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Où la production est rapide et étendue

234 LIVRE TROISIÈME. QUATRIÈME DIVISION. Il* SECTION.

c. Où s'offrent la plus grande variété de produits, de services et de travaux de tout genre.

Ceci nous prouve que le besoin du numéraire ne croît pas dans la même proportion que la population et le revenu d'une nation; il est même à croire qu'il diminue lorsque l'aisance et la population augmentent, surtout lorsque la circulation de l'argent devient plus active et que les opérations qui se font sans l'intermédiaire de l'argent se multiplient (a).

(a) Il y a donc un moment dans le développement de chaque peuple, où le besoin d'argent est parvenu au maximum par tète, et a partir duquel il diminue.

Le prix de l'argent comparé à tous les autres produits, est comme le prix de ceux-ci, soumis à la loi de la concurrence. Lorsque le numéraire ne suffit pas , vu l'élévation des prix et le mouvement de la circulation, pour solder tous les biens de la circulation, on a de la peine à en obtenir dans les ventes, les prêts, ou pour salaire, et cette rareté en augmente le prix, ou, ce qui est la même chose, diminue le prix de tous les biens par rapport à l'argent; et réciproquement lorsque l'argent (le numéraire) devient plus abondant, sans que les autres biens augmentent dans la même proportion, il baisse de prix, parce qu'on veut acheter davantage, et qu'il devient impossible d'acheter encore la même quantité de marchandises qu'autrefois, avec la même somme d'argent. Le prix de celles-ci doit donc nécessairement hausser.

Il est assez indifférent pour la circulation, que le prix du numéraire soit peu ou fort élevé. Il n'est pas requis en effet qu'il y en ait telle ou telle quantité, il suffit pour le commerce, que son prix soit tel , qu'avec une rapidité donnée de circulation, il suffise au remboursement de tous les produits et de tous les services qui se paient en argent (§ 266). Or cette quantité de valeur {prix) existe toujours en numéraire, car le prix de celui-ci hausse ou baisse nécessairement d'après les besoins de la circulation en raison inverse de sa quantité. L'argent seul nous offre l'exemple d'un produit qui suffit toujours à la demande, n'importe quelle est sa quantité (a). Onjicut admettre qu'un pays isolé avec une fort petite masse de numéraire n'éprouverait pas plus de gêne, que tel pays où le numéraire serait fort abondant, et le prix {cours) très-bas {b).

{a) Une conséquence remarquable de ceci, c'est que le prix en argent de tous les produits n'augmente que lorsque la circulation devient plus aelive, lorsqu'on fait plus d'échanges sans employer plus de numéraire, ou lorsque le numéraire augmente. En l'absence de ces conditions, on ne peut concevoir une hausse générale des prix,

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parce qu'alors en effet le numéraire ne suffirait plus aux besoins de la circulation, comme auparavant, et que la rareté ferait tomber le prix des marchandises. Ricardo perdant de vue ces conditions, en conclut que la hausse des salaires ne peut pas produire une hausse du prix de toutes les marchandises. Principes, i, 148; u, 143. — Voy. S 202, a.

(b) Dans un pays fort riche en numéraire, où trois florins ne vaudraient pas plus qu'un florin ailleurs, on aurait l'embarras de devoir dans tous les paiements, compter, emballer, et expédier une somme triple de monnaies; mais en revanche on aurait l'avantage de pouvoir s'en servir pour meubles, ornements, décorations, etc., à moins de frais.

L'arpent-métal a indépendamment de son prix , qui est déterminé par le rapport de sa quantité à la demande qu'on en fait pour la circulation , un prix résultant des frais qu'a contés sa production, et qui est à peu de chose près, le même partout (§ 169). Dans un pays entièrement isolé, ce prix pourrait se régler sans subir les variations qui résultent de l'influence des pays voisins; mais ceci est impossible dans un état qui a des relations fréquentes avec d'autres, surtout pour les métaux précieux qu'il est si facile d'exporter à peu de frais. Le prix des monnaies dans une contrée ne différera donc jamais sensiblement de celui des métaux précieux, parce qu'il est aussi facile de fondre les monnaies pour en retrouver la matière, que d'en faire des marchandises.

Quand par rapport à la valeur générale des métaux précieux , le prix des monnaies baisse, on les fond, ou bien on les exporte ; et par ce moyen leur prix se rélève de nouveau (a).

