fois
Boucles d'acier
Volz, Abnanavh de l'industrie, 1833, p. 111.
L'effet immédiat du commerce {a) est de multiplier les échanges; ceux-ci sont avantageux, car ils procurent aux contractants une quantité de valeur concrète (§ 57 w '), supérieure à celle qu'ils se donnent réciproquement. Cet avantage résulte généralement d'une opération qui précède les échanges , c'est-à-dire d'un envoi de marchandises d'un lieu dans un autre , bien que ce n'en soit pas une condition indispensable (6). Le commerce favorise la bonne distribution des richesses ; il met le superflu des produits de l'un à la disposition d'un autre qui en a besoin, et (c) contribue incontestablement parla, à augmenter le bien-être des nations (d). Cependant en comparant la fortune d'un peuple aux besoins de ses membres, on voit évidemment que le commerce intérieur n'en augmente pas la valeur et que son rôle se borne à augmenter la valeur concrète que les particidiers attribuent à leurs biens. Le commerce facilite et encourage la production dont il favorise les conditions externes, (savoir : le rapprochement et la possession) en les réalisant ; cependant il n'apporte aucune modification, aucune augmentation à la valeur générique de ces biens, il
n'ajoute rien absolument aux valeurs existantes, et ne peut en lui-môme être considéré comme productif [e) (§ 69). Mais le commerce qui exporte les marchandises de l'intérieur, et les échange contre des marchandises étrangères , augmente réellement la fortune nationale, car il provoque des échanges internationaux avantageux pour chacun (/), sans que celte opération puisse mériter cependant davantage d'être nommée productive (§ 69, n° 1).
(a) La question de savoir si le commerce est productif n'offre de l'intérêt pour l'économie nationale, que parce qu'elle nous donne lieu de faire une application des principes élémentaires de cette science. Car on ne peut du reste méconnaître la différence qu'il y a entre le travail du commerce et celui des manufactures, et la haute importance de celui-là pour la société, quels que soient d'ailleurs les principes qu'on adopte.
(à) Say regarde le commerce comme productif, non parles échanges qu'il provoque, mais parce qu'il augmente la valeur des biens qu'il transporte d'un lieu à un autre; selon cet auteur le lieu, la localité où le commerce transporte les biens est une « modification , » une manière d'être de ces biens. Cours, n, 20o. Voy. également Droz, p. 30, Économie politique. Mais il peut se faire des échanges non moins avantageux pour la société sans qu'il y ait transport de biens ; comme cela a lieu par exemple lorsque deux voisins échangent leur excédant de produits pour satisfaire leur demande réciproque ; et le transport n'opérerait aucun avantage, s'il ne se faisait pas véritablement d'échange. La situation {die Loge) d'une chose est bien différente de son degré d'utilité, qui est la condition de sa valeur générique ; elle n'a d'importance que par rapport à la consommation de certaines personnes, et perd son mérite quand la position des consommateurs a changé. Le transport des biens devient absolument inutile quand le consommateur va au-devant des produits. On ne peut donc pas mettre l'action du commerce sur le même rang que celle de l'industrie.
(c) Beccaria dit que le commerce est l'échange des choses inutiles ou peu utiles contre des choses utiles.
(d) S'il pouvait se faire une meilleure division de propriétés immobilières dans les pays, où elles sont possédées par quelques personnes à peu près exclusivement, nous aurions l'exemple d'un accroissement de bien-être dans une grande partie de la population sans augmentation de richesse nationale, et par le seul effet d'un changement de possession.
(e) Plusieurs écrivains (qui ne sont cependant pas de l'école de Quesxay ) se refusent à regarder le commerce comme productif; Lotz, i, 186, le range au nombre des services personnels. Vrrri ( Méditations, $ xxiv) regarde les commerçants comme formant une classe intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs. — D'autres au contraire regardent le commerce comme productif, Sat et Droz, voy. supra citât, note {a). Malthvs, Principles, p. 443 (sous le point de rue des profits que font ceux qui échangent). Mac-Cul loch, Principles, p. 1 19 (sous
le point de vue de l'accroissement d'utilité résultant du transport des produits, et de leur division en petites quantités). Voy. aussi Geier, Characteristik des Mandela, p. 58, et les exemples qu'il cite. — On a souvent cru pouvoir comparer le commerce au travail matériel (Stoffarbeiten) , parce que l'on avait remarqué que celui-ci n'opère fréquemment qu'un changement de position. C'est ainsi que Mac-Culloch (passage cité plus haut) dit : « le travail du mineur donne de l'utilité aux matières premières en les arrachant aux entrailles de la terre pour les mettre à la surface ; mais le travail du marchand ou du voiturierqui transporte la houille de l'endroit où on l'extrait, a celui où on la consomme, lui donne une valeur plus grande et peut être infiniment grande. » Herm aicx, Recherches, p. 22, dit la même chose. Mais à cette occasion il faut remarquer :
!• Que le mineur extrait la houille de la terre et la met pour la première fois au pouvoir de l'homme ;
2° Que son travail est continuel et d'une utilité générale; le travail du voiturier au contraire ne consiste qu'à la transporter chez certaines personnes.
if) Voy. Mac-Culloch, p. 94. — Voy. sur les effets généraux du commerce, l'art. Commerce (par Rau) , dans l'Encyclopédie des sciences de Ersch et Gruber; et Murhard, Théorie et politique du Commerce, i, 73. Gœttingue, 183t.
