CONSIDÉRATIONS GENÉR. SUR LA CIRCULATION DES BIENS
change encore de maître après qu'on a commencé à le consommer (a). Cependant pour l'économie politique, la circulation la plus utile, est celle des valeurs nouvellement produites par le capital circulant (c'est le revenu brut (b).
(a) Par exemple les vêtements, les provisions de ménage, les livres, les produits «les arts.
L'activité de la circulation se mesure sur la somme des opérations qui, chez une nation et dans un temps donné, ont pour objet de transmettre des produits, d'une personne à une autre {a). Quand la circulation devient plus active, c'est bien plus l'effet de la multiplication des produits qui se transmettent , que celui d'un passage plus fréquent des mêmes produits en diverses mains. Elle permet donc de conclure à une production plus grande , à une consommation plus étendue , et grâce à la division du travail , elle permet de dire que les producteurs consomment moins souvent leurs propres produits (§116). Lorsqu'à la suite des progrès apportés à une branche d'industrie manufacturière, on obtient telle espèce de fabricats en moinsde temps, et que la vente en est plus prompte qu'autrefois, les capitaux employés à cette production remplissent plus promptement leurs fonctions, et peuvent servir aussi dans le même espace de temps à produire davantage {b). La circulation n'est nulle part aussi active que dans les contrées où l'aisance est grande et générale, et où par suite de la division des travaux, l'industrie s'est manifestée dans ses mille branches. Dans un pays où il n'y a pas beaucoup de manufacturiers et de négociants et dont les productions n'offrent ni variété ni perfection, la circulation est, proportion gardée, moins grande, parce que les capitaux de l'agriculture, qui ne circulent que lentement ( la terre et les bâtiments), y sont beaucoup plus importants que le capital circulant, et que les cultivateurs consomment eux-mêmes une plus grande partie de leurs produits que les manufacturiers (c).
(a) Il faut distinguer de celle-ci, la rapidité de la circulation de certains produits, laquelle ne provient que de leur passage prompt et immédiat d'une main dans une autre.
(*)Voy.$241,8.
(c) Simojtde, Richesse commerciale, i, 225; et Nouveaux principes, n, 7.
La circulation des biens n'a par elle-même rien d'avantageux. Elle n'est utile, qu'autant qu'elle met la production en rapport avec la consommation, qu'elle ouvre des débouchés aux producteurs et qu'elle met à la disposition
des consommateurs les produits dont ils ont besoin. Aussi, sous ce point de vue, la circulation apparaît-elle comme une des plus importantes conditions d'une grande prospérité (a). C'est grâce à elle, que malgré la division des classes et des travaux, à chaque besoin vient s'offrir un produit, dont la consommation encourage réciproquement la production. On ne peut pas juger de l'importance et de l'utilité générale de la circulation par le salaire et les profits de ceux qui l'alimentent et la pourvoient, ( ce sont principalement les négociants) (§ 105); car ces frais sont payés par les vendeurs et les consommateurs, et leur causeraient une perte, si la circulation ne leur rendait pas un avantage proportionné (§ 105, n° 2). Les frais de la circulation, qu'il faut prélever sur le revenu national, comprennent indépendamment des frais généraux du commerce, la dépense qu'exige l'agent général de la circulation, le numéraire; or, il est évident que toute économie sur l'une ou l'autre de ces dépenses, du moment qu'elle ne devient pas nuisible par ses conséquences, est avantageuse pour l'économie sociale {b).
(a) Ceux qui attachent une grande importance a l'activité de la circulation, croient généralement sans doute, y voir le signe d'une grande production et d'une grande consommation ; cependant l'on ne peut nier que l'abus de ce mot n'ait donné lieu à beaucoup de mal-entendus. Voy. Hune, Essais politiques, où il est fort bien parlé de cette matière.
{b) Stoech, i, 409.
