçoivent en échange. Une somme d'argent, soit qu'elle indique le prix d'un seul objet, ou toute la fortune d'un particulier, n'a pas de valeur par ellemême car sa destination est d'être dépensée, et on ne l'estime que comme moyen et signe propre à servir à l'achat d'autres objets. Or, comme il y a une infinité de choses qu'on peut se procurer avec de l'argent, chacun est libre de prendre pour base de la valeur qu'il leur attribue, les produits auxquels il accorde la plus grande valeur concrète ; chacun donc, selon ses besoins et son avoir, attribue à l'argent une valeur particulière qui résulte de la nature de sa position et de sa fortune {a). Ainsi, en principe, plus un homme est riche, plus il est pourvu de toutes les choses utiles, plus aisément il pourra acquérir des objets de peu de valeur. Il s'ensuit qu'une même somme d'argent a une moins grande valeur concrète pour le riche, aux yeux duquel elle ne présente qu'un objet dont il peut aisément se passer (par ex. de luxe) , que pour l'homme peu fortuné {b).
(a) Le cultivateur auquel on offre 100 fl. pour une quantité de froment réfléchira peut-être à la quantité d'outils, de vêtements, de matériaux à bâtir, qu'il pourra obtenir pour cette somme; l'ouvrier,, dans la même hypothèse, s'attachera a savoir combien elle lui procurera de matières premières; l'homme opulent en6n. n'aura peut-être égard qu'à un meuble destiné à l'ornement de sa maison, ou à un vêtement, dont la privation n'aura rien de pénible pour lui.
{b) La valeur d'une même somme d'argent est à peu près pour chaque personne en raison inverse de la fortune qu'elle possède.
ÉVALUATION DE LA RICHESSE NATIONALE
Quoique généralement on prenne les prix, des choses , comme indice de la grandeur des richesses que nous possédons, on se tromperait cependant grossièrement si l'on regardait le prix comme Tunique mesure de leur importance, en opposition et à l'exclusion de la valeur (a), car :
1° L'élévation des prix ne nous indiquerait rien, si nous ne connaissions déjà la valeur qu'ils représentent ( § 57, n° 3 et § 63 bu ). Bien qu'une observation superficielle puisse faire croire qu'on n'a égard qu'aux prix dans les échanges, c'est cependant à la valeur des biens qu'on s'attache réellement, quoiqu'on ne l'exprime pas ouvertement. On ne paye jamais les produits que d'après leur valeur, et entre mille choses toutes du même prix, chacun choisit de préférence celle qui lui paraît avoir la plus grande valeur.
2° Beaucoup de produits ne se vendent pas, même à l'époque ou le commerce est le plus actif; ils n'ont pas de prix et ne peuvent être estimés que d'après leur valeur, c'est ce qui résulte de ce que :
a. A côté des produits appropriés, il y en a encore d'autres sans maître , et qu'on peut employer sans peine au gré de ses désirs {b) ;
b. Par un motif quelconque, par ex. , soit en vertu d'une prohibition prononcée par la loi, soit à cause de leur valeur purement individuelle, etc., certains produits ne sont pas dans le commerce (c).
3° Le prix qu'on offre pour un objet de valeur concrète pourra donc n'être pas un équivalent pour son possesseur, s'il lui parait difficile ou peu probable de s'en procurer un autre (rf).
(a) C'est la valeur qui guide notre choix parmi plusieurs objets d'un même prix . Voy. Storch, Considérations, etc., p. 2. — Ce n'est que par une manière de parler impropre et d'ailleurs indéterminée qu'on a pu être conduit à cette règle, « que la valeur échangeable (prix) constitue l'essence de la richesse. » Quand nous disons qu'un objet utile a une valeur d'échange , nous employons une expression figurée qui, rigoureusement parlant, ne signifie pas que cet objet a telle propriété, tel caractère, mais tout simplement, qu'il y a des personnes qui ont la volonté et les moyens de donner en échange d'autres objets utiles. Voy. Torrehs, Production ofWealth, p. 10, 11.
{b) L'eau , la glace et la neige ont un prix dans les temps et les pays où l'on ne peut se les procurer et les conserver qu'avec peine. (On vend journellement la neige à Naples , et partout en Sicile , à raison d'un grano â peu près , la livre dans les villes). Mais l'eau est toujours d'une grande importance pour l'homme , même la, où elle est sans prix, parce qu'on peut se la procurer pour rien.