Mais il en est autrement lorsque l'on considère le commerce dans ses rapports avec l'agriculture et l'industrie manufacturière; la continuation des travaux de ces industries dépend de l'écoulement de leurs produits, qui repose sur les ventes; or les ventes augmentent quand l'activité du commerce est grande. Le commerce n'est donc pas moins utile pour la production que pour la consommation, et il établit une relation intime entre elles (a). Lorsqu'un pays a une classe spéciale d'habitants qui s'adonnent au commerce, les échanges sont plus fréquents, et coûtent moins de frais que lorsque les productions et les consommateurs doivent s'en occuper eux-mêmes. Alors seulement on voit naître plusieurs espèces d'industries sous la protection du commerce qui offre un débouché aux producteurs: les manufacturiers peuvent plus fréquemment faire rentrer leur capital quand les commerçants achètent et paient leurs produits, et se livrer aussi en môme temps à une production plus abondante, que s'ils devaient attendre que les consommateurs vinssent les acheter euxmêmes, et n'être remboursés de leurs dépenses qu'à une époque éloignée.
{a) Ce que favorise le plus la consommation c'est le bas prix des produits.
Le commerce est donc un auxiliaire indispensable et une conditionpéremptoire du maintien et de l'extension de l'industrie; intimement lié à sa prospérité, c'est par elle qu'il devient mediatement productif.
Mais nous ajouterons que :
1° Toutes les branches du commerce ne sont pas productives, mais celles-là seulcmcntqui procurent un débouché à l'industrie agricole et manufacturière, et facilitent ainsi la production. Il ne faut donc pas ranger au nombre des travaux productifs, le commerce de choses dont la formation remonte à une époque fort éloignée (a). Par exemple celui de tableaux anciens, de vieux livres, d'objets qui ont déjà été dans la circulation, ni celui des agents d'affaires qui achètent des lettres de change, des créances, se chargent du placement des biens-fonds, etc.
2° Les avantages que l'économie nationale retire du commerce ne doivent pas s'estimer par les profits qu'il procure aux marchands, mais par son influence sur la production et la consommation.
3° Les frais du commerce productif doivent être compris dans les frais de production, car sans ces frais on ne pourrait pas continuer longtemps à produire. Les frais de commerce sont compris dans le prix payé par l'acheteur, et il est évident que la valeur des objets qu'on ne cesse de produire et de vendre doit au moins être aussi grande que la somme de leurs frais de production et de transport.
4° L'interruption d'une branche productive de commerce paralyse immédiatement l'activité des manufactures.
(a) Il faut en excepter le commerce qui favorise particulièrement le travail manufacturier. Par exemple celui de drilles . chiffons , ou celui qui facilite la revente, et l'acquisition de nouveaux produits.
Quant à l'espèce d'industrie qui a pour objet de prêter ou de louer des biens (§ 100), elle n'a d'ordinaire qu'un rapport fort éloigné avec la production. Quelque important qu'il soit en effet pour la production que les propriétaires cèdent leurs biens-fonds et leurs capitaux à des entrepreneurs, lorsqu'ils n'en tirent pas parti pour produire eux-mêmes, cette cession se fait en général pour de grandes quantités et à de longs termes, de manière que la transmission de biens d'une main dans une autre a lieu avec peu de peine. Quant aux cas où cette transmission demande beaucoup de temps et beaucoup de soins, ils ne se représentent que pour des biens ou des sommes d'argent, destinés à un usage improductif, et cette opération ne favorise alors que la
consommation. Le commerce qui a pour objet de nous fournir des denrées et des moyens de subsistance^ 101) n'a pas non plus de rapport immédiat avec la production et ne tend qu'à favoriser la consommation en diminuant nos besoins. Cependant les personnes qui l'exercent favorisent médiatement la production, en épargnant aux producteurs maint travail qui les détournerait de leurs occupations.
C'est à tort qu'on a contesté aux services personnels toute action productive (§95, B.). Beaucoup de travaux, ceux notamment qui ont pour objet de protéger la sûreté, la santé, la moralité et de répandre l'instruction publique, soit que le gouvernement, soit que les particuliers en aient la direction, ont une immense influence sur l'économie nationale et particulièrement sur la production. Mais ce n'est là qu'un effet éloigné de ces travaux qui, par leur action immédiate et leur fin directe, sont de la plus haute importance pour la société.
Il serait impossible d'évaluer en détail , l'action productive des services personnels, et l'on ne pourrait pas plus dire avec précision quels produits nous leur devons ni dans quels cas et dans quelles opérations leur acliou cesse d'être productive. La raison en est simple ; c'est qu'ils produisent des avantages immatériels, avantages qui rendent possibles et facilitent immédiatement un travail productif, sans cependant le provoquer nécessairement; car c'est toujours de la volonté et des résolutions de l'homme, que dépend l'effet productif de son travail. Mais si nous ignorons jusqu'à quel point, et à quel degré le prix des services personnels payés par le revenu net de la nation se consomme productivement, cette incertitude n'a du moins rien de funeste, lorsqu'il s'agit des travaux qui ont pour objet la culture et le développement de l'intelligence humaine.
(a) Voy.SiMONDE de Sismoxdi, Nouveaux Principes d'Économie politique, i, 141. — Storch ( sur la nature du revenu national , p. 27-87 ) , va jusqu'à regarder comme productif, tout travail librement demandé et payé, de telle sorte qu'où puisse le continuer, en tant qu'il ne soit pas nuisible à la société. Voy. aussi Hermahn, Recherches, p. 37. Gioja (IYuovo prospctto } i, 246) a parfaitement démontré l'effet productif des services personnels.
D'après les explications auxquelles nous venons de nous livrer, on voit qu'il est très-difficile d'établir une distinction fondamentale assez nette, entre les travaux productifs et les travaux improductifs , pour pouvoir tracer une ligne de démarcation entre eux. En général, il n'y a que les travaux matériels qui soient immédiatement productifs; quant aux travaux médiatcment productifs on les rencontre dans la plupart des branches du commerce ; ils se confondent insensiblement avec les services personnels dans la classe des travaux non productifs («■).
