Consommations et dépenses imprévues
Reste. . . . 646 liv.st. profit du cultivateur.
(e) Le profit de l'entrepreneur est la seule des quatre branches du revenu qu'on ne peut pas stipuler d'avance, et qui dépend absolument du succès de l'entreprise et des frais de production.
C'est une question fort controversée que celle de savoir si le profit de l'entrepreneur doit être rangé, comme une espèce particulière dans la catégorie des revenus auxquels la production donne naissance {fermages, loyers des capitaux, salaires), ou s'il n'est pas plutôt un genre particulier de rente ou de salaire. Il y a des économistes qui le regardent comme un salaire (a), d'autres comme le loyer d'un capital (6), sans l'en distinguer, en principe; d'autres enfin l'opposent au loyer du capital, mais admettent qu'il est comme ce dernier un revenu qui est le prix de l'emploi du capital , et l'appellent profit du ca\À\a\{Capitalgewinn } profit mercantile) (c). Il nous semble plus naturel de le considérer comme un revenu d'une espèce particulière, provenant de l'union intime et du concours du travail et du capital, et dans lequel on ne peut pas distinguer la part de chacun de ces agents de la production (d). Ce revenu se distingue évidemment et de l'intérêt du capital, lequel ne se compose presqu'entièrement que de revenu net, et du salaire en ce qu'on ne peut pas le stipuler d'avance, et parce qu'il est en raison de la qualité du travail, et de la grandeur des capitaux qu'on emploie (e).
DD PROFIT DES ENTREPRENEURS
(a) Voy. Caward, traduit par Voelk, p. 8, 9, 68. — Say admet trois espèces de revenus : le fermage, le loyer du capital, et le profit de V entrepreneur ; et ce dernier, il l'envisage sous trois aspects, selon qu'il échoit aux entrepreneurs, aux savants ou aux ouvriers. Cours complet, rv, 64, 93.
[à) Smith. — Ricardo, i, 158, traduct. franc. — Von Schloetzer, Économie sociale, i, 83. — Lotz, i, 487, 199. — Mac-Cilloch, Principles, p. 81 .
(c) Sismowdi, Nouveaux principes, i, 359: « dans ce profit on distingue toujours deux parties, Yintérêtdu capitaliste qui n'est que le pur loyer du capital, dégagé de tout travail et de toute compensation pour l'habileté de celui qui l'emploie, et le profit mercantile qui est cette compensation même, et qui, tout en se proportionnant à la somme du capital employé, participe cependant à la nature du salaire, s'accroît par l'habitude et se perd par la négligence.» — Von Jacob, Grundsœtze, % 278-282. Cependant il fait observer (§292), que « le profit de l'entrepreneur n'est qu'une espèce de salaire pour le travail, la peine, l'aptitude, le danger, etc., qui sont attachés à une entreprise. » D'après une autre opinion ( Quarterly Revient, janvier 1831), le profit serait en général le prix de la jouissance immédiate d'un capital, et dans ce profit on comprendrait le loyer du capital, les primes d'assurance contre les sinistres, et le salaire de l'entrepreneur.
(d) Storch, i, 278. — Gamlh, Dictionnaire analytique, p. 388. Hbrmann, p. 148.
ie) Rien ne prouve mieux le rapport intime du profit de l'entrepreneur avec le capital, que l'habitude d'examiner celui-là en fraction de (pour cent) de celui-ci. On croirait peut-être que lorsqu'il y a un directeur a gages pour conduire les travaux, on peut distinguer le salaire contenu dans le profit de l'industrie, de la part qui est le prix de la coopération du capital ; comme dans le cas où un intendant, ou un contre-maître est placé à la téte d'une fabrique, etc. Storch, i, 378. Mais celte distinction est chimérique et ne peut donner aucun résultat, et d'ailleurs un gérant ou un administrateur n'a pas le droit de disposer comme un entrepreneur.