Ainsi la fortune d'un particulier peut se composer de biens d'une grande valeur, qui n'ont cependant pas de prix encore, tel est le bois, par ex., dans un pays couvert de forêts et peu peuplé. Qui ne voit , par cet exemple , que l'habitude de juger de la fortune d'un particulier d'après le prix de ce qui la compose , n'en
m LIVRE PREMIER. DEUXIÈME DIVISION.
donnerait qu'une idée bien imparfaite? Il est évident que , dans l'estimation de la fortune nationale , il faudrait faire entrer les biens sans prix aussi bien que ceux qui en ont un.
(c) Par ex. les res sacrœ et religiosœ des Romains. — Les propriétés immobilières, inaliénables d'après les lois de Lycurgue; les routes publiques sont aussi sans prix , parce qu'elles ne sont pas à rendre, elles ne peuvent entrer dans la supputation de la richesse sociale que pour ce qu'elles ont coûté. Hais combien cette évaluation n'est-elle pas éloignée de l'importance des avantages que ces moyens de communication procurent journellement à la société.
(</) Conf. S 63 , n° 2. — Les ouvriers se trouvent donc dans une position trèsavantageuse, quand ils ont assez de terres pour pouvoir, en les cultivant, s'assurer les objets nécessaires à leur existence , et n'avoir rien à craindre de leur cherté ultérieure.
Si de l'estimation des biens, faite sous le point de vue de l'économie privée, nous passons à leur estimation nationale, il faut bien se figurer qu'une nation suffit à la plupart de ses besoins , qu'elle n'exporte que la plus petite partie de ses produits, et qu'elle n'importe aussi qu'une quantité relativement peu importante (a). Les biens fonds, les capitaux et les denrées, dont la consommation est lente, sont à peu près exclusivement la propriété de ses membres. On peut donc considérer l'économie nationale comme une grande économie domestique, se suffisant à elle-même ; de telle sorte qu'on y fera moins de cas du prix, que de la valeur concrète nationale des choses qui composent sa fortune {b). Cette valeur n'est ni individuelle ni arbitraire; elle est la mesure de l'importance des biens nécessaires et destinés à assurer l'aisance générale. On ne peut mieux connattre la richesse nationale, qu'en estimant ses principaux éléments d'après leurs grandes divisions et en raison de leur quantité et de leur influence sur la situation des membres de la société civile, c'est-à-dire leur valeur; et la recherche des consommations des différentes classes de la société sera d'un grand secours pour cet objet. Il est impossible d'indiquer en une seule quantité numérique la somme des valeurs qui composent la richesse nationale (§ 63, n° 1, a.).
(a) D'après les calculs faits par Moreau de Jouîtes (le Commerce au 19 e siècle, t. i, 114, Paris, 182'J), nous pouvons estimer le rapport de la consommation annuelle de produits étrangersàla consommation totalc,à96/iop.°/ 0 pourles2itaAs- Unis de V Amérique , à 6 p. °/ 0 en France, à 55 s/io p. °/ 0 en Angleterre. Les exportations de ces mêmes États sont : pour Y Amérique de 10 4/io p. °/© , pour la France de 6 26/100 p. 0 / o , pour Y Angleterre de 9s/io p. °/ode la production annuelle. On conçoit que ces données ne doivent être regardées que comme approximatives.
(à) 1000 boisseaux de froment ou 1000 arpents de terres labourables semblent, •l'après leur prix , valoir en Angleterre plus qu'en France.
ÉVALUT10N DE LA RICHESSE NATIONALE. «7
Les observations suivantes démontrent à l'évidence que les prix ne suffisent pas pour nous faire connaître l'importance de la richesse nationale (a).
1° La plupart des objets d'une haute valeur, dont une abondante production et une large distribution contribue au bien-être physique d'un peuple, comme la farine, le sel, la houille, tous les instruments de fer, ne coûtent que peu à produire, et se vendent, par cette raison, moins cher que d'autres produits d'un usage moins indispensable. Or, cette heureuse circonstance qui facilite singulièrement la satisfaction des besoins, démontre à l'évidence que des produits , bien qu'ayant un même prix , peuvent cependant n'être pas d'une égale importance pour une nation.
2° Les prix offrent fréquemment des variations qui conduiraient à des conséquences lout à fait erronées, si l'on n'envisageait qu'eux seuls [b). Ainsi tel objet pourra dans quelques années baisser de prix, parce qu'il coûtera moins à produire, de telle sorte que par rapport à cet objet la richesse nationale paraîtra diminuée; tandis que, à la suite d'une mauvaise récolte, le prix des grains haussant, une petite quantité de blé se vendra au même prix, on même plus cher qu'une plus grande quantité ne s'était vendue l'année * précédente (c).
