CINQUIÈME SECTION
DU REVENU NATIONAL EN GENERAL
Le revenu brut d'une nation (§ 70) comprend l'ensemble des produits qui pendant un temps déterminé ont été formés et amassés soit par le commerce extérieur soit par l'industrie nationale (§ 69), et se partagent entre ses membres. Ce revenu se divise en deux parties principales :
1° L'une est destinée à couvrir les frais qu'a nécessités la production du revenu brut; elle remplace la consommation d'une partie de la richesse, notamment des capitaux, et par sa nature elle est destinée à recevoir sans cesse la même destination (a).
2° L'autre, c'est-à-dire celle qui reste, déduction faite de ce qui est destiné à couvrir les frais de production, est le revenu net. On peut la regarder comme le produit de l'activité industrielle, destinée à fournir à tous les besoins de la société.
(a) Quand on détermine le revenu brut et le revenu net d'une époque donnée (en général un an), on doit ne pas perdre de vue que le» travaux de l'industrie continuent sans interruption , et qu'ainsi les comptes ne sont jamais clos. Chaque année il se trouve dans le revenu brut , des parties , dont les frais de production ont été faits Tannée précédente , de même qu'on fait des dépenses dont la rentrée ne se fait que l'année suivante. Les frais faits pendant telle année, ne sont donc pas précisément les mêmes que ceux faits pour le revenu brut qu'on perçoit cette année. Cette différence n'est pas bien grande à la vérité , mais il n'est pas aisé cependant de la déterminer, parce qu'il faudrait se livrer b des recherches statistiques, très -difficiles, sur ces grandeurs. On pourrait dans l'agriculture, regarder comme revenu , la récolte faite pendant une révolution du calendrier, et comme dépense tous les frais de culture, en y comprenant les frais du labour d'hiver pour l'année suivante, puisque le* frais faits l'année précédente pour la récolte actuelle , sont 'a peu près les mêmes.
La nature du revenu national net, se révèle parfaitement lorsqu'on étudie les éléments qui le composent, et qu'on les distingue soigneusement des parties qui lui sont étrangères. Cette étude doit avoir pour objet de rechercher :
1° Comment le revenu du peuple est produit par le commerce extérieur et par la production nationale, ou
DU REVENU NATIONAL EN GÉNÉRAL
2° Comment il se partage entre les différentes classes de la société. Comme sous ces deux points de vue, c'est toujours le revenu national net, qui est l'objet de nos recherches, il y a deux méthodes statistiques pour parvenir à notre but. Toutes deux doivent dans tous les cas , offrir les mêmes résultats, si nos recherches sont bien faites et si les données , que nous prenons pour base, sont recueillies avec soin et bien dignes de foi {a).
(a) Voy. Fulda , sur le revenu national, Stuttgard, 1803, et Principes des sciences camérales , $ 243. De même que les physiocrates , cet auteur ne compte pas dans le revenu national, la valeur produite par le travail des manufactures. — Voy. Herzog, Documents sur l'économie sociale , ch. iv, p. 2S5 (ail.). Nous n'avons encore jusqu'aujourd'hui de données exactes sur le revenu net d'aucun peuple. La difficulté d'y parvenir ne consiste pas seulement en ce qu'il faut calculer ces valeurs sur des données innombrables, qu'il est infiniment difficile de recueillir et de bien apprécier, et qui dépendent toujours beaucoup de la bonne volonté et des vues de ceux qui les fournissent et doivent y opérer, mais à être bien d'accord sur les bases du calcul que Ton veut faire. Quant à la marche à suivre, aux données qu'il faut accueillir, à celles qu'il faut négliger, c'est à la théorie de la statistique et à celle de l'économie politique à nous les indiquer ; des règles générales sur cette matière trou* veront leur place dans les $$ suiv.; elle est principalement d'une haute importance pour la théorie des impôts, qui ne doivent , d'après les vrais principes, frapper que le revenu net.
Première manière d'évaluer le revenu national (§246).
I. On commencera d'abord par évaluer le revenu brut qui comprend : 1° Les matières brutes nouvellement produites (a),
2° La valeur répandue par l'industrie sur les produits déjà existants , 3° Les produits importés de l'étranger {b).
II. Il faudra déduire de cette somme, les dépenses faites ou à faire pour l'obtention de ce revenu brut (c). Elles comprennent :
a. Les frais d'entretien des ouvriers, des entrepreneurs et de leurs familles ;
b. Les matériaux consommés. Cependant il ne faut pas y comprendre le prix des matières premières employées dans l'industrie, parce que les produits de cette dernière n'ont pas été comptés antérieurement pour toute leur valeur, mais seulement d'après l'accroissement de valeur qu'on a donné à celles-là (voy. plus haut 2) ;
c. L'usure ou la détérioration du capital engagé ;
d. Les valeurs payées à l'étranger pour les produits qu'il nous a fournis.