Les consommations que l'entrepreneur fait, comme tel, dans ses opérations et qu'il doit couvrir par son profit, comprennent :
1° La prime d'assurance pour le danger de la non-réussite, ou au moins de la perte des dépenses que comporte son entreprise (§ 137 ) {a). L'étendue de ce danger dépend :
a. De l'étendue des capitaux engagés ;
6. De la nature des entreprises. Que si aucune d'elles n'est entièrement à l'abri de toute éventualité de perte, elles n'offrent cependant pas toutes les mêmes chances de perte, et diffèrent par les difficultés plus ou moins grandes que présentent la prévision et la détermination du prix de leurs
2 Les dépenses , proportionnées à sa position , qu'il doit faire pour lui et
sa famille. L'entrepreneur dépense nécessairement plus que les ouvriers qui travaillent sous sa direction; or comme dans toutes les entreprises les ouvriers ne reçoivent pas le même salaire, le profit de l'entrepreneur ne peut pas être le même non plus dans toutes (§ 198). Ajoutons que comme elles ne demandent pas toutes non plus les mêmes soins , le même zèle et les mêmes connaissances, quand même les capitaux qu'elles emploient seraient les mêmes, les frais de production doivent aussi beaucoup différer (6).
(a) Voy. Hersi Ajnr, Essais, p. 206.
(b) On ne peut pas déterminer d'une manière générale et à priori, le rapport de la consommation des entrepreneurs aux capitaux; cela ne peut se faire que dans uneentreprise donnée. Supposons , par exemple, qu'on fasse une entreprise avec 20,000 fl. de capital, et que l'entretien de l'entrepreneur s'élève à 800 fi., cela ferait 4 °/« du capital ; Userait de 5 °/o, si le capital n'était que de 16,000 fl. Rien n'empècbe qu'un entrepreneur qui n'a pas suffisamment d'occupation dans la direction d'une petite entreprise, n'en dirige une plus étendue, s'il est assisté par des ouvriers plus habiles et mieux payés. Mais dans celles qui sont tellement restreintes ou faciles à diriger, qu'elles laissent assez de loisir à l'entrepreneur pour prendre part aux travaux des ouvriers , celuici ne doit pas s'attendre à ce que son profit suffise à son entretien; mais il devra travailler avec eux, et son revenu se composera, en sus du profit de son industrie, d'une part de salaire (§ 187). Lorsque l'activité industrielle est grande, on peut, en général, regarder chaque entreprise comme une chose limitée et bornée par les circonstances, à laquelle on ne peut dans la plupart des cas , donner plus d'extension, soit à cause de la rareté des capitaux offerts aux entrepreneurs, soit par l'impossibilité de trouver un plus grand débouché , soit enfin a cause des obstacles particuliers qui s'offrent dans quelques-unes, s'opposent à ce qu'on leur donne plus d'extension et les maintiennent dans leurs limites. Si les profits au taux où les a réduits la concurrence ne suffisaient plus à l'entretien de l'entrepreneur dans les entreprises les moins étendues, les petits entrepreneurs ne pourraient pas continuer leurs opérations et devraient y renoncer. La limite des plus petites entreprises dans un lieu et dans un temps donné, dépend donc du profit qu'elles donnent. Si lorsqu'après avoir prélevé la prime pour les risques, le profit s'élève à 4 °/ 0 du capital, et que l'entrepreneur doive compter 1800 fl. pour son entretien , il ne peut faire d'entreprise avec moins de 37,800 fl. de capital. Voy. Rau, note 65 sur Storch, ih, 319 (ail.). Mais si le capital national n'était pas assez grand, ou si par la manière dont il est réparti , on ne trouvait pas d'assez grands entrepreneurs pour fournir à la demande , les prix des produits hausseraient et donneraient assez de profits aux petits entrepreneurs pour qu'ils pussent continuer a travailler.