Ceci peut se faire de deux manières :

1° Soit que les habitants envoient des monnaies dans les pays étrangers où elles ont une plus grande valeur, pour y acheter des marchandises ou par manière de prêt;

2° Soit que des étrangers viennent échanger leurs produits contre de l'argent, pour emporter ce dernier (b).

(a) Hume, Essai 5 e . — Smith, h, 231. — Stohch, ii, 209. — Mill, Éléments, 128. — Les principes que nous venons d'énoncer démontrent Terreur du système de la balance du commerce. Une grande quantité de numéraire ne serait pas fort avantageuse à un pays <$ 269) et ne pourrait pas continuer longtemps d'y rester. L'exemple de Y Espagne , qui donnait ses masses d'or et d'argent pour d'autres produits , le prouve évidemment. On peut juger par là , de l'erreur de ce ministre des finances de France, (Caloitne) qui, (en 1782 et 1783) pour se procurer beaucoup d'or et d'argent , faisait acheter ces métaux à si haut prix à l'étranger,

qu'il était devenu profitable en France, de fondre les monnaies ou de les exporter. Voy. Necker , Administration des finances de la France , m , 41.

(b) L'envoi de marchandises dans un pays riche en métaux précieux, pour en exporter ces derniers, est une opération qui entraîne toujours quelques dépenses. Quand le prix des métaux précieux est assez élevé , dans le pays où ils abondent , pour couvrir tout juste les frais d'envoi , il n'y a plus grand'chose à gagner, à ces expéditions, et on les abandonne. La différence des prix des métaux précieux que l'on remarque entre différents pays, ou même entre différentes parties d'un même pays, peut donc s'élever au taux de leurs frais d'exportation. En général ils sont plus chers, ou ce qui est la même chose, tous les produits sont généralement chers, dans les pays qui n'exportent que des matières brutes dont le transport est coûteux, et qui ne peuvent tirer leur numéraire que de régions fort éloignées, ou séparées par de mauvaises routes : tel est par exemple, le comté de Galles en Angleterre, et tous les pays pauvres, peu peuplés, et où l'agriculture est la seule industrie des habitants. Au contraire, chez les peuples dont les mines produisent des métaux précieux, ou qui les reçoivent des pays riches en ce genre de produits, par le commerce maritime, ils sont moins élevés que dans les pays d'intérieur; c'est ce que démontrent l'Angleterre et l'intérieur de la Russie. Quoique chaque nation exporte de préférence les produits dont le transport est le moins coûteux , il n'en reste pas moins entre eux une grande différence, que tendent nécessairement à effacer les causes qui produisent un mouvement de numéraire, comme par exemple les exportations, les emprunts , les émigrations, etc. C'est à Ricardo que nous devons l'observation de cette circonstance importante, négligée jusqu'à présent; Ricardo, ch. 28. — Voy. Mill , Éléments, 177. — Nebekius, der œffentliche Crédit, i , 99. — Smith pense que dans les pays riches, les métaux précieux sont plus chers, comparativement au blé et au travail, que dans d'autres pays , i, 140.

Une augmentation de numéraire, bien qu'immédiatement suivie d'une hausse générale des prix, produit au commencement un effet favorable sur l'industrie. Cela s'explique par les circonstances suivantes :

1° Le numéraire qui vient s'ajouter à celui qui est dans la circulation ne se fait pas tout à la fois tellement remarquer au marché, que certains produits ne renchérissent pas d'abord avant d'autres, et ne donnent ainsi de grands profits aux vendeurs.

2° Les dépenses des entrepreneurs n'augmeutent pas toutes par la hausse des prix, dans la même proportion que leurs profits. Les fermages ne varient pas aussi longtemps que durent les baux (a) ; l'intérêt, de même que tous les paiements qui se font en argent, se donnent dans la monnaie qui a baissé de prix , comme si sa valeur était toujours la même ; les salaires ne varient pas non plus aussi facilement que le prix des marchandises, du moins pas pour les domestiques et les ouvriers qui sont constamment employés par le même

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entrepreneur; et les entrepreneurs de leur côté, s'opposent d'autant plus à toute hausse des salaires que l'on se rend moins clairement compte de ce phénomène et des causes qui l'ont produit.