On ne peut nier qu'il n'y ait des produits dans la circulation dont le mouvement est tout-à-fait inutile en économie, et qui n'en donnent pas moins cependant des profits à ceux qui les y ont mis. Mais si cette circulation absorbait du travail et des biens qui pourraient être utilement employés ailleurs, il faudrait nécessairement la considérer comme nuisible. Toutefois quand les lois et les institutions ne mettent pas d'entraves à la liberté du commerce, il ne faut rien craindre d'une circulation compliquée et inutile, caries dépenses qu'elle occasionne font renchérir les produits, et les acheteurs cherchent toujours à payer le moins qu'ils peuvent. Une pareille eboseu'est guère possible que pour les effets publics (§ 293), dont le prix dépend des relations internationales et des combinaisons politiques des états, et varie tellement qu'il offre matière à un genre particulier de spéculation, qui consiste à les acheter uniquement pour les revendre, dans l'espoir de se procurer un bénéfice.
DE L'ARGENT
DEUXIÈME SECTION
UK L'ARGENT.
L'argent {\e numéraire) est [a) l'agent le plus général de la circulation; c'est lui qui dans les échanges, représente la valeur de lous les produits (§ 127 n° 2). Sans cet agent le commerce serait difficile et la circulation fort lente ; il n'y aurait en effet, que ceux qui se rencontreraient dans l'offre et la demande, qui pussent faire des échanges ou des ventes , c'est-à-dire ceux qui auraient précisément à offrir les objets que d'autres demandent. La différence et la nature des quantités à échanger présenterait toujours encore des difficultés presque insurmontables, car il y a des produits qu'on ne peut morceler, d'autres dont il serait gênant de recevoir des quantités fort grandes. L'emploi de l'argent qui est un objet que chacun accepte volontiers en échange de son produit, parce qu'il est assuré qu'il pourra le rendre à d'autres qui l'accepteront aussi sans difficulté, facilite donc singulièrement la circulation. Il suffit donc à celui qui demande un produit, de posséder de l'argent pour en payer le prix ; car le vendeur se contente d'en recevoir le prix ou l'équivalent en argent, parce qu'au moyen de cet agent, il peut se procurer tous les objets qui sont dans le commerce. C'est de l'introduction du numéraire dans la circulation, que datent les relations commerciales suivies; il n'y a que des peuples pauvres et peu civilisés qui puissent se passer (6) de numéraire.
(a) Galiani, dciia moneta, p. 43 (c). — Strcabt, Recherches, 3« H?. — Say, Traité, n, 262. — Sodek , Nationaloekonomie, u roi., 3« livre. — Hupeland, Staatswirthschafl, toute la 2 e partie. — John Prince Smith , The cléments of the Science of money, etc. Londres, 1813. — Storch, i, 415. — Murhard, Théorie des Geldes und der Mùnze. Altenbourg, 1817; du même Théorie und Politik des Handels, 1831 , i, 260. — MateHalien zur Kritik der Nationalœkonomie, V u heft. Was is Geld? Berlin, 1827.
{b) On pourrait douter de la justesse de ce principe et citer l'exemple des Mexicains, des Péruviens, des insulaires de Loo-Choo, qui tous sont parvenus à une certaine civilisation, sans faire usage de l'argent. Voy. Hbrmariv, Essais, 97. Mais on pourrait peut-être révoquer en doute l'authenticité de ces faits. — Des auteurs disent que les Mexicains se servaient en guise de monnaie de /eves de cacao y de morceaux d'étain, de mouchoirs de coton. Murhard, Théorie du commerce, i, 277.
IS
226 LIVRE TROISIÈME. QUATRIÈME DIVISION. Ih SECTION.
Il résulte delà nature même du numéraire que :
1° Il reste toujours dans la circulation , et n'est jamais destiné à la consommation improductive de l'homme (§120). Lorsque la matière dont il est fait est employée à un autre usage, ou reçoit une autre destination , elle cesse d'être monnaie. Sous ce point de vue, l'argent se distingue donc nettement de tous les autres produits qui tôt ou tard deviennent la possession d'un individu qui les consomme, c'est-à-dire des denrées {a).
