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DE LA NATURE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE ET DE SES PARTIES

L'expérience journalière nous apprend que l'existence de l'homme ainsi ne son aptitude aux différentes occupations de la vie, est soumise à la conition de l'existence d'une certaine quantité d'objets matériels, destinés à ourvoir à ses besoins et à seconder son activité. On les appelle biens seternes ou mieux matériels (a), et on les oppose aux biens immatériels lu personnels qui comprennent la position ou les qualités des hommes, choses qu'on estime , soit pour elles-mêmes, soit comme moyens d'acquérir d'autres biens.

(a) Utilités, (brauchlichkeiten) d'après Zaciiabiae, Économie sociale, p. 1, (Slaatswirthschaftslehre. )

On comprend dans l'avoir ( Vermœgen) d'une personne : 1» Son droit (a) à certains objets matériels (sens subjectif) ; 2° La somme des biens externes qui sont en sa puissance (sens objectif) (b).

. Nous ne pouvons disposer à notre gré que des biens qui font partie de notre avoir; mais personne ne peut se passer de biens matériels : aussi la production, l'acquisition , et la consommation de ces biens , est-elle une des iffaires les plus générales et les plus importantes de la vie de l'homme. Le Wail qui a pour but de nous pourvoir de biens matériels (avoir , fortune)

INTRODUCTION

s'appelle économie (c) et fait l'objet de la science de l'économie politique (d) ( Wirthschaftslehre, OEkonomie).

(a) Dans l'origine, la force physique seule, donnait la mesure de l'avoir des individus; mais dans une association gouvernée par des lois, il suffit pour être riche d'avoir des droits sur les choses , quand même on ne serait pas en possession de ces dernières. De telle sorte qu'on peut dire que les actions (terme juridique) font partie de l'avoir , ou de la fortune de ceux qui les possèdent justement.

(b) Ces deux acceptions ( fortune subjective et objective ) sont intimement liées ensemble , mais trop souvent encore on les confond.

(c) On peut concevoir l'économie, comme la modification et l'appropriation delà nature par l'homme. Voy. Zaciiari *, xl livr.de l Etat, 1. 1, p. 515$, Sluttgard, 1820 (ail.). Cependant l'homme dirige son activité sur la nature dans un autre but encore, c'est-à-dire pour combattre l'action nuisible et délétère que celte dernière exerce sur lui. Rau, sur les sciences Camérales , p. 16, Heidelberg, 1835 (ail.).

(d) D'après l'origine grecque de ce mot, on devrait, a proprement parler, appeler ' travail économie (Wirthschaft,) et la science de l'économie, Economik. Parfoi* comprend par économie , dans le sens objectif, les instruments et les auxiliaire travail, (HUlfsmittel zur Wirthschaftsfnhrung.)

On peut considérer la fin de l'économie , savoir :

1* Par rapport à un individu ou à un seul membre de la société et à l seule famille. Sous ce point de vue, les principes d'après lesquels on satisf le plus avantageusement ses besoins, par la production, l'acquisition l'usage des choses matérielles, forment l'objet de l'économie domestique privée.

2° Par rapport à l'État: l'État a le même besoin de choses matérielles q\ l'individu ; sa prospérité repose aussi sur l'existence d'un avoir destiné assurer la satisfaction de ses besoins. La science des intérêts économiques < l'État, ou de la satisfaction de l'ensemble de ses besoins, par l'emploi de chos« matérielles, est X économie politique, la science de l'économie publiqm l'économie sociale, dans le sens le plus large. ( Political economy, politisch OEkonomie, œffentliche Wirthschaftslehre, Staatswirthschaftslehre) (a).

(a) Récemment, Whately a proposé de la nommer Katallaclique, (de xataXka^ échange). L'expression de chrématistique , employée parAristote, serait préf rable à notre avis.

L'Etat se compose :

1° D'un certain nombre de personnes vivant ensemble sous un régime légal. Ces personnes, considérées comme membres de l'État, ou de la société, et jouissant de certains droits en cette qualité, s'appellent citoyens. Leur ensemble constitue la nation, le peuple, ou. la société civile, dans le sens politique de ce mot (a).

2° D'un pouvoir suprême qui, pour parvenir aux fins de la société, fait des lois et les met à exécution. La personne investie de ce pouvoir s'appelle chef de l'État. Le pouvoir suprême in abstracto, sans égard à la qualité du chef de l'État, et considéré par rapport à sa mission seulement, s'appelle gouvernement; ce terme exprime à la fois l'action et du chef de l'État, et de ses agents supérieurs, dans l'administration des intérêts publics.