Le taux moyen du profit des entreprises ne peut pas, comparativement au loyer du capital, être fort élevé ; car s'il en était autrement, un grand nombre de capitalistes, au lieu de dépenser leurs revenus improductivement, se déci-
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deraient à se faire entrepreneurs, et beaucoup de personnes qui n'ont pas de capitaux, y trouveraient aussi un encouragement pour en emprunter et prendre part à la production ; mais si au contraire les profits étaient fort bas, comparativement au loyer de capitaux, il y aurait peu d'entrepreneurs qui voulussent en employer et peu de capitalistes portés à se faire entrepreneurs, car ils préféreraient, avec moins de peine et de danger, vivre de leurs rentes.
C'est donc, parce que les capitalistes ont le choix de prêter leurs capitaux ou de se faire entrepreneurs eux-mêmes, que le profit des entreprises doit se rapprocher de l'intérêt des capitaux, bien que quelques industries particulières nous offrent des exceptions résultant soit de la nature de leurs travaux, soit des dangers et des frais qui y sont attachés (a). Cependant le profit de l'entrepreneur augmentera ou diminuera naturellement, en même temps que l'intérêt du capital.
(a) SisMOitDi, Ric/iesse commerciale, i , 79. 11 n'est pas impossible que l'intérêt des capitaux étant à 5 °/ 0 , il y ait des industries qui ne donnent que 4, bien que d'autres en donnent S-6, d'autres enfin 10 et 12 °/ c de profit aux entrepreneurs.
Les principaux moyens qu'a tout entrepreneur pour augmenter son profit, consistent :
1° A vendre ses produits à un prix supérieur à celui qu'ils coûtaient autrefois; s'il ne réussit pas sur son marché, il pourra peut-être réussir sur un autre, où les prix seront plus élevés;
2° A perfectionner ses travaux au point qu'en réduisant le nombre de ses ouvriers, les capitaux engagés, la consommation des matières premières, et celle des instruments et outils, il puisse continuer à produire toujours la même quantité , voir même davantage (a) ;
3° A se procurer les matières premières à meilleur marché, ou à employer des matières d'un prix moins élevé;
4° A diminuer, s'il le peut, les salaires, le fermage et l'intérêt des capitaux qu'il emploie ;
5° A abréger le temps qui s'écoule entre les premières dépenses de l'entreprise, et l'époque de leur remboursement, en accélérant les travaux, parce qu'ainsi il peut faire des économies sur l'intérêt du capital circulant (6).
(a) C'est ici que s'ouvre une vaste carrière aux connaissances et au zèle des entrepreneurs, tandis que le prix de vente au contraire dépend moins de leur volonté; ainsi un entrepreneur habile saura tirer parti des déchets , éviter d'employer inutilement trop de bâtiments, etc., etc.
{à) H est évident qu'aux moyens d'augmenter le profit des entrepreneurs, moyens
que nous avons énumérés n» 1 cl 4, est attaché un désavantage pour les acheteurs et les ouvriers; mais les autres moyens sont d'une utilité générale, et ce sont aussi les plus sûrs.
Un entrepreneur qui sait habilement tirer parti de ces moyens, s'assure de grands profils, jusqu'à ce que ses procédés viennent à être connus et que d'autres les emploient aussi. Dès lors les grands profits disparaissent devant la concurrence des producteurs, soit que le rétablissement de l'équilibre provienne d'une baisse des prix de vente, ou de l'augmentation de certains frais de production. Cette tendance à se niveler, des profits des entrepreneurs d'une même industrie , se remarque dans toutes les industries ; car on se porte toujours de préférence vers celles qui sont les plus productives, et l'on abandonne inslinclivement celles qui rapportent le moins.
Cependant des obstacles d'une nature particulière qui s'opposent à l'extension de l'offre (§ 160), la nature et la différence des dangers et des frais de production de chaque industrie (§ 239 ) empêchent que les profits ne soient les mêmes dans toutes (a).