2° En recevant l'argent [monnaie) en échange d'un autre produit, on attache moins de prix aux propriétés de la matière dont la monnaie est faite, qu'à son prix comparé à tous les produits, puisqu'on ne le regarde que comme un moyen d'acquérir des objets utiles (§ 63 Wj ) [b).
5° Une fois que l'argent est employé dans le commerce , il ne se fait plus que rarement des échanges de marchandises contre des marchandises; mais au lieu d'un seul échange , il s'en fait deux dans la plupart des circonstances, puisqu'au lieu de donner son produit pour celui qu'on demande, on préfère le vendre pour de l'argent, afin d'acheter ensuite celui qu'on désire, avec cette valeur (c).
(a) UuPELAND, in, 11-17. — La matière de la monnaie peut être une marchandise, mais la monnaie proprement dite n'en est pas une ; on oppose même sans cesse les marchandises au numéraire.
(b) Ce principe ne souffre aucune atteinte de cette observation, que celui qui possède de l'argent ignore souvent ce qu'il peut et veut se procurer pour celte valeur. Voy. Kaufmanîï, Untersuch , ï, 3 .
{c) Sismondi, Richesse commerc. i, 126. On oppose d'ordinaire l'achat et la vente, deux termes qui indiquent la double opération d'un même acte, à l'échange; mais en économie politique, on s'attache de préférence au sens large du mot échange, qui comprend indépendamment de l'achat et la tradition réciproque de produits, sans l'intermédiaire de l'argent, (l'échange sensu stricto) toutes les prestations réciproques, comme modes de l'échange.
L'usage de l'argent comme monnaie ne peut pas avoir été introduit par les gouvernements ; car il est difficile d'admettre qu'on ait eu à priori, l'idée de la monnaie et celle de ses avantages, sans en avoir eu l'expérience. Tout exclut aussi l'idée d'une convention faite entre les hommes pour se servir d'un certain produit comme monnaie. II est donc à croire que ce n'est qu'insensiblement qu'un produit généralement recherché, et au moyen duquel les échanges se sont fréquemment faits, a pris le caractère de monnaie, carac-
DE L'ARGENT
têre qui lui a été conservé à la longue, quand on a compris l'avantage qui résultait de cette destination. Le produit pris comme monnaie devait avoir une valeur généralement reconnue, et être donné dans la circulation au prix courant qu'il avait comme marchandise, pour que ceux à qui on l'offrait dans les échanges, fussent assurés d'y trouver la contre-valeur de leurs produits, et que si quelqu'un ne voulait pas immédiatement le leur reprendre, ils n'y perdissent rien. Il n'y avait qu'un objet utile ou même nécessaire à tout le monde, qui pût offrir l'avantage d'être demandé par chacun, non pas pour sa propre consommation, mais comme contre-valeur, et parce qu'on savait d'ailleurs que d'autres le recevraient avec la même facilité.
L'argent-monnaie eut dès son origine la propriété d'être la mesure générale du prix, {Vermœgensm ester, étalon de la fortune) {a); en effet, c'est en argent ou en quantités de ce produit qu'on exprime le prix de tous les services, et de tous les biens. L'usage de l'argent a rendu infiniment facile la souvenance et la comparaison d'un grand nombre de prix et de sommes, tandis qu'on devait, avant d'avoir une mesure générale des valeurs, évaluer sans cesse chaque objet d'après son prix tantôt en tel produit, puis en tel autre. Un objet destiné à être mesure de valeur, doit nécessairement avoir une valeur lui-même, et plus sa valeur est uniforme, plus il doit être propre à cet usage (§ 181). L'hypothèse d'une mesure idéale (imaginaire) des valeurs, et qui ne correspond à aucun bien matériel, implique contradiction {b). On peut tout au plus admettre qu'on fasse usage d'une mesure qui n'est pas propre à servir de monnaie (c).