(a) Von Jacob, Économie nationale, $ 126.
DEUXIÈME SECTION
Le travail est le libre emploi de nos forces; il subit donc toutes les modifications de la pensée, des sentiments et de la volonté de l'homme, et les motifs qui nous y portent de même que l'ordre que nous y mettons et les résultats qui le couronnent, offrent la plus grande variété; on peut dire la même chose des effets productifs qui diffèrent de nation à nation, par
1° Des causes qui sont dans la nature même du travail, sa qualité et sa quantité;
2» Par des causes externes qui en déterminent l'effet; tels sont les procédés des arts qui le perfectionnent et le facilitent, les débouchés (a).
(a) Voy. Kulda., Grundsactzc der Kameralwisscnschaften, p. 110.
A égalité de population (a) , deux nations peuvent offrir un chiffre inégal de travailleurs productifs et partant une différence aussi dans la production ; et en supposant l'industrie également développée, une nation produira d'autant moins qu'elle aura plus d'hommes qui ne travaillent pas ou qui ne s'oc-
cupent que de travaux qui n'ont rien de commun avec la production. Cela tient au rapport des différentes classes de la société, et à la division de la propriété territoriale. Lorsque les propriétés sont réparties dans les mains de quelques personnes, leurs produits sont dissipés, consommés par une quantité de fainéants ou d'hommes non productifs, et les vrais besoins ne sont que faiblement satisfaits {b). Mais quand l'habileté des industriels augmente, un plus grand nombre de personnes peuvent, sans que le revenu national diminue, acheter des services personnels utiles, et l'on s'occupe davantage aussi de la production des richesses immatérielles (<;).
(a) On peut compter que sur un million d'habitants, il y a 667,000 hommes capables de travailler, en ne comptant les jeunes gens de 12-17 ans, et les hommes de 54-60 ans, que comme des demi-travailleurs .Dupin, Forces productives, i, 19.
(b) Nous en voyons des exemples dans le nombreux domestique des seigneurs du moyen âge, et encore aujourd'hui dans les grandes maisons de Russie.
(c) Plus un pays est riche, h égalité de civilisation, plus on y rencontre de médecins, de professeurs, d'artistes, sur une même population ; en 1822, il y avait dans la Prusse orientale 1 médecin pour 18,000 âmes, en Silésie un sur 7,800, dans la Prusse Rhénane 1 pour 6.700, dans le Grand-Duché de Saxel pour 4,700 habitants.
A côté du nombre des travailleurs (§110. n°l) existe une nouvelle cause dont l'influence est non moins grande sur le produit du travail , c'est leur zèle et leur activité (a). Cette activité varie avec les tempéraments, les habitudes et le mobile qui les fait agir, et elle est d'autant plus grande que :
1° Le travailleur entrevoit l'espoir d'améliorer sa position par son travail , surtout d'augmenter son salaire. C'est pourquoi aussi l'on rencontre :
a. La plus grande activité, chez ceux dont le salaire est en raison de la quantité d'ouvrage qu'ils font, comme chez les ouvriers qui travaillent pour leur compte, à la pièce ou à la tâche;
b. Une activité moins grande chez ceux qui sont payés d'après la durée de leur travail , par exemple chez les ouvriers à la journée ou à la semaine;
c. Une activité moins grande encorc,chez ceux qui travaillent à la corvée(ft);
d. Enfin une activité et une ardeur presque nulles chez les esclaves, parce que ceux qui se trouvent dans cette catégorie n'ont aucune récompense à espérer de leur zèle (c).
2° Qu'il a des besoins qui stimulent son zèle. L'appât des jouissances que promet le prix du travail, doit vaincre le penchant à la paresse; mais ce penchant est si puissant chez des peuples et des individus peu civilisés et qui ont peu de besoins, qu'il l'emporte sur l'attrait du salaire pourvu que d'ailleurs les besoins les plus pressants de la vie soient satisfaits. Cependant à
mesure que la civilisation fait des progrès, on voit s'évanouir les obstacles qui s'opposent à la production (d).
(a) Voy. Zachariae. Staatswirthsschlehre, p. 81.
(b) Dos expériences faites par des cultivateurs nous apprennent que le travail de 4 hommes de corvée n'équivaut qu'à celui de 5 hommes salariés. Voy. Voit Flotow, Introduction à la connaissance et à Vestimation des produits, i, 80 (ail.).
(c) On conçoit parfaitement que la manière de traiter les esclaves produit une grande différence entre eux et qu'on peut pousser leur activité aussi loin qne celle des travailleurs libres. C'est ce dont Columella, de re rustied, i, 8, a donné des exemples.
{d) Paresse des Turcs et des habitants des pays chauds en général. A Java, la culture du café tomba en décadence, lorsque les Anglais, après avoir fait la conquête de l'Ile en 1811, dispensèrent les naturels de l'obligation de livrer une certaine quantité de ce produit à bas prix, et parce que ceux-ci ne se livrent au travail que pour satisfaire leurs besoins les plus pressants. Voy. Van dek Boscn, nederlandsche bezittingen in Aziè y etc. Haag, 1818. Voy. Crumpe, sur les moyens les plus avantageux de procurer du travail et des bénéfices aux ouvriers; traduit par Wichma™, p. 12, 24. Leipzig, 1796.