(a) Voy. aussi Say, Cours, t. i, p. 107.
(b) Les variations des prix , même lorsqu'elles ne sont pas le résultat de changements survenus dans la quantité et les frais de production, sont toujours fort importantes dans les relations des différentes classes de la société ; car elles font faire des gains et des pertes, mais qui au résumé se compensent pour la nation entière.
(c) J. B. Say, qui malgré la justesse des explications qu'il a données de la valeur qu'il appelle utilité, et du prix qu'il appelle valeur, perd cependant trop souvent de vue, comme le font la plupart des écrivains, la valeur, a été conduit par la voie des principes dont nous venons de parler, à une des plus importantes questions de l'économie nationale , savoir : « puisque la richesse d'une nation consiste dans la valeur des choses , comment se fait-il qu'une nation est d'autant plus riche que ces dernières sont a plus bas prix? Cours complet, t. il, p. 345. » 11 en donne la solution en faisant remarquer «que notre richesse consiste, à proprement parler, en fonds productifs , c'est-à-dire en capitaux , en biens fonds , en établissements d'industrie, et que ces fonds ont une valeur d'autant plus grande qu'ils produisent d'avantage. »»
D'après ce que nous avons dit S 66, la difficulté disparait entièrement ; en effet , il est évident qu'un bien, devenu moins cher, n'a rien perdu en valeur pour la société; Say se rapproche de cette manière de voir, dans un autre passage, où il ajoute : «il est avantageux pour l'homme de pouvoir augmenter ses jouissances, et diminuer les sacrifices qu'elles lui imposent.»
Quoique, d'après tout ce que nous venons de dire jusqu'ici, le prix en ar ; gent des produits ne soit pas fort propre à donner une idée exacte de leur importance nationale, et qu'il faille s'attacher à distinguer soigneusement la valeur, du prix (a), les prix en argent sont cependant très-importants pour la science, car ce sont eux qui nous font connaître la consommation que les différentes classes de la société ont faite de biens déjà anciennement existants ou de ceux qu'on a nouvellement produits {b). La statistique est également forcée de s'en tenir de préférence aux prix, dont la connaissance gagnera en importance pour l'estimation de la richesse nationale, si l'on a soin de se représenter en même temps :
1° Le rapport des biens les plus utiles à' la mesure conventionnelle (l'argent), rapport qui nous fera connaître quelles sont les jouissances, et quelle est l'utilité que l'on peut se promettre d'une somme d'argent;
2° Et dans quelles proportions les produits les plus utiles entrent dans la richesse nationale {b).
Il faut avoir soin aussi de ne pas prendre, pour base, les prix d'une seule époque, mais les moyennes d'une longue période de temps.
(a) Ricardo , dans l'ouvrage déjà cité , a cherché à prouver que la richesse ne s'évalue pas, d'après ce qu'il appelle la valeur (les frais de production et les prix qu'ils déterminent), mais d'après la quantité de choses nécessaires, utiles et agréables qu'elle contient. Sa y (note sur ce passage, t. h, p. 77 de la traduction française ), prétend au contraire , que la richesse consiste dans le prix courant des biens que l'on possède, mais il accorde que ce prix est variable et relatif. Un écrivain anonyme (Quarterly review, janv. 1831) oppose la richesse (wcalth), qui consiste dans les prix, à l'aisance nationale (happiness), qui s'estime d'après l'utilité (utility opposé à value) et se manifeste dans l'aspect général d'une vie, dont les principaux besoins sont satisfaits.
Remarquons aussi la proposition suivante du même auteur, savoir : que les produits de l'agriculture sont plus utiles que ceux des autres branches de l'industrie, bien que ceux-ci aient le même prix, sans avoir cependant la même valeur, though equalin
price, by no means equalin worth " proposition dans laquelle ce
mot worth a le même sens que plus haut, et un sens tout différent de value. On n'aurait pas dû traduire value (valeur, W'erth , de valor) par valeur; on évitait ainsi de retomber dans une confusion de langage déplorable pour l'économie politique.
(b) Tout particulier est naturellement porté a composer sa fortune, a égalité de prix , de produits qui lui procurent les plus grands avantages ; mais cela ne peut être pratiqué par une nation que sur une moins grande échelle , car le rapport entre les biens-fonds et les capitaux par exemple y est à peu près invariable.