(a) Galiaju , délia Moneta, p. 62, édition de 1780, distinguait déjà dans le même sens, une moneta idéale, (una Commune mesura per conoscere ilprezz» d'ogni cosa ) et une reale. — Sodek appelle la mesure des prix ktemometer (avec plus de justesse dirait-on ktematometer) , Nalionalœconomic , h, 599. — Voy. Smith , Science ofmoney, p. 38. Contrairement à l'usage reçu , le comte de Sodba appelle exclusivement numéraire (Geld), argent, la mesure des valeurs, et l'agent de la circulation, monnaie (Munie) page 304, car, on ne peut pas appeler numéraire, une mesure du prix qui n'est pas propre en même temps a être agent de la circulation; et le sens attaché au mot monnaie (voy. § 264), est trop généralement reçu dans les relations sociales, pour qu'on puisse détourner ce terme de sa signification. Chacun comprend que les kauris , employés en Afrique sont une espèce de numéraire ou d'argent, mais non une monnaie. On pourrait plutôt donner au papier le nom de monnaie (papier-monnaie), car les papiers sont frappés d'un timbre; cependant la langue allemande n'admet pas ce terme ; mais les Anglais et les Français se servent des termes paper-money, papier monnaie.
(6) On peut citer a cette occasion , ce que rapporte Montesquieu des macules ,
dont se servent les nègres de Mandingo. Esprit des lois, xiii, 7, et aliàs. — Voy. Busse, Kenntnisse und Betrachtungcn des neuern Mûnzwesens, lova, i, 23.— Rau, note 20 sur Storch, m, 234. L'argent de change ou de compte n'est pas une mesure idéale, imaginaire, mais simplement une mesure qui ne correspond pas à des pièces réelles; comme la livre sterling (à l'empreinte du Souverain.), le lhaler de 24 fl. au marc , les tbalers de change de différentes localités , les reis de Portugal , etc. La plupart de ces expressions se rapportent à des monnaies qui ont existé autrefois, et dans lesquelles on compte encore pour la facilité et par habitude. Il y a donc des mesures du prix, qui ne sont pas en même temps des agents de la circulation ; par exemple, en Portugal on ne trouve plus de simples reis, mais des monnaies de cuivre de 3, 3 et plus de reis (tres-reis, cinco-reis, etc.). — Voy. Balbi, Essai statistique sur le Portugal, i, 471.
(c) Peut-être pourrait- on rapporter à ceci, l'ancien usage dont parle IIomèrb d'employer le bétail pour indiquer les prix , Iliade, lib. vi , 234; vu , 472 ; xxiii, 702, etc. — Voy. Storch, ii, 119, 124, et note 98. Chez les anciens Romains (Pliî*e, Histoire nature/le, xvm, 3), et chez les Germains (Tacite, Germanie, ch. 12), les peines pécuniaires étaient d'une certaine quantité de bétail; et dans le moyen âge, où l'on désignait fréquemment les peines en solidide Byzance,on entendait encore souvent par là une pièce de bétail, ou une mesure de blé. Hullma*, Stadtewesen des Mittelalters, 1. 1, p. 403. Dans le canton de Berne les cultivateurs appellent encore aujourd'hui les bestiaux, marchandise (Waare).
Une société doit être déjà fort civilisée et son crédit fondé sur la sécurité que donne une bonne administration et sur l'esprit d'équité des citoyens , pour qu'on puisse y employer dans ta circulation, un agent, qui par lui-même n'a ni valeur reconnue ni prix courant , et dont tout le mérite est de représenter un objet qui a ces propriétés. Un objet sans valeur ni sans prix, par exemple un morceau de papier, ne peut faire les fonctions de numéraire, que pour autant qu'on y attache une signification et une idée particulière, en sorte qu'il exprime conventionnellement la quantité de valeur qu'il peut servir à acheter (a). Il est assez naturel de donner à cet agent (papier-mon?taie) f la valeur représentative d'un objet déjà reconnu et admis comme mesure de valeurs et comme monnaie. On peut ainsi créer une espèce de monnaie qui ne coûte pas beaucoup à la vérité; mais cette monnaie n'est par elle-même, et sans le secours d'une mesure déterminée des valeurs, propre aux remboursements, c'est-à-dire à l'usage auquel on le destine.
