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DES CHANGEMENTS QUI S'OPÈRENT DANS LA FORTUNE NATIONALE

Toute fortune (tant celle d'un particulier que celle d'une nation) subit des modifications dans ses éléments, soit par des accroissements, soit par des pertes : en effet, elle peut être réduite,

1° Par la donation de quelques-unes de ses parties;

2° Par la destruction de certaines valeurs, c'est-à-dire par la dépense et la consommation.

Par consommation on ne doit pas entendre une destruction de matière, destruction qui n'est pas possible ; mais un changement , une destruction de forme seulement, de ce qui constituait son utilité. La consommation s'opère de différentes manières :

a. Elle est rapide ou plus ou moins lente; cette dernière s'appelle usure, détérioration (Abnûtzung).

b. Elle est le résultat de l'usage que l'homme fait des produits matériels pour satisfaire ses besoins; dans ce cas, elle s'appelle consommation. On ne peut en effet se servir des biens matériels sans les consommer, les user plus ou moins (a); mais aussi en tire-t-on toujours alors un des avantages qu'ils sont destinés à produire. Cependant il s'opère aussi fréquemment une destruction par l'action des forces naturelles, destruction dont l'homme ne retire aucun avantage (§ 319).

c. Ou bien elle se fait sans retour ni compensation et diminue d'autant la richesse générale ; ou bien l'objet consommé est remplacé par des valeurs d'une autre espèce plus ou moins grandes et qui se rattachent à la même matière {b).

(a) 11 faut en excepter les terres qui, malgré l'usage régulier qu'on en fait, perdent bien un peu de leurs qualités (elles s'épuisent et se couvrent d'ivraie, etc.), mais ne subissent cependant aucune'détérioration essentielle ($ KO, b.). Mais il y a aussi beaucoup de choses infiniment durables, comme par exemple les bâtisses, les statues. Bu r gbr a fait remarquer {Voyage dans /' Italie supérieure, i, 7), que Pam-

phithéàtrc de Pola, construit, il y a 2000 ans, en marbre d'Istrie, n'a perdu que 2 lignes environ de son épaisseur au coin de ses assises.

(b) L'achèvement d'un objet, qui sans lui faire perdre de ses propriétés y en a ajoutées au contraire, ne peut pas s'appeller consommation. Par exemple, on ne consomme pas les draps qu'on foule, qu'on tond, etc.; mais le ftleur consomme la laine, et le tisserand le fil : car par leur opération ils produisent un objet tout différent.

Une chose qui jusqu'ici ne faisait pas encore partie de notre fortune (au moins à raison de quelques-unes de ses propriétés ) peut y être comprise :

1° Soit que nous venions à la recevoir, de celui qui la possède, en payement de services rendus ;

2° Soit que par le travail, nous lui donnions le caractère de produit, et en prenions possession ; tout travail qui tend à augmenter la somme générale des biens matériels , en ajoutant de la valeur aux matières premières , s'appelle production (hervorbrikgung, erzeugcng, production) (a). Un individu peut acquérir des biens de la première de ces deux manières (6), mais une nation ne peut trouver la satisfaction de ses besoins que dans la seconde ; et c'est bien naturel, car elle ne peut acheter les produits , même ceux qu'elle reçoit de l'étranger, qu'avec ceux qu'elle a créés elle-même (c).

(a) La production agit de deux manières :

a. Ou elle met au pouvoir de l'homme, des objets de valeur, qu'il ne possédait

pas jusques-là ; p. Ou elle augmente la valeur de ceux qu'il possédait déjà.

11 n'y aurait pas véritablement de production, si l'objet produit était inférieur, en valeur et en prix, à ses frais de production; quand même, technologiquement parlant, elle appartiendrait à une profession vraiment productive. Hermann, Recherches y p. 22, distingue la production en technique et en économique; Sodrn , national Économie, i, 148, distingue les travaux productifs en économiques (œkonomistische), inéconomiques (unœkonomistische), anti-économiques (antiœkonomistische).

{b) Acquérir (eneerben), danslesens le plus étendu de ce mot, équivaut à s'approprier, occuper, devenir propriétaire. Dans un sens plus restreint, comme on l'entend en économie politique, l'acquisition d'un produit suppose un travail antérieur ou un sacrifice qu'on a fait pour l'obtenir ; c'est ainsi qu'on oppose l'acquisition aux successions, aux donations, etc. — Zachariae, Staatswirthschafstlehre, p. 3, distingue une production objective, et une production subjective. Celle-là d'après ses explications n'est que la production, l'opération par laquelle quelqu'un donne de l'utilité à une chose quelconque (objective) qui n'en avait pas ; celle-ci est tout simplement l'acquisition d'un bien faite par un particulier.

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