La bonne qualité est aussi en partie, un effet du zèle qui nous porte au travail. Quand le travail réclame des forces humaines, son effet dépend de l'adresse des travailleurs, laquelle consiste dans l'aptitude à exécuter aisémen t, facilement et sans danger des mouvements corporels. Mais il n'y a aucun travail, quelque simple qu'il soit, qui puisse se faire sans le concours de l'intelligence, et c'est dans les opérations difficiles et artistiques que se manifeste ouvertement l'influence du génie. Cette aptitude de l'esprit et du corps à faire un travail avec succès, constitue \liabiletà f dont l'adresse est une condition essentielle. L'habileté suppose autant de prédispositions innées, que d'exercice, d'étude et d'expérience, et s'acquiert par renseignement et l'imitation; c'est ce qui fait que les industriels d'un pays, ou d'une contrée restent parfois longtemps seuls en possession d'un haut degré d'habileté, sans que les habitants d'autres pays y parviennent aussi (a). L'emploi fréquent de cette habileté pour obtenir des services importants constitue l'art {Kumtfleis , industrie) (b). Il faut distinguer de l'art, la capacité de l'entrepreneur ou 1'activilé industrielle qui consiste dans l'aptitude à travailler avec le plus grand avantage, en s'aidanl des procédés et en mettant à contribution les méthodes scientifiques qui abrègent et économisent le travail et augmentent la production.
{a) L'introduction, dans un pays, de nouvelles branches d'industrie ne se fait, avec succès, que lorsqu'on peut y employer des ouvriers spéciaux et capables. Les fabricants de draps de la Flandre établirent de.» manufactures de cette espèce en Angleterre. — Elles y devinrent florissantes parce qu'ils amenèrent avec eux leurs ouvriers. Voy. Taube, Histoire du Commerce de V Angleterre, p. 1 9. Leipzig, 1776. Hulma5iv, das Stacdtewezen des Mittelalters, i ,'239. Bonn , 1826. Après la révocation de l'édit de Nantes, les protestants de France introduisirent et perfectionnèrent en Allemagne plusieurs branches d'industrie; plusieurs fabriques de porcelaine n'auraient pu se maintenir, si l'on n'eût fait venir des ouvriers de la Moravie et plus tard de Vienne. — Les fileurs dans les fabriques anglaises sont mieux payés que ceux de France et d'Allemagne, mais aussi ils produisent davantage, de sorte que les dépenses qu'ils occasionnent, ne sont pas plus élevées, proportion gardéi*. Voy. Mohl , sur l'Industrie du Wurtemberg, p. 328. Stuttgard, 1828.
(b) On se sert souvent du mot industrie dans un sens indéterminé et non scientifique . comme synonyme de travail.
Parmi les causes qui concourent à développer l'habileté des travailleurs , il faut ranger, au premier rang, la division du travail; celle-ci consiste à ne mettre chaque ouvrier qu'à un petit nombre, ou mieux à une seule espèce d'occupation, dont il échange ensuite les produits contre tous ceux que ses besoins demandent. On a dû bien facilement remarquer que le travail, pratiqué de la sorte, produit davantage, et cette observation , combinée avec la connaissance des caractères et des dispositions si différentes de l'homme , a dû de fort bonne heure conduire à la division du travail (a).
(a) Smith, Recherches, i, 13. Storch, tom. iv, p. î$, réclame la priorité de cette découverte pour les anciens.
Ce n'est pas seulement dans les travaux matériels, mais dans toutes les opérations en général, qu'une bonne division augmente les succès. En voici les motifs :
1° L'habileté des travailleurs s'accroît infiniment par l'habitude non interrompue de faire une seule chose; il y a même des parties du corps qui acquièrent un développement très-favorable à certaines occupations, et parfois peu avantageux à d'autres (a).
2° L'application continuelle de l'esprit à tel ou tel travail fait découvrir tous les moyens de l'abréger, de le rendre plus productif et de prévenir et d'en écarter les accidents. C'est ainsi que la division du travail met aussi sur la voie de la découverte de machines propres à économiser nos forces (b).
3° On évite par là, les pertes de temps qui ont lieu généralement dans le passage d'une occupation à une autre.
4° Il y a une infinité de cas ort, par la division du travail, on obtient les mêmes effets avec de plus faibles moyens, avec moins de peine, et en moins de temps ; Ton épargne donc les mêmes occupations à d'autres travailleurs qui peuvent dés lors s'occuper d'autre chose (c).
On concevra maintenant les prodigieux effets obtenus par la division du travail dans différentes branches d'industrie qui s'y prêtent favorablement; elle n'est nulle part plus à désirer que dans les établissements où il faut une grande rapidité dans les travaux (d).
(a) Il y a des métiers qui développent certains sens. Les travaux fatigants développent les muscles des liras, mais endurcissent en même temps la peau et donnent de 13 roîdeur aux doigts.— Précision du coup-d'œil, assurance des mouvements, etc.
(6) A. Smith raconte quel perfectionnement a apporté aux machines à vapeur, un gamin qui voulait s'épargner l'ennui de lever continuellement une soupape. Ceci parait avoir eu lieu pour la machine de Newcomex; Beichtoh est celui qui passe pour avoir rattaché au moyen d'une tige de fer, la soupape au balancier. Voyez Severew, Annales de la commission d'Industrie, i, 21. Berlin, 1821. On peut à cet exemple en ajouter un autre. Un jeune ouvrier était chargé de veiller à l'entretien d'un bec de gaz qui s'éteignait fréquemment par l'effet d'un courant d'air, que provoquait l'ouverture d'une porte voisine; il imagina de placer au-dessus de la flamme de ce bec un fil d'archal qui rougi par la chaleur de celle-ci , rallumait le gaz, chaque fois qu'il s'éteignait. Journal polytechnique, xiii, 532. L'ennui attaché a la réitération de calculs semblables ( par exemple , l'évaluation de la surface d'un terrain dont la mesure est connue), a provoqué l'invention de plusieurs machines à calculer.