{a) Un signe de cette espèce ne peut réellement s'échanger contre les valeurs qu'il représente, que pour autant que celui qui l'a mis dans la circulation veut réellement et peut le payer à la présentation qui lui en est faite; lorsqu'on n'a pas la conviction que ce paiement s'effectuera , ce signe peut tomber au-dessous de la va-
DE L'ARGKNT.
leur qu'il porte (au-dessous du pair). Aussi lorsqu'on exprime des valeurs en papiermonnaie, faut-il toujours avoir égard à ce que celui-ci vaut en argent. Si par exemple, l'on exprimait un prix, en bons du trésor d'Autriche, (valeur de Vienne, Wiener ffcehrung), il faudrait réduire d'abord les bons en argent; 2 1/2 fi. en bons de cette espèce ne valent qu'un florin d'argent. En Virginie on a eu du papiermonnaie représentant des quantités de tabac. — Voy. Soden , Nationalœkonomie, 11, 313. — Ne perdons pas de vue que lorsqu'on emploie un agent aussi peu coûteux que le papier-monnaie, il faut le fabriquer de telle sorte , qu'on ne puisse pas facilement le contrefaire. — Des développements plus étendus sur un agent destiné à remplacer la monnaie d'argent , trouveront leur place dans les chapitres où nous parlerons de la nature du crédit.
Une fois que les peuples sentirent le besoin d'un agent de la circulation, ils se servirent de différents objets comme numéraire; d'abord ils employèrent ceux qu'ils voyaient sans cesse autour d'eux, ceux qu'ils estimaient beaucoup, ou qu'ils employaient le plus fréquemment [a). On se servit de fort bonne heure de métaux, et principalement de l'or et de l'argent (6), qui sont en réalité les produits les plus propres à cet usage, car ils possèdent de grands avantages , savoir :
1° Des propriétés matérielles :
a. Ils sont solides, et s'usent peu dans la circulation, ne sont sujets à presqu'aucune altération , et peuvent longtemps être conservés sans s'ablmer ;
b. Ils conservent les mômes qualités après l'affinage, de sorte qu'une livre d'or ou d'argent équivaut à une autre livre du même métal etla remplace parfaitement;
c. Ils sont fusibles et peuvent aisément recevoir toutes les formes qu'on veut leur donner, d'où cet avantage, que dans les refontes des monnaies , on ne perd rien, qu'on peut sans peine en fabriquer de petites et de grandes pièces pour parfaire différentes sommes , qu'on peut transformer en monnaie les déchets de meubles, de vases, etc., d'or ou d'argent (c);
d. Enfin leur éclat ne s'altère pas à l'air, et cette circonstance jointe aux qualités dont nous venons de faire l'énumération , les fait rechercher pour les ornements , les parures, etc.
(a) Exemples dans Busse, i, 34. — Von Sodeïi , 11, 313. — Hupelaxd, ii, 39. — Storch, ii, 116. C'est ainsi que les Russes employaient autrefois des peaux toutes entières d'animaux , et des morceaux de cuir, en guise d'argent. Le vainqueur demandait souvent un tribut de peaux. Plus tard ils employèrent dans la circulation, des morceaux de fourrure peints, et ce n'est qu'au 115° siècle qu'ils cessèrent d'en faire usage. — Voy. Storch , m , 39. — Schoeji , Piovœ quœdam in
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?vm mummariam antiquœ Rusiœ observationes , Wratisl, 1829. Les Mogolsti les Buratcs employaient pour argent , des briques faites d'un thé commun , mais dont on prépare une boisson fort recherchée.— Timkowsky, Voyage en Chine, etc. — Schmidt, i, 43, 1 82». — 2300 kau ries d'Afrique valaient, dans les 17" et 18 e siècles, 6 fl. Voy. Magasin de voyages célèbres, v, 342. Berlin, 1791.