(a) En Angleterre lors de la cherté des marchandises qui se fit remarquer au 16* siècle, les terres étaient généralement louées pour de longs termes, dans quelques endroits pour 99 ans, de sorte que pendant longtemps les fermiers profitèrent seuls de l'avantage résultant de la hausse des prix.

Sous l'empire de ces circonstances, le profit des entrepreneurs doit pendant quelque temps s'élever au-dessus de ce qu'il était autrefois ; tandis que les capitalistes, les ouvriers, les fonctionnaires en général et tous ceux qui ont des revenus fixes, éprouvent une réduction très-sensible dans leur fortune. Cet état de choses stimule le zèle des entrepreneurs et les pousse à produire davantage pour tirer parti de leurs profits, de sorte que le capital national s'accroît réellement; mais celte extension donnée à la production empêche que le prix des marchandises ne s'élève autant que s'il y en avait moins dans la circulation (a). Toutefois cette augmentation des profits de l'industrie ne peut durer qu'autant que les prix des marchandises sont en hausse ; et quant au gain des entrepreneurs, il est acheté au prix de la gêne de toutes les autres classes de citoyens (&).

(a) Ceci explique comment on a pu attribuer à For et â l'argent, à l'époque où ces métaux affluèrent en si grande quantité en Europe , un effet infiniment plus grand qu'il ne peut l'être réellement ($ 35). Certes, de toutes les causes qui augmentèrent le bien-être et étendirent les relations commerciales des peuples de l'Europe au 16 e siècle, l'accroissement des métaux précieux était la moindre, et on a conservé le souvenir des fâcheux effets qui en sont résultés.

(b) Le prix du numéraire ne peut jamais être beaucoup plus élevé dans un pays que dans les autres, et le gouvernement qui travaillerait à obtenir ce résultat ne produirait pas grand'chose, quand même l'avantage résultant d'une pareille hausse serait évident. Un nouveau partisan de l'opinion contraire à celle-ci , a attaché un haut prix à la cherté du numéraire, parce que, dit-il, la nation chez qui elle se fait remarquer peut, en exportant son numéraire, acheter à l'étranger, à meilleur marché que les autres, ce qui, en temps de guerre par exemple, peut être fort avantageux. Kaufmajis, Vntersuchungen, î, 48. Mais si cet avantage pouvait exister, il serait chèrement acheté, car pour l'obtenir il faudrait qu'un pays conservât d'immenses sommes d'argent dont il n'a aucun besoin.

Les effets qui se font remarquer dans un pays , par suite de la rareté du numéraire sont tout à fait l'opposé de ceux que nous venons de signaler (§ 271-272). En effet, quand cette rareté-ci se fait sentir, le prix de tous les produits y baisse, le bon marché général engage les étrangers à y envoyer du numéraire, à y acheter des marchandises et à les importer dans leur pays, les habitants même exportent leurs produits pour en rapporter le prix. Enfin le haut prix du numéraire invite à fondre les vaisselles et les ornements d'or et d'argent pour les faire convertir en monnaie, et cette spéculation continue jusqu'à ce que le prix du numéraire se soit mis au niveau de celui des pays voisins.

Une nation ne doit pas plus craindre de manquer de numéraire (aussi longtemps qu'elle ne se sert pas de papier-monnaie) que de légumes, de café, de coton, etc. Car dans tout pays où l'argent pourra s'échanger contre des produits, on ne manquera pas d'envoyer du numéraire, lorsqu'il y sera rare. Mais chez un peuple qui n'a pas de produits à offrir à l'étranger en échange de métaux précieux, le numéraire sera toujours rare et cher; et cette supposition qui ne se réalisera peut-être jamais, n'aurait encore rien de fâcheux (§ 269). On peut donc estimer qu'en général les métaux précieux sont répartis entre les différentes contrées, en proportion et en raison de leurs besoins.