(a) Là , où il n'y a pas d'État, il n'y a pas non plus de peuple, de nation dans le sens politique, mais bien toutefois dans un sens historico-généalogique, lorsqu'il est question par exemple d'origine et de descendance.

Puisque dans la cité (l'État) nous distinguons le peuple du gouvernement, et que tous deux ont besoin de choses matérielles, l'économie politique doit embrasser les intérêts économiques de l'un et de l'autre (§ 4). Le travail et l'activité individuelle de tous les membres de la nation pourvoient aux besoins de celle-ci, et en cela les citoyens ne font qu'obéir à leur intérêt personnel. La science qui résume et embrasse l'activité productive de tous les citoyens, est l'économie nationale (Volkswirthschaft) {a).

{a) Cette expression se rencontre pour la première fois dans Hufelaivd , nouveaux Principes, 1. 1 , p. 14, (Neue Grundlegung).

L'économie nationale embrasse :

1° L'économie de toutes les ramilles , et des grandes communautés de l'État, par ex. des communes ,

2° Les différentes espèces d'industries et tous les travaux productifs auxquels se livrent les citoyens.

Chaque travail, chaque industrie présuppose un capital, une fortune à administrer; l'administration particulière de la fortune individuelle est l'objet de l'économie domestique : l'ensemble des choses matérielles qui composent

INTRODUCTION

l'avoir (richesse) des citoyens, forment la fortune nationale ou du peuple (a), et robjet de l'économie nationale {b),

(a) Il ne faut pas confondre l'avoir (la fortune) public ou de tous les citoyens avec la richesse nationale, comme on l'a fait souvent; ce qui y a donné lieu, provient de la pauvreté de plusieurs langues de l'Europe , qui ne présentent pour exprimer l'idée de fortune, et celle de richesse (Reicbthum, en allemand un haut degré de fortune) qu'un seul mot , celui de richesse dont le pluriel sert aussi a exprimer l'idée de choses corporelles, ou d'une partie de la fortune. En anglais, Wealth. (Voy. Torre5S , production of wealth, p. 3.)

(à) La fortune publique ne comprend pas toutefois des biens , à la propriété et à l'usage desquels tous les citoyens ont droit et part, comme les respublicœ des Romains.

Gardons-nous de réduire l'économie nationale à une simple addition de tous les travaux individuels. L'observation nous apprend qu'il y a une connexion intime, entre les travaux productifs : qu'ils forment un système d'activité que l'on pourrait comparer à un tout organique (a) : cette synthèse de l'économie nationale s'explique de la manière suivante :

1° Le motif qui pousse l'homme à se livrer à des travaux économiques, est le désir de satisfaire ses besoins avec le moins de peine possible , et de se procurer en outre des jouissances.

2° L'expérience ne tarde pas à faire connaître que ce désir s'accomplit plus facilement, lorsque les hommes embrassent différentes professions et échangent entre eux les produits divers qu'ils ont obtenus. Ainsi s'opère une prestation réciproque de services.

sa

3° La division des occupations place chaque homme dans un état de dépendance, l'attache à la société, et facilite la satisfaction des désirs qui réclament des choses matérielles. Ce lien qui contribue à maintenir l'union des hommes en société, tire toute sa force de l'excitation spontanée de l'amour de soi.

4° Les travaux qui ne rapportent aucun profit à la société , ne reçoivent aucune récompense non plus; chacun doit donc songer à prendre telle occupation qui lui procure les avantages les plus grands et les plus sûrs; il en résulte que la concurrence des travailleurs et la multiplicité de leurs occupations qui ne durent leur origine qu'à des vues d'intérêt privé, ont pour effet d'aider encore singulièrement à pourvoir aux besoins de la nation.

5° Les profits recueillis par chaque individu, sont généralement en raison directe des services qu'il rend à la société.

INTRODUCTION

6° Les rapports résultant des prestations réciproques s'appellent commerce; le commerce de choses matérielles, par ex. : l'échange, les prêts, forment l'essence de l'économie nationale {b).

(a) Voy. Ràu , considérations sur l'Economie nationale, p. 22 (ail.). {b) Voy. Lotz, manuel, 1. 1, p. 504 (ail.).

La science qui doit nous faire connaître la nature et l'appropriation de la richesse chez un peuple, et la manière dont ses besoins sont satisfaits par des choses matérielles, a reçu le nom d'économie politique ou nationale (a). Elle forme la première partie et la théorie de l'économie politique. Entièrement distincte de l'exposition de la situation économique d'un pays donné, (Statistique de l'économie nationale), l'économie politique doit enseigner :

1° La formation des richesses au sein d'une nation.