(c) L'usage de la monnaie métallique chez les anciens remonte aux premiers temps de leur histoire, et nulle part nous n'en découvrons l'origine précise. Les Hébreux eurent des monnaies de fort bonne heure, les Athéniens en avaient déjà sous Soloi*. Les Romains commencèrent à en avoir sous Servius Tullius. Hérodote attribue l'invention des monnaies d'or et d'argent aux Lydiens, î, 94. D'après Mojtgo-Parck , il y avait un peuple en Afrique qui se servait de lingots de fer, pour monnaie, et les naturels avaient l'habitude d'appeler barres, des quantités de biens dont le prix équivaut à ces mesures de fer ; ainsi ils appellent 20 feuilles de tabac, ou un gallon d'eau-de-vie, une barre de tabac, une barre d'eau-de-vie. Les Européens ont évalué la barre de fer à 2 scbillg. st. — Voy. Thomas Smith , An attempt to de fine (§ 43 (c) , p. 23-23).
(c) D'après les expériences exactes de Cavendish et de Uatchett, l'or, l'argent et le cuivre, sont les métaux les plus propres à former un système de monnaies. Les combinaisons qu'on en fait conservent de la ductilité et peuvent être fondues sans perte, par l'évaporation ou l'oxidation. Philosophical transastions , 1803, î, 130. — Die fortschriltc der nationatœkonomischen tt'issenschaft in England, p. 226. Leipzig , 1817.
2° Ils ont une valeur universelle qui ne consiste pas moins dans les avantages matériels que nous tirons de leur usage, que dans la propriété qu'ont les métaux précieux de pouvoir se transformer en objets de luxe ; cependant ces métaux ne peuvent jamais servir à la satisfaction de besoins si pressants qu'on se voie forcé de retirer de la circulation une partie du numéraire pour la consommation immédiate (a) ;
3° Un prix à peu près invariable (§ 169) ;
4° Ils sont d'un transport facile, cela résulte de ce que sous une petite quantité, par exemple une livre, ils contiennent une valeur considérable et un prix fort élevé (b).
(a) Certains peuples peu civilisés font grand cas des métaux précieux, et les amassent avec avidité ; c'est ce que faisaient les anciens Russes, (voy. Schoen, déjà cité), et de nos jours les Lapons qui en reçoivent de grandes quantités de la Norxoège et de la Suède et ne les dépensent pas. Voy. Willibald Alexis (Hcering), Herbsreise durch Scandinavien, 1828, h, 47.
(b) Sur les avantages qu'offrent l'or et l'argent, voy. Busse, déjà cité, i, 45, et les autres auxquels il renvoie. IIufeland, h, 41. — Le cuivre n'a pas les qualités que nous avons mentionnées sous les n° 3 et 4. Aussi, ne sert-il pas comme
DE L'ARGENT
monnaie à proprement parler, mais comme appoint à parfaire île petites sommes. Le platine , dans l'état actuel de sa métallurgie , coûterait trop encore pour être employé comme monnaie. Voy. Uagen, dans les Annales de Poelitz, 1830, i, 29.
Rien ne convient mieux pour faire le service de numéraire que les métaux précieux réduits en pièces portant des empreintes, ou en monnaie {a). L'empreinte a l'avantage de faire immédiatement et facilement connaître l'alliage et le poids des pièces (£>), et d'épargner à ceux qui les reçoivent la peine de devoir recourir à l'essai ou au pesage qui devrait avoir lieu sans cela, à la réception de chacune d'elles. Cependant dans les grandes opérations financières on emploie aussi comme monnaie , des lingots d'or et d'argent (angl. ingots, bullion; atlem. Barren, Stangen)', estampillés , et qu'il n'y a plus qu'à peser (c).