(c) Ceci se rattache à ce que nous avons vu au n° 3. Par exemple, dans le tordoir qui d'après Gioja (ISuoro prospetto, i, 100) peut faire le travail de 4000 familles quand un homme y est exclusivement attaché. Un berger garde aussi facilement (dans des limites données) un grand troupeau qu'un petit. Dans plusieurs travaux chimiques, le travail est le même, quoique pour des quantités fort différentes de produits. La division des occupations , en produisant une économie de travail , en produit une dans les capitaux ; par exemple , le pain et la bière coûtent moins cher dans les brasseries ou boulangeries publiques ou chez les gens du métier, que chez les particuliers.
(d) De nombreux exemples viennent à l'appui de ce que nous avançons. Adam Smith cite :
1» La fabrication des clous; d'après lui des ouvriers habiles peuvent faire par jour 2,300 clous , tandis que ceux qui ne se livrent à ce travail que de temps en temps, n'en font que de 800-1000, et ceux qui n'ont jamais fait ce métier n'en font que 200-300. La fabrication des clous dont se servent les cordonniers présente plus
de rapidité encore , un ouvrier habile peut en faire 3000 par jour comme cela se voit à Schœnau dans VOdenwalde.
2° La fabrication des aiguilles. Dix ouvriers en font 48,000 par jour, ce qui fait 4800 pour chaque ouvrier; tandis qu'un ouvrier à lui seul (non aidé par la division du travail) ne pourrait en faire que 20 à peu près. Smith n'a pas remarqué que, dans ce cas, les différentes opérations n'ont pas lieu sur un même fil , mais sur plusieurs à la fois , et qu'ainsi la production d'une journée peut être assez remarquable. Voy. Rau, note 33 sur Storch , m, 276. — Voy. Louis Say, Considérations, etc., § 30, il révoque en doute la grande action productive des 10 travailleurs dont nous venons de parler. — Au moyeu d'un archet , un seul ouvrier peut adapter des têtes à 10,000 et même h 14,000 épingles par jour. Voy. Gatterer, Magasin technologique, i, 283, (1790). Les cuillers de fer blanc élamé passent par 30 mains environ, avant d'être achevées, et il y en a dont le prix n'est que de 12 kreutzer (43 cent. ) la douzaine. Voy. Voie Rees, Exposition du travail des fabriques et des métiers, m , 699. Vienne , 1824, 2 e édition ; à Schœnach (Grand- Duché de Bade, Forêt Noire), on vend la douzaine de 16 â 22 kreutzer, et deux hommes en font de 6-8 douzaines par jour. Un habile fabricant de flèches fait deux cents hampes ou tiges par minute. Voy. Voir Rees et Blumeisbacii, Exposé systématique des derniers progrès faits dans tes métiers et dans les fabriques . ii, 430. Vienne, 1830. — A Gouda, en Hollande, un ouvrier fait 10,000 pipes par jour. — Un ouvrier employé à la fabrication des peignes en fait 60-70 par jour, et d'une finesse de 40-18 dents par pouce. Voy. Von Rees, m, 130. — A Sonncnberg, mille touches ne content que de 40 kreutzer h un florin ; et 360 trompettes d'enfant , non peintes, se vendent fl. 1-30 kreutzer; cela peut nous donner une idée de la promptitude des travailleurs employés à fabriquer ces objets. — Dans les fabriques «l'aiguilles à coudre, les enfants employés à faire les têtes, sont si habiles qu'ils percent le fil le plus délicat et y en passent un autre. Le salaire payé pour la fabrication de 1000 aiguilles est de 67 1/2 centimes (18 3/4 kreutz.). Dictionnaire technologique, 1 . art. Aiguille. — Say , Cours d'Économie politique, dit que 30 personnes font ensemble, et par jour, 13,300 cartes à jouer. — Dans les verreries, un souffleur fait de 800-900 bouteilles , à 26 sols le 100 ou 34 kreutzer. Moreau de Jouîtes , le Commerce du 19" siècle, 1, 63.
C'est avec la division du travail que commence cette espèce de connexion organique (§ 7 et 8 ) entre les industries , qui établit une solidarité réciproque S entre tous les travaux individuels, et rend chaque homme, pour ses besoins, tributaire, de tous les autres (a). C'est à elle, que la société doit la physionomie particulière et cette multitude d'états de ses diverses classes, qui elles-mêmes nous offrent la division des industries. C'est elle qui assigne à un métier et à une profession spéciale, certains travaux, jusque là exécutés dans les ménages par des domestiques, qui par la suite reçoivent souvent eux-mêmes
encore des divisions nouvelles (6); la division du travail est un des progrès les plus remarquables dans la civilisation d'un peuple. Cependant cette division, comme la variété des produits qui en résultent, a ses limites dans la nature des différentes occupations; en effet, celles-ci se composent d'un certain nombre d'opérations simples, qu'il est presqu'impossible de confier à autant d'espèces d'ouvriers différents, sans produire du désordre (c) ; d'un autre côté, il n'y a que les travaux qu'un homme peut faire continuellement et sans interruption, et qu'on ne doit pas alterner avec d'autres, qui puissent être son occupation exclusive (rf).
{a) L'échange n'est pas tant par lui-même, comme ont voulu le dire certaines personnes, d'une haute utilité dans l'économie sociale, que comme condition de la division du travail.
(b) Il est dans la nature même de la division du travail, que les travaux dans lesquels on a apporté la division, doivent avoir quelque rapport les uns avec les autres, pour pouvoir produire tous les avantages qu'on peut espérer ; comme dans une grande manufacture les travaux des ouvriers doivent être coordonnés , dirigés et calculés par un chef, de manière qu'ils se prêtent un mutuel appui , et qu'ils puissent donner une grande somme de produits, ainsi que cela se pratique dans une grande famille : de même aussi des producteurs tout-à-fait indépendants les uns des autres peuvent réciproquement se souteuir. De pareils rapports ne sont pas seulement possibles dans les travaux où l'on a apporté la division, ils peuvent aussi exister dans ceux d'un même genre où, par une association bien entendue, des travailleurs peuvent produire un effet beaucoup plus grand que si chacun d'eux agissait isolément. C'est ainsi qu'on voit se former dans les forêts des associations temporaires de scieurs de bois, de tendeurs, de bûcherons; d'autres métiers s'exercent avec non moins de succès au moyen de pareilles associations de travailleurs. Gioja y a particulièrement attaché son attention. Voy. Steinleiit, i, 317.