2° Comment les richesses sortent des mains des producteurs pour se partager entre les différents membres de la nation.

5° De quelle manière les hommes les emploient pour satisfaire leurs besoins; et comment tôt ou tard elles sont consommées. La production, la distribution et la consommation des richesses nationales sont dues à l'activité de l'économie du peuple (§7-8) et se manifestent longtemps avant et indépendamment de la coopération du gouvernement. La science de l'économie nationale doit donc nous révéler la nature intime de l'économie des nations sans avoir égard aux lois et aux établissements politiques de l'État.

(a) Voici d'autres expressions qu'on rcnconlre aussi : Théorie de la richesse du peuple, {Théorie des Volksvermœgens), de la richesse nationale; métaphysique de l'industrie .(Metaphysik der Betriebsamkeit) ; science des biens, (Gùterte/ire) ; science de la fortune ou richesse nationale, ( Volksguterlehre) (Smilthe>nkr). Voy. — Steinleix , Économie nationale, i, 1î5.

L'étude de l'économie nationale, commè doctrine, nous apprend que celte science se compose :

1° De simples lois exprimant que certaines causes produisent ou tendent à produire certains effets (a). Tout fait économique repose sur de pareilles bases (lois); mais il est rare qu'on n'y aperçoive nettement et parfaitement que l'action d'une seule cause : car en général il y en a toujours plusieurs qui concourent à produire un même effet , soit en se combattant soit en se combinant : parfois aussi la plus faible est détruite par la plus forte de manière qu'elle ne manifeste plus qu'une tendance sans effet (b). Ces lois peuvent,

comme celles des sciences physiques , être exprimées en termes mathématiques (c).

2° De régies qui énoncent les effets qu'on a vraisemblablement droit d'attendre dans certaines circonstances, ou bien qui déterminent quelle est de plusieurs lois économiques, celle qui dominera dans telles circonstances {d). Ces règles ont des exceptions (e), et il est des cas où l'on peut difficilement prédire quels effets l'on obtiendra, notamment lorsqu'on rencontre en jeu, le caprice, la volonté des hommes, causes délicates dont on ne peut bien apprécier l'intensité et la portée.

(a) Tels sont par ex. ceux-ci, que renvoi d'une marchandise dans des pays éloignés, et par terre, en augmente le prix ; — que l'élévation des salaires fait augmenter la population ; — qu'une riche moisson fait baisser le prix des grains qui sont en magasin.

{b) On a blâmé avec raison celte tendance portée jusqu'à la manie, de simplifier les règles économiques, tendance d'où résulte nécessairement et évidemment qu'on devient incomplet, qu'on s'écarte des données d'une sage expérience, et qu'enfin on arrive à des conclusions inapplicables. Voy. Malthus , principes of polilkal économy, introduct. p. 1-6.

(c) Canard a le premier donné l'exemple de remploi des formules algébriques; il a été suivi par Lang, Kroencee, C w Buquoy, etc., et critiqué par Say. Des formules trop compliquées manquent leur but, parce qu'il devient difficile de se rappeler, à leur inspection , la valeur de chaque terme ; mais des formules simples sont plus propres que la langue ordinaire , à représenter avec concision et clarté les principes de l'économie politique.

(d) Par ex. dans les exemples cités plus haut (a). Les marchandises peuvent se vendre à bas prix , même dans un endroit éloigné du lieu de leur production , par suite d'une imprévoyante accumulation. On peut empêcher l'accroissement de la population par l'effet de lois vicieuses , etc. On peut prévenir la baisse du prix des denrées, par des spéculations , des bruits de guerre , etc.

(c) C'est de ces règles qu'on peut dire , comme le fait Mac-Ci;lloch de tous les principes de l'économie politique, qu'ils ne sont vrais quVn général, fort différents en cela des principes de la physique. Principl. ofpolilic. Écon., p. 12.

Ici s'élève la question de savoir, s'il peut y avoir des lois et des règles en économie, vu les opinions et les tendances si diverses des hommes, les propriétés si variées des terres , et leurs produits si différents , toutes choses qui apportent nécessairement la plus grande variété aussi dans les phénomènes économiques de tous les lieux et de tous les temps ; une observation approfondie nous fait cependant bientôt reconnaître l'existence de causes générales qui apportent une certaine uniformité dans les rapports des hommes entre eux.