(a) II y a des monnaies qui ne sont pas du numéraire, à proprement parler, telles sont , par exemple , les médailles commémoratives , les médailles d'honneur pour faits éclatants, les médailles en matière autre que celle des monnaies; de môme celles qui ont été faites dans des moments de crise, les pièces de cuir, etc.
{b) 11 suffit pour cette connaissance que les lois ordonnent que les monnaies portant telle empreinte, doivent contenir telle quantité d'or ou d'argent. ,
(c) Maintenant encore en Chine, tout le service de la circulation se fait par des lingots, sauf toutefois une petite monnaie de laiton (Ziœng) qu'on enfile comme des perles. Storch, i, 119. Timkowsky, Voyage en Chine, h, 366. Il en est de même en Cochinchine et a Tunkin où les lingots sont plats , et longs de quatre pouces. Thomas Smith , cité plus haut, p. 31. — Le larin de Perse est un lingot estampillé et courbé, de la longueur de 2 1/2 pouces. Au Fezzan on se sert pour monnaie de poudre d'or, que l'on donne au poids; cependant les petites sommes se payent en grain ou en farine. Magasin de Voyag. remarq., vol. v, 304, (ail.). — Cest ce qui se pratiquait souvent aussi au moyen âge. Hullmaah, das Slaedteicesen, 1, 402, 416.— Ibx Batuta, {Voyages traduits par Lee. Londres, 1#29, p. 200), remarqua au 14 e siècle, à Sumatra, des morceaux d'or et d'étain natifs (not melted but in theore) reçus comme monnaie, dans la circulation.
L'argeut ne procure aucun avantage aussi longtemps qu'on le conserve dans les coffres, il n'est utile que lorsqu'on le dépense ; aussi tout possesseur d'argent est naturellement porté, par son véritable intérêt, à le verser dans la circulation. Quand on peut compter sur la protection des lois, la plupart des personnes ne conservent par devers elles, que les sommes d'argent qu'elles croient nécessaire pour faire face à leurs dépenses, dans l'espace qui doit s'écouler entre les époques les plus rapprochées de la rentrée de leurs reve-
nus {a). La plus grande partie de l'argent, en effet, circule toujours fort activement. Plus le passage d'une pièce de monnaie d'une main dans une autre est fréquent, plus elle sert à acheter de biens, à payer de services, et moins il faut d'argent dans un pays, pour le service de la circulation (b).
(a) Les entrepreneurs d'industrie et les capitalistes ont les occasions les plus nombreuses, et sont le plus intéressés à employer l'argent comme capital; les autres classes peuvent du moins toujours l'employer à acheter des produits, qui leur coûtent moins cher, lorsqu'elles les prennent en grande quantité; mais quand on craint les pillages, les extorsions, les impôts onéreux, on est porté généralement à convertir sa fortune en argent et à la cacher, par mesure de sûreté. En France on enterra les monnaies pendant la révolution à cause des tailles personnelles, en Allemagne pendant la guerre de 30 ans, en Orient on le fait de nos jours pour échapper* à la rapacité des Pachas ; et cet usage est encore très-fréquent chez les paysans Russes. Simonde, Richesse commerciale, i, 142. (Voy. aussi $ 263 (a)).
(ô) Le commandant de Toumay put suffire pendant le siège de 1748, pendant 7 semaines, avec 700 fl., pour payer la solde, donner des récompenses, etc., à ses soldats, en se faisant chaque jour rendre cette somme sous forme d'emprunt, par les habitants de la ville qui l'avaient reçue de ceux-ci. — Pihto, Traité de la circulation, p. 34. Amsterdam, 1771.
La question si souvent élevée de savoir quel est le rapport du numéraire à l'avoir ou au revenu de la nation, n'est pas susceptible d'une solution générale pour tous les états (a). Le besoin d'argent d'un pays dépend en effet :
1° Du rapport de la valeur comparée des matières employées comme numéraire aux autres produits, par exemple : du prix actuel des métaux précieux ;
2° De cette partie de la production annuelle qui n'entre pas du tout dans la circulation ;
3' Du nombre des opérations qui se font sans argent, par l'échange de marchandises contre des marchandises ;
4° De l'activité de la circulation de la monnaie. Si l'on connaissait le nombre (moyen J de fois qu'une pièce de monnaie est reçue et donnée dans une année, on aurait, en la multipliant par la somme de toutes celles qui sont dans la circulation, le prix de tous les produits et de^tous les services offerts et demandés {b).