(c) La crainte qu'a fait naître pour l'état des ouvriers, une division trop grande du travail, repose sur l'état «le dépendance où celle-ci mettrait vis-à-vis de l'entrepreneur , ceux qui ne connaissent qu'un seul métier, et l'influence funeste que cette division peut exercer sur leur intelligence, leur santé et leur développement physique. Voy. Ludek , Uandbuch der Staat&weisheit, i, § 83. Mais en général, ces appréhensions ne sont pas fondées, et les dangers qu'elles supposent sont bien moins grands que les avantages que nous recueillons. Cependant il y a plusieurs occupations dont l'exercice non interrompu est fort nuisible à la santé; telles sont celles des ouvriers qui affilent les aiguilles, des doreurs, des cardeurs de laine. — 11 y en a d'autres qui sont si simples et qui demandent si peu de travail d'esprit, qu'elles rendent ceux qui s'y livrent tout-à-fait stupides et incapables d'en exercer d'autres. C'est ce qu'on voit surtout chez ces ouvriers qui, dès leur enfance, ont été occupés aux mêmes travaux. — Défense de la division du travail par Sa y, Cours,
1. 1, p. 370, contre Lemoutey, Influence morale de la division du travail et Bernouilli, Archives Suisses, u, 51.
(d) C'est pour ce motif que la division ne peut être poussée aussi loin dans les travaux de l'agriculture que dans ceux des fabriques, et moins loin encore dans les petites exploitations rurales. Thaer, Économie rurale rationnelle , 1. 1, p. 111.
L'introduction et l'extension de la division du travail supposent généralement de grands capitaux chez les entrepreneurs, surtout :
1° Lorsqu'on veut introduire dans une industrie une meilleure division que celle qui y régne déjà ; chose qui, quand cette industrie n'est pas exercée sur une grande échelle, exige qu'on augmente le nombre des ouvriers, qu'on fasse l'acquisition de nouvelles matières premières, d'instruments, de machines, matériaux, etc.
2° Lorsqu'un travail , secondaire jusque-là , devient une industrie particulière dont les opérations sont naturellement subordonnées à l'emploi d'un nouveau capital {a) ; mais dans ce cas, ceux qui auparavant devaient se livrer à la formation des produits réservés maintenant à cette nouvelle industrie, peuvent disposer des capitaux qu'ils y employaient, et les employer soit à leur travail principal soit à une autre production. Quand ceux, qui ont le désir et qui sont capables d'introduire une nouvelle division de ce genre dans les travaux, n'ont pas de capitaux ou ne peuvent pas en obtenir, les progrès les plus utiles sont nécessairement retardés {b).
(a) Comme dans les industries spéciales dont les nombreuses parties de la montre sont l'objet : les différentes parties qui en composent l'ouvrage, telles que les roues, les chaînes, les ressorts, les fusées (fournitures), les mouvements, les ébauches, les cadrans, les aiguilles, les clefs en cuivre , les canons en acier, les bottes sont toutes faites par différents entrepreneurs , et s'obtiennent, grâces à la perfection des machines, mieux faites et à un prix moins élevé qu'autrefois. Voy. Von Rees , Tableau des opérations du commerce et des manufactures, m , p. 735, et voy. Voit Rees et Blumepcbach , Exposition raisonnée des dernières découvertes, u, p. 45i. Production des acides et des chlorures de chaux pour les imprimeurs d'indiennes , dans des fabriques destinées uniquement à ces objets; préparation spéciale du chlore, pour les blanchisseurs, etc.
(b) L'association de plusieurs entrepreneurs peut prévenir le mal résultant de l'insuffisance des capitaux de chacun d'eux. En Angleterre, par exemple, le brasseur peut acheter le malt, du marchand qui ne fait que cela; celui qui foule, adoucit, chardonne et unit le drap, l'achète au tisserand.
Au nombre des causes externes d'où dépend l'activité de la production, (§ 100, n° 2), il faut ranger les procédés des arts qui multiplient la puissance de l'homme, et principalement les machines {a) ; leur but est :
1° De rendre le travail de l'homme plus productif, par l'emploi des forces naturelles (§90-91), emploi qui diminue les frais de production et les prix, et augmente la consommation (b) ;
2° De donner des produits plus achevés et d'une plus grande valeur, que ceux dus au travail du manouvrier (c). Cependant ceci n'est pas vrai de toutes les espèces de travail, comme ce que nous avons dit au n° 1;
5° D'épargner à l'homme des travaux trop rudes ou malsains {d); s'il faut des bras d'hommes pour faire mouvoir une machine, ce travail peut être fatigant sans être pourtant nuisible à la santé (e);
4° De n'exiger dans beaucoup de circonstances qu'un travail sans art, pour leur service, et de donner cependant des produits qu'on ne devait autrefois qu'à une grande habileté (f) ; ainsi, grâces aux machines , les hommes de cabinet peuvent se livrer exclusivement à de nouvelles recherches et à des occupations utiles à la société. Mais les machines ne doivent leur existence qu'à un art déjà fort avancé; elles sont le fruit du progrès des lumières.
(a) Voy. Kuîcth, sur les avantages et les désavantages des machines. Berlin, 1824. — Babbage, On the economy of machincry and manufactures. Londres, 1832, et en français par Biot. Bruxelles, Dumont. 1835.