INTRODUCTION. 7

Ces causes sont le résultat :

1° Des lois immuables de la nature qui président à la production, à la transformation, et à la destruction des biens matériels; l'activité de l'homme dirigée vers cette production devra obéir à ces lois et se soumettre à leur empire, aussi longtemps que nous n'aurons pas fait des progrès dans la connaissance de la nature et que nous ne saurons pas en plier les lois à notre volonté (a).

t Des rapports invariables de l'homme avec les biens matériels auxiliaires indispensables pour la satisfaction de ses premiers besoins.

Aussi la demande, l'acquisition et la consommation de ces biens sont-elles l'objet de toutes les tendances (§7, n° 1°) et reposent-elles partout sur les mêmes principes économiques {b) , bien que les besoins et les moyens de les satisfaire varient avec les individus et manifestent plus ou moins l'action de causes d'un ordre plus élevé, et indépendantes de motifs sensuels.

(a) Par ex. la croissance de plantes utiles, résultat des forces productives du sol et de l'atmosphère; la formation du lait, de la viande de boucherie, de la graisse, par réducation des animaux domestiques ; le besoin de combustibles pour la fonte du minerai , la fabrication du verre, etc.

(b) Par ex. l'ouvrier demande son salaire de celui qui Ta engagé; l'industriel se garde de faire une entreprise à perte; le vendeur cherche à obtenir le plus haut prix de sa denrée, etc.

Les principes de l'économie politique doivent se tirer de l'expérience ; et cela peut se faire de deux manières :

1° Soit qu'on parte des dispositions constantes et des vues de l'homme en général , et qu'on recherche quelles habitudes elles ont produites et quelles conséquences on en doit attendre.

2° Soit qu'on s'en tienne à certaines données historiques et statistiques et qu'on en tire des règles générales ; cette vote a conduit à la découverte de plusieurs principes. Cependant il faut être très-prudent dans l'usage de ces données, de crainte d'arriver à des résultats trompeurs;

a. Comme dans tout phénomène, on remarque une combinaison particulière de plusieurs causes,il ne suffit pas d'une seule donnée, pour conclure à une règle générale, mats il faut

a. Le concours de plusieurs, qui se confirment réciproquement, p. Et qui dûment attestées

t. Sont tellement bien connues, qu'on soit à même de distinguer l'action des causes qui les ont produites.

b. Lorsque, après avoir expérimenté d'après cette méthode et avec cette précaution, on croira avoir trouvé une règle, il faudra la mettre en regard des données de l'expérience et l'y essayer.

INTRODUCTION

L'économie nationale repose sur l'activité libre et spontanée des citoyens (§7). Si le gouvernement paralysait cette force, rien ne pourrait la remplacer; l'activité industrieuse a donc des droits à la protection , à la haute sollicitude de l'autorité ; et comme cette protection suppose la connaissance de l'économie sociale , on peut dire que les principes du gouvernement dans les affaires économiques doivent être à la hauteur de celte science. L'ensemble de ces principes forme la seconde partie et la pratique de l'économie sociale , ou la politique économique.

La politique économique est du reste sous plusieurs rapports bien différente de l'économie politique. Celle-ci ramène la variété des phénomènes économiques à des lois simples et immuables , et ne s'attache à l'individuel que pour y découvrir quelque chose d'absolu et de nécessaire : celle-là prescrit dans toutes les circonstances les moyens à employer pour parvenir à la fin désirée. Son but est moins de découvrir la vérité que d'obtenir un heureux résultat par la pratique des vérités connues. Son domaine est immense, comme on peut s'en convaincre par la multitude des questions qu'on lui adresse, les besoins variés et toujours renaissants de l'État, les expériences, les recherches et les applications scientifiques qu'ils nécessitent (a).

On ne peut trop se défendre de cette habitude trop généralement invétérée dans certains pays, de regarder l'économie politique comme une science complète et dont on possède le dernier mot aujourd'hui ; appelée à se prononcer sur les phénomènes de la modification des choses par l'homme, dans tous les siècles, à en tirer des lois et des règles, cette science ne doit jamais oublier son origine; elle repose sur l'expérience, le temps est donc appelé à étendre ses limites.