{a) En Angleterre, l'entrepreneur qui loue une ferme, en retire 10 environ, y compris l'intérêt de son capital , rarement 15 •/„; et en louant des prairies, selon l'adresse et les chances des nourrisseurs de bestiaux , on en retire souvent 15 °/ D et davantage. Voy. Sinclair , Principes de Vagriculture, p. 59.
Quand les produits de l'industrie s'élèvent au-delà des frais de production (§ 239), l'entrepreneur touche un revenu net, c'est le profit. Ce profit est ordinairement plus étendu dans les grandes entreprises que dans les petites, en supposant que l'habileté et le zèle des entrepreneurs soient les mêmes; et par un raison toute simple, c'est que les frais d'entretien de l'entrepreneur et de sa famille, de même que plusieurs autres espèces de dépenses, telles que les frais de loyer des bâtiments, des machines , n'augmentent pas proportionnellement en raison de l'extension qu'on donne au travail {a). Cependant, dans les très-grandes entreprises on perd une partie de cet avantage par la difficulté qu'impose la surveillance d'un grand nombre d'ouvriers et l'impossibilité de confier la direction de l'ensemble des travaux à un seul homme. Abstraction faite de cette dernière considération, il en est des grands et des petits entrepreneurs, comme des propriétaires de terre d'inégale fertilité (S 212) : lorsque le petit propriétaire perçoit un profit net, les grands en ont un bien plus fort encore.
(«) Certaines machines, à cause de leur prix élevé, ne peuvent être employées que
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dans les grandes entreprises; Tachât des matières premières, doit, paréconomie, se faire à certaines époques, et il y a des matières qu'on peut préparer soi-même lorsqu'on doit en consommer de grandes quantités.
Quand l'aisance nationale augmente, les profits de l'industrie diminuent, de sorte qu'ils n'entrent plus pour la même valeur dans le prix des produits, et qu'ils ne constituent plus la même quotité du capital. Voici comment s'explique ce changement:
1° Quand même les besoins de la classe ouvrière n'augmenteraient pas avec les progrès de la civilisation (§ 191), le salaire devrait au moins hausser (§ 191-192) dans la même proportion que les moyens de subsistance (§ 220) de même que le fermage. Or, lorsque les salaires haussent par suite de l'accroissement des capitaux, les dépenses de l'entrepreneur s'étendent en même temps, et les matières premières doivent renchérir aussi.
2° Comme tous les agents de la production sont toujours de plus en plus utilement employés, et qu'on exploite ou qu'on tente du moins toutes les entreprises, les entrepreneurs rencontrent partout une concurrence redoutable, qui les empêche de hausser le prix de leurs produits pour se rembourser de la majoration de leurs frais de production (a). Les entreprises rapportent donc toujours moins, les profits des entrepreneurs et l'intérêt du capital (§ 252) qui leur échoit aussi en partie, subissent tout à la fois une diminution qui rend précaire la situation de ceux qui n'ont pas pu augmenter leurs capitaux (6). Cependant malgré cela, les profits des entrepreneurs peuvent encore s'étendre (c). Mais d'un autre côté, on fera de grands profits et les fermages seront élevés dans les contrées où les capitaux sont insuffisants, les salaires peu élevés et l'industrie encore dans l'enfance.
(«) Voy. Ricardo, chap. 6. — Mill, Éléments, p. 73.
(6) Ce changement produit des effets fâcheux, impose des privations h ceux qu'il frappe, et fait naître des plaintes sur la décadence de l'aisance nationale ; mais ces plaintes ne prouvent rien, et sont de nos jours suffisamment démenties par le mouvement progressif de l'industrie. — Les frais d'entretien de l'entrepreneur augmentent en même temps que les salaires. Si malgré cela les entrepreneurs voient leurs profits restreints, il ne reste plus qu'à faire de nouvelles économies, ou qu'à travailler avec de plus grands capitaux.
(c) Si le revenu national s'élevait de 100 à 140 millions et les profits des entrepreneurs de 9 à 11 millions, ils éprouveraient une perte proportionnelle de 9 à 7 4/s°/. du capital de l'entreprise.