(b) Rien ne nous offre peut-être un exemple plus frappant de l'utilité générale des machines, que la fabrication du coton. Les découvertes les plus importantes des anglais dans cette partie sont :1° Le diable {Krempclmaschine), de 1760 à 1774 insensiblement perfectionné par plusieurs personnes. 2° La muljonny découverte due â Uargraves en 1767, aujourd'hui particulièrement employée pour filer la laine. 3° La machine à filer (Throstle, Drossel^machine), inventée par Richard Arkwright, 1769. 4° Le métier à filer (mule-Jenny) composé des deux précédents, de Crompton, en 1773. 5° Le métier à tisser ( Die webmaschine Pawerioom) qui remplace le métier b lisser ordinaire , essayé d'après l'idée de Vaucansox (1747) par plusieurs mécaniciens, perfectionné et très-répandu depuis 1803. On pourrait ajouter à cette énumération plusieurs inventions encore qui, comme le banc-â-broches (le Flyroring), sont des exemples de la plus ingénieuse habileté. Les machines à filer fournissent dans un même temps, 100 fois, d'après Berïïouh.li, 120 fois, d'après Moreau de Jonnes, et, d'après Va* Rees et Blume^bach, 130 fois plus de produit que les moulins qu'on fait mouvoir à la main. Une fileuse ne fait que 1/2 liv. de fil de fin, par semaine, lorsqu'on l'aide à carder son lin. En Angleterre, un homme assisté de deux gamins suffit à soigner 200-260 broches, et peut, d'après la finesse (num. 40-70) du fil, livrer de 80 à 100 livres de colon filé,
DES CONDITIONS D'UNE GRANDE PRODUCTION DU TRAVÀ^ffeSS^
par semaine. Dans la Prusse Rhénane (Beuth) un homme produit de 88 à 64 liv. par semaine, du n° 40. Les 280,000 ouvriers employés dans les filatures de l'Angleterre, il y a quelques années, faisaient au moins la besogne de 28 à 33 millions d'hommes qui seraient occupés au rouet.
Le bon marché, la production et la consommation prodigieuses des étoffes de coton sont une conséquence de ces heureuses inventions. En 1776, il en coûtait pour filer une livre de coton n° 40, 14 schill; aujourd'hui i/s schill. On introduisit en Angleterre, pendant Tannée 1763, 3 1/2 millions liv., de 1771-1780 année moyenne 5,633,000. En 1781-90, 18,200,000 liv., — 1790-1800, 32 millions, — 1801-10,60 millions, — 1811-20,103 millions,— 1821-23, 163 millions -1828, 222 millions, — 1830, 242 millions; dont on livra terme moyen, de 1819-28, 135 1/1 millions de liv. à la fabrication nationale. La France ne consommait il y a 60 ans qu'un million 200,000 liv., sa consommation se monte maintenant a 60 millions. Le prodigieux accroissement de la population des villes de fabrique et de manufacture, en Angleterre , est une preuve non moins évidente de cette énorme production.
Population ,
en 1770
Manchester.
Liverpool.
en 1780
Glascow.
Voy. Weber, Annales de l'Industrie et du Commerce, 1, 274. — Berxouilli, Exposition rationnelle de la fabrication du coton, p. 19, 1829. — Moux , sur les Manufactures de Wurtemberg, 270-273. — Voif Rees et Blumenbach, Exposition systématique, 1, 120-182. — Moreau de Joraès, le Commerce au 19° siècle, 1, 67. — Vos Rees et Blumenbacii, i, 349. — Say, Cours, 1. 1 , ch. xjx.
Les cylindres en cuivre qu'on emploie pour l'impression des cotons, peuvent produire en une minute , de 24 à 30 aunes d'impressions , et se gravent au moyen des machines, bien plus facilement qu'on ne le faisait à la main. — Un ouvrier aidé de deux gamins fait maintenant avec la tondeuse de Neuflizes , en 12 heures, 1,200 aunes, ce que faisaient autrefois 40 ouvriers, sans cet instrument; voy. Borgms, Mécaniques appliquées aux Arts; des Machines qui servent à confectionner les étoffes , p. 328, an 1820. — Par la machine à imprimer de Bauer et Komg, on obtient, enl heure, de 1100-1 200 feuilles imprimées des deux côtés, tandis que pendant le même temps et par les presses ordinaires, on n'obtient que 130 à 200 feuilles imprimées d'un côté seulement. — Au moyen de la table à relier, on relie 12, 20 et un plus grand nombre môme de volumes à la fois. — Par la machine ii graver de Contés, on fait les traits qui dessinent l'air d'un paysage de 3 p. de hauteur et 26 p. de largeur, en 3 ou 4 jours ; ce qui demanderait 8 mois de travail au burin. Journal polytechnique, un, 7.
(c) Le rouet ne produit pas un fil aussi égal ni aussi fin que les machines ( une
livre de colon d° 300, par exemple, donne un fil long de 29 lieues d'Allemagne). Les bas tricotés n'approchent jamais de la finesse de ceux qu'on fait au métier; et sur le carreau ordinaire on n'obtiendrait pas des feuilles de papier aussi longues et aussi égales qu'au moyen de la machine à faire le papier, dit sans fin (Die Schoepfrnasc/n'ene).
(d) La machine de Lembert ( Teigknetmachine), fait le travail si fatigant du foiileur. Le diable épargne à l'homme l'opération de cribler le coton , si nuisible aux yeux par la poussière qu'elle dégage. Ce serait une opération malsaine de tondre les draps si on n'avait pas la tondeuse , vu l'humidité des lieux où cela doit se faire. Quelles difficultés n'offriraient pas le travail de la meule, l'épuisement des mines, le foulage des draps, le martelage du fer, la coupe, le sciage du bois, s'il fallait faire tout cela à force de bras?