(a) Beaucoup d'écrivains ( Anglais, Français) ne comprennent sous le nom d'économie politique que ce que nous appelons en Allemagne théorie de l'économie nationale , et en excluent la politique économique. Say, t. vi , 290 , blâme les Allemands d'avoir permis à l'économie politique d'empiéter sur la politique , et prétend que la science de l'administration (Staalsverwaltungslehre) est moins une science qu'un art. Mac-Culloch et Senior n'envisagent aussi dans l'économie politique que la production et la consommation des richesses, et rejettent dans la science de la législation tout ce qui est de pratique. Nous persistons à croire que les mesures administratives qui touchent aux intérêts économiques ne sont que l'application d'une suite de principes qui peuvent être érigés en système, et doivent faire l'objet d'une science distincte qui est la contre épreuve de l'économie politique.

INTRODUCTION

La tâche du gouvernement, considérée quant aux soins et à la protection qu'il doit à la production , est de deux espèces ( § 5) :

1° Encourager les travaux productifs des citoyens. Ce n'est ni l'affaire du gouvernement, et il n'est même pas en son pouvoir d'exercer un contrôle sur la fortune de chaque citoyen ou d'en prescrire l'emploi (a). Mais toutes les branches de l'économie générale (6) réclament l'appui de la puissance suprême, afin d'être dégagées de toutes entraves, et protégées par les moyens dont l'absence paraliserait les heureux effets de l'activité publique (c).

2° Obtenir pour lui-même les ressources qui lui sont indispensables pour pourvoir à ses propres besoins : ses rentrées se prélèvent toujours immédiatement ou médiatement sur l'avoir de la nation ; la science des finances est donc intimement unie à l'économie nationale.

(a) Dans les temps anciens et dans les temps modernes, des publicistes ont prêché la communauté des biens, par ex. : Platon, Morus dans son utopie; récemment le Wurtembergeois K|>pp (établi en Pensylvanie en 1805; dans l'Inde, au Wadasch, en 1821; établi enfin dans l'état d'Ohio en 1825), a formé une société bâsée sur ce principe. R. Owen a essayé de réaliser la même théorie , d'abord en Écosse , plus tard en Amérique. Voyez sur le Système de coopération mutuelle et de ta communauté de tous les biens d'après te plan de Otoen , Rey , Lettres , Paris, 1828. Le système S». Simonien ne reposait pas sur la communauté complète des biens , mais sur la distribution du travail et de ses produits, faite par le pouvoir suprême à chacun d'après sa capacité; c'était donc une centralisation totale de l'industrie que l'on voulait obtenir, par laquelle cessait la transmission drs biens de particulier à particulier, par droit de succession. Voy. Doctrine de St. Simon , vol. h, p. 14G, 1830.

Une pareille organisation qui ne ferait de l'État qu'une seule famille, anéanti rait la vie privée dans son essence, paralyserait dans l'homme un des plus grands mobiles qui le portent à utiliser ses forces , et mettrait aux mains du pouvoir une omnipotence fort dangereuse. Voy. Voit Jacob, National OEkonomie , p. 75>, 3 e édition; Zachariae, Staatswirthschafîslehre, p. 314.

(6) Par ex. : le commerce, l'économie forestière.

(c) Il est indubitable que par la libre association des citoyens on parvient à obtenir des résultats , que, sans elle, le gouvernement devrait obtenir lui-même. Le bon sens des masses a, par de grandes et petites combinaisons, créé des choses fort utiles et épargné de grands embarras au gouvernement. L'action de celte association est, par son importance et sa durée, d'autant plus grande, qu'elle s'accorde dans beaucoup de circonstances avec l'intérêt privé bien entendu : ces associations doivent cependant être soumises à la surveillance de l'Etat (du gouvernement ).Voy.

INTRODUCTION

IIerman , essais économiques , p. 1», (StaatswirthsschaMiche Untersuchungen). Kostdofer , te Maître dans la forêt, t. 1, 7, S 4. (Der lehrer im Walde) « Von der GemeinnUtzigkeit. »

La partie pratique de l'économie politique , ou la science de la politique économique comprend donc deux branches :

1° La science des devoirs qu'impose l'économie au gouvernement, ou la science des soins du bien-être national (Die lehre von der Volkswirlhschaftspflege) ; elle était reléguée autrefois dans la science de la police, et comprise sous le nom de police de l'économie, de l'industrie, de la population, et des pauvres, et perdue dans le vaste domaine de la science de ce nom. Plusieurs auteurs comprennent même aujourd'hui encore dans la police, tout ce qui concerne, par ex. : les assurances contre l'incendie, les établissements de charité, la taxe des denrées par l'autorité , etc. ; il est cependant fort important de distinguer dans la théorie , d'après leurs principes et leur but , les devoirs que notre science impose au gouvernement, quand même dans la pratiqueon trouverait convenable d'en grouper plusieurs ensemble (a).