Lorsque le numéraire d'un pays commence à devenir rare , on remarque des phénomènes précisément contraires à ceux qui apparaissent à la suite d'un accroissement (§ 272). Les entrepreneurs d'industrie font tous leurs efforts, dans leur intérêt personnel, pour s'opposer à la baisse de leurs produits, baisse dont au commencement on n'apperçoit pas bien la cause; la concurrence n'est d'ailleurs jamais assez générale, pour que les prix de tous les produits baissent de la même quantité. Mais si par suite de la rareté du numéraire il y avait déjà quelques interruptions momentanées dans les travaux de l'industrie, les entrepreneurs éprouveraient une réduction dans leurs profits, puisque les impôts de tout genre qu'ils paient, le loyer de leurs capitaux, et les salaires en partie, resteraient les mêmes, tandis que leurs rentrées diminueraient. Ce que les entrepreneurs perdraient dans ce cas, les capitalistes le gagneraient, et en partie aussi les propriétaires de terres et les ouvriers aussi longtemps que durent les baux et les contrats. Mais la posi-

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tion des propriétaires de biens-fonds obérés, s'empire au contraire, car leurs terres ont perdu de leur prix, et leurs dettes restent les mêmes. Ces crises ne peuvent toutefois pas être d'une durée plus longue que celles dont nous venons de parler (§ 273), à moins que la rareté du numéraire n'aille croissant, ce qui serait fâcheux pour l'aisance générale. Cependant elle ne pourrait se manifester exclusivement dans un pays, et ne pourrait être produite que par une décroissance dans la production générale de l'or et de l'argent (a).

(a) Nous parlerons plus loin, en nous occupant du crédit, des moyens propres à prévenir les fâcheux effets d'un pareil état de choses. Les conséquences qui résultent immédiatement delà rareté du numéraire, ont été bien développées, (mais ramenées à une théorie assez obscure de la monnaie), dans l'écrit cité $ 2ÎS2 (a), 1" cahier.

S'il était vrai, comme on le dit ordinairement que depuis l'afHuence de métaux précieux venus de l'Amérique, le numéraire de l'Europe eût décuplé, cela prouverait, vu qu'ils ne sont pas tombés au 10° de leur valeur, mais qu'ils n'en ont perdu que les 3/3 ou les 3/4, que les produits qui sont dans la circulation et s'échangent pour de l'argent, se sont multipliés de deux et demie ou de trois fois autant que l'argent. Il est indubitable que si cette augmentation n'eût pas eu lieu, le prix du numéraire eût baissé davantage encore, et que les mines qui n'eussent pu donner leurs produits à ce prix eussent été abandonnées ; mais quand on songe que la circulation est bien plus rapide aujourd'hui qu'au moyen âge , et que l'Europe a beaucoup de papier-monnaie qui est reçu concurremment avec l'argent, il faut nécessairement estimer bien plus haut que nous ne l'avons fait, l'augmentation des produits qui sont dans le commerce ; car sans cela, cette masse d'agents de la circulation dont le mouvement est si rapide, ne trouverait pas assez de contre-valeurs à acheter, et tomberait à un prix plus bas encore.

(a) Voy. Lotz, Handbuch, 1, 406.

Les effets produits par l'abondance ou la rareté du numéraire en Europe sont d'une haute importance pour l'économie de tout État (§ 272-76) et méritent d'être soigneusement étudiés (a). Pour savoir si la quantité d'or et d'argent augmente ou diminue, il faut évaluer la somme produite tous les ans par les mines de l'Europe, de même que celle qui arrive dans cette contrée, de toutes les autres parties du monde, et la comparer à la somme de ce qu'on en livre à l'industrie pour la fabrication , et à ce qui s'use ou se perd an-

nuellement. C'est ainsi qu'on a démontré que la faible production des mines d'or et d'argent de l'Amérique , pendant la seconde période décennale de ce siècle, ainsi que la réduction du papier-monnaie dans plusieurs contrées de l'Europe, a considérablement diminué le numéraire (b). ce qui a eu pour conséquence inévitable, une baisse du prix en argent de tous les produits (c).

(a) Les recherches les plus utiles sur cette matière sont celles de Huskissok, publiées par William Jacob; voyez son ouvrage intitulé : Rec/terches historiques sur la production et la consommation des métaux précieux, 1831, n.— Storcb, iv, note 10, — Say , Cours, t. n , p. 579. — Von Gulich , Exposition historique, ii, 356, 379. — Nebenius, der œffentliche Crédit, i, 121. — Sulzer, Ideen iiàer t etc. p. 106. — Quarterly Review, mai 1830, lxxxv, 278. — Hesperus, 1830, n* 29, (Extr. dejoum. anglais). — Berghaus, Annales, févr. 1831. — Biblioth. universelle. — Littérat., août 1832 (Extrait de Jacob).

(b) Développements.

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