(e) Tourner une roue , une manivelle , etc. , sont des occupations qui ne présentent pas plus de difficultés que beaucoup d'autres travaux ordinaires. Voy. Mohl, sur les Manufactures du Wurtemberg, p. 200-215. — Berrocilli, Archives suisses, il, part. i. — Say, Cours, t. i, ch. xix.
(/) Ceci n'est pas général : car si le soin qu'exigent la plupart des machines n'est pas fort pénible , il en est comme les machines à filer , qui en réclament beaucoup.
La seconde cause externe qui favorise l'extension de production (§110,n° 2) est le débouché; il n'y a pas de travaux productifs qui n'entraînent des frais, et ne demandent un capital ; mais aussi longtemps que les produits ne sont pas vendus, le capital engagé par la production reste dans l'inertie, et il n'est employé produclivement que quand les produits trouvent des acheteurs qui en remboursent la valeur. Plus la demande de certains produits est grande, plus la fabrication peut en recevoir de développement, et mieux on peut y introduire des procédés économiques. De manière qu'on peut réellement dire que la division du travail et l'emploi des machines, sont en raison de l'importance des débouchés.
Lorsqu'il y a des produits qui ne se vendent pas , cela prouve qu'ils ne sont pas propres à satisfaire les besoins de la société ; mais comme la production se régie toujours sur la demande probable, elle se base naturellement sur les besoins généraux. Pour toute marchandise, la continuation de la demande dépend
1° De sa valeur, et de la grandeur des besoins , lesquels dépendent de la nature de la consommation ; un produit est d'autant plus demandé qu'il est utile à un plus grand nombre de personnes (a), et que la consommation en
est plus rapide (b) ; en un mot, la demande est d'autant plus grande qu'on peut tirer plus de fruit du produit qui en fait l'objet.
2° De ses frais de production et d'achat que l'acheteur doit rembourser au producteur. Toute économie sur ces frais augmente le nombre des consommateurs et la quantité des objets consommés; elle augmente aussi le débouché ou des vendeurs seulement ou des producteurs, selon que la nature de l'économie est opérée par ceux-ci ou par ceux-là. De même l'augmentation des frais de production fait diminuer la consommation. Ces variations sont peu sensibles pour les demandes d'objets de haute valeur, pour les moyens de subsistance, par exemple , parce qu'on se résigne plus volontiers à se priver de tous autres produits que de ceux-là; c'est ainsi que la disette des céréales fait souvent diminuer la consommation de choses de luxe.
3° De la fortune des personnes auxquelles elle est destinée, et pour lesquelles elle a de la valeur. En effet, des produits peuvent être propres à satisfaire les besoins les plus pressants et n'être pas beaucoup demandés cependant. Cest ce qu'on observe dans les pays où la division inégale des richesses ne permet qu'à un petit nombre de personnes, de faire les dépenses que réclament leurs besoins. Aussi la production de toute espèce de valeur est limitée par la somme des produits qu'elle peut acheter au moyen du revenu des demandeurs. Là, où l'industrie est active et prospère, chaque producteur peut compter sur une grande consommation, mais un pays très-productif ne peut produire pour d'autres pays au-delà de ce que ceux-ci peuvent donner en échange de ce qu'on leur offre.
(a) Par exemple , des livres en langues étrangères ou sur des matières peu connues, ne trouvent pas beaucoup d'acheteurs.
(6) On consomme dans une famille plus de bois, de pain, de viande, d'huile, de chandelles, etc., que de vêtements ; et plus de ces derniers objets que de montres, de glaces, etc. De même on ne se sert de choses qui ne sont qu'utiles, qu'autant que leur fin l'exige; mais la consommation d'objets de luxe s'accroît en raison des moyens qu'on a de les acheter ($ 37 *»'•).
QUATRIÈME DIVISION
DE h ACTION PRODUCTIVE DES BIEKS-FONDS.
Les biens-fonds (a) sont, sous plusieurs rapports, une condition indispensable de la formation des produits. En effet :
1° Il faut, pour tout travail, un espace où l'on puisse développer son action, placer ses instruments, et conserver ses produits (bien-fonds) (b).
2° Les forces naturelles, qui concourent à la production, sont en partie inhérentes à des biens-fonds, et ne peuvent être utilisées que par les possesseurs de ces biens ; c'est ce qui est sensible :
a. Dans les travaux de l'agriculture surtout; car les forces de la nature qui concourent à la formation des produits organiques (§ 86-87), ne se manifestent que dans les terres qui ont de certaines propriétés et une certaine exposition. La possession de ces biens est donc, pour un particulier comme pour une nation, une condition nécessaire pour en tirer parti (c). La même chose
b. A lieu dans d'autres genres de production. L'usage de l'eau (rf), pour le transport des produits (e), ou pour les modifications à faire subir à certaines matières (/); du vent, comme force motrice {g); de la chaleur du soleil, et des courants d'air pour l'évaporation [h) ; des rayons du soleil pour blanchir et de l'air atmosphérique pour décomposer certains produits (î), nous en offrent de nombreux exemples.
5° Il y a des biens-fonds qui renferment exclusivement certains produits tout formés, dont il n'y a plus qu'à faire l'extraction (A).
(a) Plusieurs économistes ne regardent pas les fonds de terre en particulier, mais seulement la nature en général comme productive. Il faut cependant bien se garder de confondre les forces productives avec les auxiliaires matériels qui les transmettent. Ceux-ci, les biens-fonds et les capitaux, déterminent, de différentes manières, l'échelle sur laquelle les forces naturelles et le travail peuvent se développer.
(b) Des ateliers, des corderies, des chantiers, des cours pour les tailleurs de pierres, desclairières pour les charbonniers.