(a) Plusieurs anciens écrivains ont évalué la valeur des monnaies nécessaires dans un pays à 1/5, à i/io,ài/2o,mèmc a i/so du revenu national. Smith, h, 229 et suiv. Cette divergence d'opinions provenait de l'absence de documents statistiques sur lesquelles ils pussent s'appuyei». Il est difficile de connaîtra quantité d'argent néces-
DE L'ARGENT
saireà un pays, parce qu'on n'a pas de donnée certaine sur la somme des monnaies nationales annuellement fondues, et sur les valeurs émises par l'Etat et les particuliers, en papier-monnaie et effets de commerce, enfin sur celles qui sont exportées; voy. Necker, Administration des finances, ut, 38, édit. de 1788. — De Steck, Essais sur plusieurs matières, p. 21. Halle, 1790. — Voy. STORcn, m, note 12, sur la quantité de monnaie existant dans tes différents états de V Europe. La somme des monnaies existant actuellement en Europe, était estimée
En 18155, d'après Storch, à 2991 millions de flor. 1826, » Malchus, à 5G62 »
1831, » Will. Jacob, à 3760
Le papier-monnaie peut s'élever à 960 millions. Humbold estime que le besoin d'argent est de 14 fl. par tète, dans le nord et à l'est de l'Europe, et de 23 1/2 dans le sud et l'ouest, ce qui me semble calculé trop bas. On peut compter terme moyen, pour toute l'Europe (4,720 millions de flor. pour 217,000,000 d'habit.), 21 3/u par tète. Colquoun évaluait pour 181 1,1e revenu brut du peuple anglais, à 431 millions sterl., ses monnaies avec ses bancknotes à 38 millions : ce qui donnerait 1/8 pour la proportion de la monnaie aux revenus, si la première donnée ne présentait pas trop d'incertitude. On estimait en 1850 le numéraire de l'Angleterre à 36 millions sterl. pour l'or et l'argent, et à 29 millions de banknotes, ensemble 68 millions liv. sterl. ; sa proportion au revenu brut, d'après le calcul de Moreau de Jonxés ($ 247) était comme 1 à 8 1/4. On estime le numéraire de la France a 5000 millions de fr. (1384 millions de fl.), ce qui donne 42 fl. par tète, et d'après les données du § 247, pour la proportion du numéraire au revenu brut, à peu près comme 1 à 2, 1 . — En 1821 le numéraire en circulation en Portugal était de 80 millions de crusades en monnaie, et de 22 1/2 millions de crusades en papier-monnaie; mais ce dernier ne doit guère être estimé, vu son taux peu élevé, qu'à 17 millions : ensemble 97 millions de crusades, ou 108 millions de fl., ce qui fait 34 fl. par tète. Balbi, Essai statistique, 1, 323, 356. Il parait que dans les Pays-Bas, le numéraire s'élève de 82 fl. par tète. Voy. Decloet, qui estime (Tableau statistique des Pays-Bas, Bruxelles, 1825), le numéraire en circulation dans ce pays à 642 millions de fr. — On peut estimer qu'en Allemagne il est de 50 fl. par tète.
(b) Sismondi, Richesse commerciale, 1, 127. —Montesquieu perdant de vue la circulation active de chaque pièce de monnaie , prétendait que le numéraire doit être toujours égala la somme des produits en circulation. Esprit des lois, xxvi, 7. — Voy. Hufbland, il, 257.
La rapidité de la circulation du numéraire dépend nécessairement de l'activité de celle des produits et des services. Elle n'est nulle part plus grande que dans les contrées :
a. Où se condense une grande population,