2° La science de l'économie gouvernementale, ou des finances qui dans un sens restreint s'appelle aussi économie de Y État.

(a) On comprend souvent en Allemagne, sous le nom d'économie nationale, la théorie de r économie el celle des soins du bien-être national; celte expression employée dès 1774 par l'Italien Ortès (Economia nazionale) fut importée en allemagne,en 1805, par Voie Jacok et Soden ; elle n'est employée ni par les Français ni par les Anglais qui n'ont fait aucune distinction dans l'économie politique, et n'y ont trouvé matière h aucune division digne d'une nouvelIcdénominalion.On ne peut pas du tout approuver l'emploi du mot économie nationale dans un sens trop général. Mais il faut blâmer surtout la confusion des deux grandes divisions de la science, c'est-à-dire le mélange de la théorie et de la pratique; il est également impossible de justifier l'association de ces deux parties sous le nom d'économie sociale ( Staatswirlhschaftslehre), car d'après sa nature même, cette expression ne lui convient pas. Voy. Rau, p. 33, sur les sciences Cam4ralcs.

Pour l'échange de leurs biens, les hommes ne s'arrêtent pas aux frontières d'un étal; le commerce franchit les limites, et par son action bienfaisante, unit plusieurs pays, souvent même plusieurs contrées du globe entre elles. Il n'y a donc rien d'impossible à concevoir, dans une vaste économie du monde, l'association de tous les peuples civilisés de la terre. Si dans cette immense synthèse, l'action et la réaction des individus pouvait être aussi

INTRODUCTION

intime et aussi fréquente qu'elle l'est dans l'économie d'une seule nation, nous pourrions donner les lois de l'économie universelle, par induction de celles de l'économie nationale, en faisant abstraction des choses tout-à-fait spéciales et propres à tel peuple et à tel pays , et l'économie politique s'enrichirait ainsi d'une nouvelle branche.

Mais cette supposition est toute gratuite (§16), car on ne peut voir régner dans le commerce extérieur des nations, l'activité et la diversité de rapports que nous offre le commerce intérieur d'une seule nation, et il ne pourrait d'ailleurs généralement y avoir à l'extérieur, cette uniformité de fortune qu'on voit dans un pays donné. En effet :

1° Le rapprochement des habitants d'un pays facilite les rapports économiques; la séparation, au contraire, les rend plus difficiles (a).

2° Une même langue, des habitudes uniformes, une origine identique et les relations intimes des membres d'une nation tendent au même but.

5° L'organisation sociale assure au commerce intérieur certaines protections et lui donne de grandes facilités.

(a) lofluence des frais de transport sur l'activité des relations commerciales.

11 y a cependant plusieurs lois de l'économie politique qui, vraies pour tel ou tel pays, sont aussi d'une application universelle. Par ex. : les causes déterminantes des prix, la nature de l'argent, du crédit. Mais il y en a d'autres aussi qui ne sont évidemment vraies que dans certaines limites territoriales, au-delà desquelles elles ne pourraient s'étendre. La situation , le terroir, la population d'un pays, la nature de ses industries, ses relations commerciales avec tel peuple, etc., donnent dans chaque état, à l'économie publique, une couleur locale qu'il faut nécessairement avoir en vue, pour se livrer avec succès à l'examen et à l'appréciation de l'argent qui y est en circulation, de la balance du commerce d'importation et d'exportation, du rapport de la production et de la consommation, de l'accroissement de la population, etc.

Ces spécialités doivent être connues et prises en considération dans chaque pays, par son gouvernement; car les mesures qu'elles lui imposent ne sont applicables qu'à ce pays, à l'exclusion de tout autre. La science doit se rendre compte de ces différents phénomènes économiques; après avoir étudié les principes et les effets tant du commerce intérieur que du commerce extérieur d'un peuple, on peut dire qu'il ne lui reste plus rien d'inconnu de son économie et des ramifications qu'elle pousse dans toutes les parties de

INTRODUCTION

l'univers. On ne doit cependant pas considérer l'économie universelle comme une science beaucoup plus élevée et d'une autre nature (a).

(a) Voy. Rau , sur les sciences camérales (Ober die Kameralwisscnschaften). p. 29; Vox Ca.wcri7ï , Richesse universelle, Richesse nationale et Économie sociale (Weltreichthum, Nalionalreichthum, und Staatftwirthschaft). Munich, 182t.

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